Lors du conseil municipal de Dijon du 15 décembre, Henri-Bénigne de Vregille, conseiller municipal du groupe Horizons, a pris la parole pour attirer l’attention de l’exécutif local sur un dossier à forte portée historique, morale et juridique : la restitution des œuvres d’art spoliées à la famille Dorville durant l’Occupation.
Profitant de l’examen d’un rapport culturel, l’élu a évoqué l’arrêt rendu le 26 novembre 2025 par la Cour de cassation, qui reconnaît le dessaisissement arbitraire subi par les descendants d’Armand Isaac Dorville, avocat parisien et grand collectionneur d’art de confession juive. « Cet arrêt confirme le bon droit de cette famille à récupérer des œuvres qui ne lui ont jamais été restituées depuis leur spoliation en 1941 », a-t-il rappelé devant l’assemblée municipale.
Henri-Bénigne de Vregille a souligné qu’une œuvre issue de cette collection se trouve aujourd’hui à Dijon : un dessin d’Adolphe Hervier, Place à Coutance, conservé dans les réserves du musée des Beaux-Arts. Il a insisté sur la dimension humaine du dossier, rappelant que plusieurs membres de la famille Dorville furent déportés et assassinés à Auschwitz. « Depuis plus de douze ans, cette famille se bat pour récupérer ses biens. La Ville de Dijon s’honorerait à s’impliquer à leurs côtés pour faciliter la rétrocession de cette œuvre », a-t-il déclaré, se disant convaincu que la municipalité saurait prendre ses responsabilités.
En réponse, Nathalie Koenders a indiqué que la Ville s’en remettrait à la position du ministère de la Culture : « Nous suivrons l’avis du ministère. Je ne sais pas si nous avons déjà été saisis et si le processus est enclenché, mais bien sûr je m’engage, le moment venu, à rendre cette œuvre », avant de préciser que la Ville examinerait la situation « avec attention » si le ministère en faisait la demande.
Un arrêt historique de la Cour de cassation
L’intervention du conseiller municipal s’inscrit dans un contexte national marqué par une décision judiciaire majeure. Dans un communiqué publié le 1er décembre 2025, l’étude généalogique ADD Associés, mandataire des ayants droit d’Armand Dorville, salue un arrêt « qui fera date ». La Cour de cassation y reconnaît que la vente aux enchères de la collection Dorville en 1942, organisée sous administration provisoire dans le cadre de l’aryanisation des biens juifs, ne pouvait être considérée comme un acte librement consenti.
Armand Dorville, décédé en 1941, avait vu sa succession placée sous le contrôle du Commissariat général aux questions juives. Plus de 450 œuvres furent dispersées lors d’une vente organisée à Nice entre le 24 et le 27 juin 1942, sous le regard attentif de représentants des musées nationaux français. Une douzaine d’œuvres furent alors acquises pour enrichir les collections publiques, tandis que le produit de la vente ne parvint jamais pleinement aux héritiers, dont plusieurs furent victimes de la déportation et assassinés à Auschwitz en 1944.
Vers la restitution des œuvres conservées par l’État
Avec cet arrêt, la Cour de cassation casse une décision antérieure de la cour d’appel de Paris et ouvre la voie à la restitution d’au moins neuf œuvres aujourd’hui conservées dans les collections nationales. ADD Associés entend désormais engager les démarches nécessaires pour obtenir leur restitution, estimant que la nullité de la vente de 1942 implique le retour des œuvres à leurs propriétaires légitimes.
À Dijon, la prise de position d’Henri-Bénigne de Vregille marque une étape politique importante. Elle place la municipalité face à un choix symbolique fort : celui de transformer un principe de mémoire et de justice historique en un acte concret, en accompagnant la restitution d’une œuvre spoliée conservée sur son territoire.
F. Bauduin
