Dijon s’apprête à concrétiser l’expérimentation du « Pacte nouveau départ », un dispositif d’accompagnement destiné aux victimes de violences conjugales souhaitant quitter leur conjoint violent. Cette initiative, annoncée par Emmanuel Macron en novembre 2022, marque une étape supplémentaire dans la lutte contre les violences faites aux femmes, amorcée depuis le Grenelle des violences conjugales de 2019.
La Côte-d’Or fait partie des cinq départements retenus pour tester ce dispositif, aux côtés du Val-d’Oise, des Bouches-du-Rhône, du Lot-et-Garonne et de La Réunion. Dans ce contexte, une réunion de coordination s’est tenue ce lundi 17 mars 2025 à Dijon, rassemblant les principaux acteurs engagés dans la lutte contre les violences intrafamiliales.
Un dispositif coordonné pour une réponse adaptée aux victimes
Le comité de pilotage du protocole départemental de prévention et de lutte contre les violences conjugales est supervisé par le préfet de la Côte-d’Or, Paul Mourier, et le procureur de la République, Olivier Caracotch. Il mobilise un ensemble d’acteurs institutionnels, sociaux et associatifs, avec pour objectif de structurer un accompagnement adapté aux victimes.
Le « Pacte nouveau départ » repose sur la mise en place d’un guichet unique facilitant l’accès à un parcours dédié : hébergement, accompagnement social et psychologique, insertion professionnelle et soins. La Caisse d’allocations familiales (CAF) pilote le dispositif dans certains départements, tandis qu’en Côte-d’Or, c’est le conseil départemental qui a accepté d’endosser ce rôle de coordination.
Isabelle Gandré, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité, souligne : « Le Pacte nouveau départ va permettre de coordonner le parcours des victimes afin de leur assurer une prise en charge optimale. » Le dispositif est articulé avec la protection de l’enfance, afin de considérer également les enfants comme co-victimes des violences conjugales.
Une réponse judiciaire renforcée face à l’ampleur du phénomène
Le procureur de la République, Olivier Caracotch, a rappelé que les violences intrafamiliales représentent « le premier contentieux de masse qui implique une réponse individuelle ». « Chaque affaire est différente et nécessite une analyse approfondie et une réponse rapide », a-t-il précisé.
Les chiffres confirment cette priorité judiciaire : en 2024, le parquet de Dijon a enregistré 1 414 affaires nouvelles liées aux violences intrafamiliales, soit près de quatre par jour. Cela représente une augmentation de 6,3 % par rapport à 2023 et un triplement depuis 2019.
Pour assurer la protection des victimes, différents outils sont mobilisés :
- 55 téléphones « grave danger » sont déployés en Côte-d’Or,
- 133 contrôles judiciaires ont été prononcés en lien avec des violences intrafamiliales en 2024,
- Des bracelets anti-rapprochement sont utilisés chaque année pour éviter toute récidive.
Paul Mourier, préfet de la Côte-d’Or, alerte : « Les violences conjugales révèlent un mal sociétal profond. Il faut prendre en charge les victimes, mais aussi les auteurs pour empêcher toute réitération. »
Une mobilisation forte des acteurs locaux
Le conseil départemental, sous l’impulsion d’Emmanuelle Coint, investit chaque année 1,5 million d’euros dans la lutte contre les violences faites aux femmes, hors protection de l’enfance et aides aux associations.
Caroline Michal, directrice de la CAF de la Côte-d’Or, met en avant l’urgence d’une prise en charge réactive : « La CAF traite les dossiers des victimes en un jour et demi, en garantissant une souplesse et une proximité essentielles. »
Le nombre de victimes prises en charge en Côte-d’Or en 2024 illustre l’ampleur du phénomène :
- 867 victimes de violences intrafamiliales recensées par la Gendarmerie nationale,
- 955 victimes accompagnées par les forces de sécurité,
- 635 victimes soutenues par l’association Solidarité Femmes 21,
- 90 places d’hébergement d’urgence financées par l’État, soit une augmentation de 75 % depuis 2021.
Un dispositif appelé à être pérennisé
L’expérimentation du « Pacte nouveau départ » devrait bientôt accueillir ses premières bénéficiaires en Haute Côte-d’Or, avec l’objectif de couvrir l’ensemble du département d’ici fin 2025.
Paul Mourier conclut : « Ce dispositif est une nouvelle corde à notre arc pour lutter contre les violences conjugales et permettre aux victimes de se reconstruire. J’espère qu’il sera pérennisé pour offrir un accompagnement durable à celles et ceux qui en ont besoin. »
Face à une réalité alarmante, la mobilisation des institutions et des associations permet d’espérer une prise en charge renforcée des victimes et une réduction progressive des violences conjugales en Côte-d’Or et au-delà.