Ce mercredi 2 avril 2025, en fin de matinée, le squat des Carrois à Fontaine-lès-Dijon a été évacué par les forces de l’ordre. Le bâtiment, situé à l’angle de la rue de Dijon et de la rue des Carrois, était occupé depuis la mi-octobre 2023 par une quarantaine de personnes – des demandeurs d’asile et des sans-abri, originaires de plusieurs pays.
Si l’évacuation a été menée sur décision de justice, une question divise aujourd’hui : y avait-il vraiment urgence à mettre ces personnes à la rue ?
Une décision jugée brutale et injustifiée
Le collectif de soutien aux demandeurs d’asile et migrants, qui suivait la situation depuis plusieurs mois, dénonce une expulsion sans concertation et dans un contexte d’extrême tension sur l’hébergement d’urgence. « Il n’y avait aucune urgence, d’autant plus que nous sommes confrontés à une crise de l’hébergement avec 750 suppressions de places en cours dans la région », a déclaré un représentant du collectif.
Le collectif souligne également le manque d’anticipation concernant le devenir des personnes évacuées : « Il n’y a eu aucune concertation avec les associations soutenant les habitants sur les suites, notamment en matière d’hébergement. Nous demandons un relogement d’urgence des personnes, parmi lesquelles des jeunes légalement présumés mineurs, et des conditions correctes pour récupérer leurs affaires restées sur place. »
Un schéma qui se répète
Ce n’est pas la première fois que des lieux occupés par des exilés sont évacués sans qu’aucune solution pérenne ne soit proposée, ni même utilisée ensuite. Le collectif rappelle plusieurs exemples frappants dans la région :
-
Internat de l’École des greffes (1 boulevard de la Marne) : occupé par 250 personnes entre janvier et juillet 2012, resté vide pendant quatre ans après l’évacuation.
-
Les Petites Roches : occupées de juillet 2012 à octobre 2013, puis inoccupées durant deux ans.
-
Les anciens locaux des Restos du Cœur Cap Nord (4 impasse de Reggio à Dijon) : occupés par 100 personnes entre mars 2015 et juillet 2016, ils sont toujours vides neuf ans plus tard.
-
Immeuble des Marmuzots : occupé entre décembre 2021 et juin 2023 par 30 personnes, et resté inoccupé depuis.
Au total, sur les 15 squats recensés entre 2011 et 2023 dans la métropole dijonnaise, tous sont restés vides plus d’un an après l’évacuation. Pour le collectif, cela prouve une chose : « L’urgence invoquée est rarement justifiée par un besoin réel d’exploitation du site. »
Et maintenant ?
L’inquiétude est vive pour les personnes expulsées. Certaines sont à la rue, d’autres n’ont pas pu récupérer leurs effets personnels. Paul Garrigues, porte-parole du collectif, déplore : « Ils ont été expulsés sans qu’il n’y ait eu la moindre discussion avec les associations pour envisager un relogement. Et on sait très bien que le bâtiment ne va pas être réutilisé de sitôt. »
Deux préoccupations majeures animent désormais les membres du collectif :
- Le sort immédiat des expulsés, notamment les mineurs isolés présumés ;
- La récupération de leurs affaires, laissées dans le local, parfois dans des conditions précaires.
Enfin, une autre question se pose : combien de temps l’ancienne unité de l’hôpital psychiatrique de la Chartreuse, dernier site évacué, restera-t-elle à son tour vide, murée et inutilisée ?
Dans un contexte où le 115 est saturé et où les capacités d’accueil sont en chute libre, le collectif regrette une décision précipitée, qui aggrave encore la précarité de personnes déjà fragilisées.