Le dernier conseil municipal de la mandature dijonnaise avait une tonalité toute particulière. Ce rendez-vous institutionnel a marqué le départ de Pierre Pribetich, conseiller municipal et adjoint historique à l’urbanisme, figure incontournable de la vie politique locale depuis un quart de siècle. Souvent surnommé par ses opposants « Monsieur Béton », l’élu a prononcé un long discours d’adieu, empreint d’émotion, de fierté et de bilan politique, avant de passer officiellement le relais.
Dès les premières phrases, Pierre Pribetich a donné le ton de cette prise de parole solennelle : « Madame la maire, mes chers collègues, il est des moments où l’on mesure le chemin parcouru et où l’on ressent profondément ce qu’il a représenté humainement. Aujourd’hui, après avoir annoncé que je quittais mes fonctions au sein du conseil municipal, après 25 années de mandat municipal, un quart de siècle, c’est un mélange d’émotions, de gratitude et de fierté qui m’anime. »
L’élu est revenu sur son arrivée à Dijon et sur le tournant politique majeur de 2001 : « En 2001, avec François Rebsamen et la liste Dijon s’éveille, nous remportions la ville de Dijon après 56 ans d’une gestion de droite. Pour le natif de Roubaix, quartier de l’Épeule, du nord de la France, se retrouver à l’hôtel de ville de Dijon n’avait rien d’évident ni de naturel. »
Durant 23 ans, Pierre Pribetich a été en charge de l’urbanisme, tout en occupant des responsabilités clés, notamment à la tête de la SEMAAD puis de la SPLAAD pendant quinze années chacune. Il a rappelé la ligne directrice de son action : « Pendant toutes ces années, avec les équipes engagées à nos côtés, nous avons partagé une vision, une conviction simple et forte. Transformer Dijon pour mieux servir celles et ceux qui y vivent, pour améliorer leur quotidien, bref pour changer la vie. »
Insistant sur la dimension collective du travail accompli, il a souligné : « Chaque projet, chaque réalisation a été le fruit d’un travail collectif, porté par des agents municipaux, des partenaires, des habitants déterminés. Ce que nous avons fait, nous ne l’avons jamais fait seuls, avec les Dijonnaises et les Dijonnais, pour les Dijonnaises et les Dijonnais. »
Le cœur de son bilan reste la politique du logement. Pierre Pribetich a rappelé des chiffres qu’il estime structurants pour la ville : « En 25 ans, nous avons construit plus de 18 000 logements sur des terres artificialisées, moins de quatre terrains de football de terre pleine, rattrapant ainsi le retard important en matière de logements à loyer modéré, pour parvenir en 2003 enfin à atteindre le seuil de 20 %, simplement le respect de la loi SRU. »
Il a également évoqué l’état de la ville à son arrivée : « Rappelons que nous partions de loin, à peine 11 % en 2001. Aucune mixité sociale dans des quartiers sortis de terre avant 2001, notamment 1 % de logements à loyer modéré dans le quartier des Coteaux du Suzon. Un choix politique assumé par les équipes de droite précédentes. »
L’élu a cité de nombreuses opérations emblématiques, aujourd’hui reconnues bien au-delà de Dijon : « Nous avons mené des opérations emblématiques de réhabilitation comme la maison aux trois visages, la maison bleue dite Majorelle, Saint-John Perse, qui sont aujourd’hui étudiées, prises en exemple, bien au-delà de nos frontières. » Il a également évoqué la création de quartiers devenus références : Juno, l’écoquartier du Jardin des Maraîchers, Arsenal, Terotinde, Via Romana, Montmuzard ou encore Hyacinthe Vincent.
Pierre Pribetich n’a pas manqué de remercier longuement les agents municipaux et les équipes techniques, citant nommément plusieurs responsables, et rappelant le sens profond de son engagement : « Car construire, je le rappelle, c’est protéger, c’est permettre à chacune et chacun de trouver sa place, de répondre aux droits les plus élémentaires dus à tous, le droit à un logement digne reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. »
Revenant sur son surnom controversé, il a assumé sa ligne politique : « J’ai été qualifié de monsieur béton. Je l’entends moins depuis que je suis député, je dois bien le dire ! J’ai compris ce que certains pouvaient me reprocher, mais ce n’était pas du béton à mes yeux, c’était tout simplement le droit d’obtenir un logement, un logement accessible. C’étaient des vies, des familles monoparentales, des femmes victimes de violences, des personnes âgées ou en situation de handicap qui avaient besoin, tout simplement, de dignité, d’un logement, d’un cadre solide et humain. »
Avant de conclure, il a rendu hommage à ses compagnons de route disparus, salué ses collègues, ses camarades socialistes et affirmé son choix de se consacrer pleinement à son mandat de député de la Côte-d’Or, sans quitter Dijon ni la politique.
La maire de Dijon, Nathalie Koenders, lui a ensuite rendu un hommage appuyé. Elle a d’abord salué l’ensemble des élus avant de s’adresser directement à lui : « Cher Pierre, tu as porté au sein de cette assemblée la nécessité de construire pour permettre à toutes et tous de se loger dignement, pour promouvoir la mixité sociale et régénérer la ville plutôt que de l’étaler afin de la rendre plus écologique. »
Elle a également reconnu les critiques qu’il a pu essuyer : « Cela t’a valu de nombreuses critiques de l’opposition venant de la droite, mais aussi parfois plus étonnamment de certains écologistes. Qu’importe, c’est le lot de celles et ceux qui agissent, et nous t’en sommes reconnaissants. »
Ce dernier conseil municipal de mandature restera ainsi comme un moment fort de la vie politique dijonnaise, marqué par le départ d’un élu qui aura profondément façonné la ville pendant 25 ans, laissant derrière lui un héritage urbain, politique et humain qui continuera d’alimenter les débats bien au-delà de cette mandature.
F. Bauduin
Retrouvez ci-dessous l’intervention de Pierre Pribetich en vidéo :
