Dans un contexte national marqué par l’instabilité politique, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, la Ville de Dijon dévoile son Débat d’Orientations Budgétaires (DOB) pour 2026. Ce document, d’une grande richesse technique et stratégique, témoigne d’une gestion rigoureuse et d’une vision à long terme qui contraste avec les difficultés traversées par de nombreuses collectivités françaises. Loin de se limiter à une présentation financière, le DOB expose une véritable stratégie urbaine, articulant résilience, solidarité et transition écologique. Dijon y apparaît comme une collectivité exemplaire, capable de préserver sa stabilité budgétaire tout en portant une ambition politique forte. Voici une analyse complète de cette feuille de route.
Une situation financière « très satisfaisante » malgré un environnement contraint
Le diagnostic initial du DOB est particulièrement clair : selon la Chambre régionale des comptes, la situation financière de Dijon est « très satisfaisante ». Cette appréciation, rare dans le paysage des collectivités, repose sur des fondamentaux budgétaires solides construits sur le long terme. Le premier indicateur clé, l’épargne brute, se maintient à un niveau élevé, dépassant 30 millions d’euros en 2025. Cette capacité d’autofinancement permet à la ville de financer une grande partie de ses investissements sans accroître sa dette.
L’endettement lui-même reste remarquablement contenu : entre 90 et 99 millions d’euros, soit l’un des montants les plus bas parmi les villes de taille équivalente. Dijon affiche ainsi une capacité de désendettement d’environ trois ans, bien loin des seuils d’alerte nationaux. Cette performance est d’autant plus notable que la ville souffre d’une dotation globale de fonctionnement (DGF) particulièrement défavorable : environ 160 euros par habitant, contre 217 euros pour les communes comparables. Chaque année, Dijon fonctionne donc avec 9 à 10 millions d’euros de moins qu’une ville similaire… tout en maintenant une situation financière plus saine. Cette réussite repose sur une stratégie méthodique, fondée sur la prévision, la maîtrise des dépenses structurelles et une grande cohérence politique.
Une gestion résiliente face à une succession de crises inédites
Depuis 2020, Dijon a dû affronter des crises majeures : la pandémie de Covid-19, l’envolée des prix de l’énergie, la hausse généralisée des coûts liée à l’inflation, les sécheresses, les canicules et les épisodes climatiques extrêmes. Alors que beaucoup de collectivités ont vu leurs marges de manœuvre s’éroder, Dijon a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Aucun impôt n’a été augmenté depuis dix ans, un choix politique fort qui protège le pouvoir d’achat des habitants. Dans le même temps, la ville a renforcé son soutien aux associations, contribuant à préserver un tissu social dynamique.
La municipalité a également fait le choix stratégique de maintenir un niveau d’investissement élevé — environ 50 millions d’euros par an — afin de soutenir l’économie locale, moderniser les services publics et préparer les infrastructures de demain. Alors que d’autres villes ont dû réduire leurs projets faute de marges de manœuvre, Dijon a continué à construire, rénover et innover. Selon la majorité municipale, cette capacité à investir malgré un contexte contraint résulte d’un pilotage financier rigoureux, d’une anticipation fine des crises et d’une gestion particulièrement attentive des dépenses.
Une vision stratégique : un modèle de développement soutenable et équitable
Le DOB 2026 exprime une vision claire : faire de Dijon une ville durable, inclusive et tournée vers l’avenir. Cette ambition repose sur une approche transversale de la durabilité, qui ne se limite pas à la transition écologique, mais englobe également la justice sociale, l’attractivité économique et l’aménagement urbain. La ville refuse de considérer l’écologie comme un secteur isolé : elle en fait la colonne vertébrale de son action publique.
Chaque politique municipale doit contribuer à améliorer durablement la vie quotidienne des habitants — des écoles aux transports, de la culture aux espaces publics, de la sécurité à l’action sociale. Cette cohérence stratégique permet à Dijon de développer un modèle de ville équilibré, à la fois exigeant et pragmatique, qui prend en compte les défis contemporains tout en préservant son identité.
Un contexte national instable qui complexifie l’action locale
L’un des éléments les plus marquants du DOB 2026 concerne l’analyse du contexte politique national. Depuis 2022, la France traverse une période de grande instabilité : absence de majorité parlementaire stable, succession rapide de gouvernements, tensions accrues dans l’élaboration des lois de finances, dissolution de l’Assemblée en 2024… Ces événements ont profondément affecté la capacité des collectivités à anticiper leurs propres budgets.
Pour Dijon, cela signifie travailler dans un environnement financier incertain, où les règles du jeu — dotations, normes, engagements de l’État — peuvent changer d’une année à l’autre. Le rejet du budget national en 2024, suivi de son adoption tardive via l’article 49.3, a illustré cette fragilité. Dans ce contexte, la ville doit renforcer sa prudence et sa capacité à construire des scénarios alternatifs. Cette instabilité impose une gestion locale robuste, flexible et solidement ancrée dans des choix politiques cohérents.
Une situation économique mondiale fragile, entre inflation, tensions géopolitiques et changement climatique
Le DOB consacre plusieurs pages à l’analyse économique nationale et internationale, révélant un environnement incertain. La croissance annoncée (+1 %) apparaît fragile, dépendante d’un contexte mondial instable. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions entre les États-Unis et la Chine, les fluctuations des marchés de l’énergie, l’inflation encore présente et les conséquences du changement climatique contribuent à un climat économique volatil.
Même si l’inflation semble revenir à des niveaux plus modérés (autour de 1,3 % en 2026), ses effets cumulés depuis 2022 restent particulièrement lourds pour les collectivités locales, qui doivent financer leurs achats publics à des prix plus élevés. Dijon doit donc intégrer ces incertitudes dans ses projections financières, tout en maintenant un haut niveau d’ambition.
Le climat et la biodiversité comme colonne vertébrale de l’action publique
Face au changement climatique, Dijon renforce son engagement écologique. Le Plan climat et biodiversité 2024-2030 adopté par la Métropole devient un véritable guide stratégique pour les politiques municipales. La Ville choisit une approche innovante : intégrer les enjeux climatiques dans toutes ses politiques publiques plutôt que de les traiter de manière isolée.
Concrètement, cela signifie repenser la gestion des espaces verts, réduire les émissions des bâtiments municipaux, développer les mobilités douces, promouvoir l’usage de matériaux durables, renforcer la gestion de l’eau, adapter la ville aux canicules et améliorer la résilience des infrastructures. Cette stratégie repose également sur une coopération active avec les acteurs locaux : scientifiques, associations, entreprises, institutions. Dijon affirme ainsi sa volonté d’être une ville exemplaire en matière environnementale, non seulement par ses actions, mais aussi par sa méthode.
Les priorités d’action pour 2026 : moderniser, protéger, transformer
Le programme municipal pour 2026 s’articule autour de plusieurs priorités majeures. La modernisation du cadre de vie reste centrale : rénovation des écoles, amélioration des équipements sportifs, investissements dans les espaces publics, mise à niveau des infrastructures culturelles et associatives.
La tranquillité publique constitue également un axe fort, avec un renforcement du personnel, des équipements et des dispositifs technologiques. Sur le plan écologique, la ville poursuit des actions ambitieuses : réduction de la consommation d’énergie, renaturation de l’espace urbain, développement des mobilités actives, création d’îlots de fraîcheur, innovations techniques dans la construction et la rénovation.
Dijon maintient aussi un haut niveau d’engagement social : soutien aux associations, développement des dispositifs d’aide aux familles, actions en faveur de la jeunesse et attention particulière aux personnes vulnérables. Enfin, l’attractivité de la ville est consolidée par des actions culturelles fortes, la valorisation du patrimoine, le dynamisme commercial et la promotion touristique.
Une stratégie financière prudente mais ambitieuse
Pour affronter les incertitudes et maintenir son développement, la majorité municipale a adopté une stratégie financière fondée sur trois engagements : continuer à investir massivement, ne pas augmenter les impôts et maîtriser l’endettement. La ville considère que les investissements sont essentiels pour soutenir l’économie locale, moderniser les infrastructures, répondre aux défis climatiques et améliorer la vie quotidienne des habitants.
En refusant d’augmenter les taxes locales pour la dixième année consécutive, la municipalité réaffirme un choix politique fort : préserver le pouvoir d’achat tout en garantissant des services publics de qualité. Enfin, la maîtrise de la dette — déjà faible — est assurée par des emprunts majoritairement verts ou dédiés à des projets structurants. Cette stratégie, à la fois prudente et ambitieuse, permet à Dijon de conjuguer dynamisme et stabilité.
Le Débat d’Orientations Budgétaires 2026 de la Ville de Dijon présente les choix et orientations retenus par la collectivité pour faire face aux évolutions du contexte national et international. Le document met en avant les principaux axes de gestion, notamment la maîtrise financière, les priorités environnementales et les actions en direction des habitants, dans un environnement marqué par l’incertitude économique et institutionnelle.
Il expose également la manière dont la municipalité articule ses objectifs : maintien d’un niveau d’investissement important, stabilité de la fiscalité locale et intégration des enjeux sociaux et écologiques dans les politiques publiques. L’ensemble de ces éléments permet de décrire la stratégie adoptée par la ville pour organiser son action et préparer les années à venir.
Nathalie Koenders, maire de Dijon, animera trois réunions publiques début décembre afin de présenter les grandes orientations budgétaires de l’année prochaine et de répondre aux questions des Dijonnaises et des Dijonnais.
Ces rencontres, ouvertes à tous, permettront d’aborder les priorités municipales pour 2026 : investissements, services publics, transition écologique, solidarité ou encore grands projets urbains. Elles offriront également un espace d’échanges pour recueillir les contributions et interrogations des citoyens.
Trois rendez-vous sont programmés dans différents quartiers de la ville :
- Mardi 2 décembre 2025 à 18h30 – Gymnase des Bourroches, boulevard Eugène Fyot
- Jeudi 4 décembre 2025 à 18h30 – Salle Devosge, rue Devosge
- Samedi 6 décembre 2025 à 10h – Gymnase François Chambelland, rue Olympe de Gouges
Avec cette série de réunions, la municipalité souhaite renforcer la participation citoyenne autour d’un moment clé de la vie locale : l’élaboration du budget annuel, qui déterminera les actions et projets à venir.
D. Bernard
