Dans un discours solennel et ambitieux prononcé à la veille du 14 juillet, Emmanuel Macron s’est adressé ce samedi soir aux Français et aux forces armées depuis l’Hôtel de Brienne. À la fois hommage vibrant aux militaires et analyse froide du monde en mutation, le président de la République a appelé à un « sursaut historique » pour garantir l’indépendance et la sécurité de la France.
« Nous vivons un moment de bascule »
Dans un contexte international marqué par l’instabilité, le chef de l’État a dressé un tableau préoccupant des menaces pesant sur la liberté : retour des impérialismes, guerres de haute intensité, remise en cause du droit international, hybridité des conflits, prolifération nucléaire, cybersécurité en péril, et tentatives de manipulation démocratique sur les réseaux sociaux.
« Jamais, depuis 1945, la liberté n’avait été si menacée », a déclaré Emmanuel Macron. « Notre Europe est en danger. Notre modèle est attaqué. Il n’y a plus de front, plus d’arrière. La guerre est partout. »
Hommage et reconnaissance aux militaires
Dès l’ouverture de son allocution, le président a tenu à saluer l’engagement des soldats français, évoquant les morts et les blessés en opération. « Votre engagement est inestimable », a-t-il souligné, promettant un soutien entier de la Nation. Il a également mis à l’honneur la mémoire portée par les anciens combattants et les associations, dans le cadre du travail de la Mission Libération présidée par Philippe Étienne.
Une France qui doit être crainte pour être libre
Macron a ensuite déroulé une vision stratégique claire : faire de la France une puissance militaire « crainte » et donc respectée. Cela passe, selon lui, par une densification de l’effort militaire, une prise de conscience nationale et un renforcement massif des moyens. « Pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. »
Il a confirmé que l’ensemble des engagements de la Loi de programmation militaire (LPM) seront tenus « à l’euro près », saluant l’action du ministre des Armées Sébastien Lecornu et de son prédécesseure Florence Parly.
Cap sur un doublement du budget des armées
Fait marquant du discours : l’annonce d’un doublement du budget des armées d’ici à 2027. En 2017, il était de 32 milliards d’euros ; il atteindra 64 milliards dans deux ans, soit un effort supplémentaire de 6,5 milliards d’euros répartis entre 2026 et 2027. Ce réarmement ne passera pas par l’endettement, a précisé le président : il sera financé par la croissance et la production. « Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense. »
Vers une Europe de la défense renforcée
Le président a plaidé pour une montée en puissance d’un véritable pilier européen de l’OTAN, fondé sur une coopération militaire, industrielle et technologique renforcée. Il a salué les avancées récentes, comme le programme SAFE (Security Action for Europe) doté de 150 milliards d’euros, et la création d’un état-major opérationnel à Paris pour la Coalition des volontaires engagée pour l’Ukraine.
Il a aussi rappelé le rôle stratégique unique de la dissuasion nucléaire française, appelée à jouer un rôle dans la sécurité du continent.
Un appel à la jeunesse et à la réserve
Le chef de l’État a insisté sur le rôle à venir de la jeunesse dans l’effort collectif de défense, promettant des décisions à l’automne concernant l’avenir du Service national universel (SNU) et l’extension de la réserve opérationnelle. « Sommes-nous capables de résister à un conflit de haute intensité sur notre sol dans les trois à quatre années qui viennent ? À toutes ces questions, nous répondrons : oui. »
« Maintenant » : l’instant décisif
Fidèle à sa rhétorique volontariste, Emmanuel Macron a conclu son allocution par un appel à l’unité et à la responsabilité collective : « Le moment est venu de tirer toutes les conclusions de ce que nous savons. La patrie a besoin de vous. C’est maintenant. »
Dans une France divisée politiquement et économiquement mise sous pression, le président prend résolument le pari d’un sursaut national fondé sur la défense, la souveraineté, et la résilience.