Face aux images choquantes de dépeuplement dans les élevages bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, la solidarité envers le monde agricole s’est exprimée avec force ces dernières semaines. Pétitions, sondages et mobilisations citoyennes témoignent d’un soutien massif aux paysan·ne·s en difficulté. Dans ce contexte, Dijon Avenir affirme son appui aux agriculteurs et propose un Pacte local pour l’autonomie alimentaire, destiné à transformer en profondeur le système agricole et alimentaire du territoire dijonnais.
Communiqué de presse du 6 janvier 2026 :
Dijon Avenir soutient les paysan·ne·s et propose un pacte local pour sécuriser l’alimentation de la population
Tout un chacun a été choqué ces dernières semaines par les images de “dépeuplement” dans les élevages bovins touchés par la Dermatose nodulaire contagieuse : les pétitions et les sondages qui ont suivi montrent la sympathie des Français·es pour les paysan·ne·s qui souffrent.
Dijon Avenir apporte son soutien aux agriculteurs en difficulté. Nous analysons le modèle productiviste qui mène aux souffrances du monde agricole et nous présentons les grandes lignes de notre Pacte Local pour l’Autonomie Alimentaire qui vise une profonde transformation du territoire et des façons de produire ce que nous mangeons, avec la création de nombreux emplois non délocalisables, le retour de la valeur de la nourriture et la création de liens forts entre les producteurs et les consommateurs, comme entre les territoires urbains et ruraux.

De la fourche à la fourchette : une crise systémique
Les hivers se suivent et se ressemblent : fin 2025, les agriculteurs quittent leurs fermes pour bloquer les routes et les autoroutes. Ils se regroupent pour exprimer au grand jour leurs revendications pour une reconnaissance de leur travail, en espérant être entendus par les décideurs.
La situation est critique : l’INSEE indique que 18 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté tandis que la Mutualité Sociale Agricole établit que le risque de suicide pour cette profession est 2 fois supérieur à celui du reste de la population.
A l’autre bout de la chaîne de transformation, 8 millions de Français·es vivent en insécurité alimentaire, dont a minima 2 millions sont obligé·e·s de recourir à l’aide alimentaire pour se nourrir. La malnutrition touche une part grandissante de nos concitoyen·ne·s, si bien que l’on parle désormais d’une épidémie d’obésité et que la part de diabétiques a augmenté de 160 % en 20 ans, avec de fortes inégalités territoriales et socio-économiques. La publicité des commerces de grandes surfaces joue un rôle néfaste en poussant surtout à acheter des produits trop gras, trop sucrés, trop salés et ultra-transformés.
A cela s’ajoute la pollution massive des sols et de l’eau, avec aujourd’hui un quart des captages d’eau potable français pollués aux nitrates et aux pesticides, polluants d’origine agricole.
A l’automne 2024, 4 associations (Secours Catholique – Caritas France, le réseau des Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural, Solidarité Paysans et la Fédération Française des Diabétiques) ont produit l’étude « L’injuste prix de notre alimentation : quels coûts pour la société et la planète » pour chiffrer les impacts écologiques, sociaux et sanitaires du système agricole actuel, qui sont pris en charge par le service public. Le rapport met en évidence que chaque année 19 milliards d’euros d’argent public sont dépensés pour la dépollution de l’eau, le traitement des maladies de l’obésité et du diabète et la compensation de la faiblesse des rémunérations des agriculteurs.
Dijon Avenir réfute l’idée selon laquelle il faudrait choisir entre une nourriture saine accessible à tou·te·s, un revenu décent pour des paysan·ne·s nombreux·ses et un environnement préservé de pollutions multiples.
Crise agricole : une illustration de la convergence de crises
Les données Agreste montrent qu’en 25 ans, les prix agricoles ont été divisés par 2. Les enquêtes de l’INSEE montrent, quant à elles, que quand un·e habitant·e dépense 100 € pour ses courses alimentaires, les producteurs ne touchent en moyenne que 7 €. Comment cela est-il possible ? Par la captation de 50 % de la valeur par les acteurs de la transformation (industrie agro-alimentaire) et de la distribution (grandes et moyennes surfaces). C’est là que se trouve une partie des responsables de la détresse des agriculteurs.

On retrouve là les méfaits que Dijon Avenir dénonce, d’une fuite en avant dans la démesure d’un modèle extractiviste, productiviste, consumériste, et finalement capitaliste. Ce modèle qui met en danger notre autonomie alimentaire en poussant à la concurrence des paysan·ne·s français·es avec le monde entier, menant au dumping social ici et là-bas pour produire toujours plus au prix le plus bas, en augmentant les distances parcourues par notre nourriture, faisant dépendre notre approvisionnement des transports en camions – Jean-Marc Jancovici nous rappelle qu’un camion sur trois qui circule transporte de la nourriture…
Modèle qui repose sur une énergie fossile abondante et peu chère, alors que nous faisons face à une inexorable raréfaction des ressources fossiles et minérales.
A cette crise d’un système capitaliste qui a financiarisé jusqu’à notre alimentation, s’ajoute la crise du changement climatique qui touche tant les céréaliers, arboriculteurs et maraîchers par les extrêmes climatiques de plus en plus fréquents qui réduisent les récoltes, que les éleveurs avec la multiplication des maladies vectorielles à un rythme qui alarme l’Organisation mondiale de la santé animale. Fièvre Catarrhale Ovine, Maladie Hémorragique Epizootique, Dermatose Nodulaire Contagieuse : l’expansion de ces épizooties venues de continents au climat tropical, transmises par des insectes piqueurs (mouches, moucherons, taons ou tiques) n’est plus freinée par les hivers anormalement doux que nous vivons.
Dans ce contexte de crise systémique qui nécessite de prendre les problèmes à la racine et d’engager une bifurcation vers un autre modèle agricole et alimentaire, Dijon Avenir soutient fortement les paysan·ne·s en difficulté.
Vers un Pacte Local pour l’Autonomie Alimentaire
Face à la convergence des crises et à leurs impacts qui vont s’aggraver, notre territoire n’est pas préparé. Nos façons de vivre ne sont pas adaptées. Dijon Avenir veut protéger la population en commençant par sécuriser notre premier besoin qui est de manger 3 fois par jour, en s’inscrivant dans la justice sociale, la solidarité et la coopération. Nous voulons garantir à toutes et tous une alimentation saine et accessible en quantité quel que soit son revenu, en rééquilibrant les relations entre mondes rural et urbain. Parce que comme le disait Hippocrate au 5ème siècle avant notre ère, notre aliment est notre premier médicament, il s’agit de redonner de la valeur (financière, symbolique et affective) à notre alimentation, notamment par la création de liens forts entre les producteurs et les consommateurs, que l’exode rural et le modèle agricole productiviste ont détruit, et qu’il nous faut aujourd’hui retisser.
Nous fixons l’objectif de multiplier par 10 l’autonomie alimentaire du bassin de vie dijonnais d’ici à 2050 pour atteindre une auto-suffisance de près de 80 %, contre 8 % aujourd’hui. Cela passe par de grandes mesures pour préserver tous les espaces de pleine terre qui n’ont pas déjà été urbanisés sur Dijon et la Métropole, pour les dédier à un nouveau système alimentaire et agricole robuste, relocalisé, sorti de sa dépendance aux énergies fossiles (carburants, engrais azotés). Il s’agit aussi de viser une forte évolution du régime alimentaire moyen, avec notamment une baisse importante de la consommation de viande, dont la production est très consommatrice de surfaces agricoles, pour privilégier une viande produite localement de manière extensive, moins impactante et plus nutritive. Nous devrons aussi soutenir la formation et l’installation de paysan·ne·s beaucoup plus nombreux·ses, notamment grâce à la future Cité locale de l’autonomie alimentaire, avec à la clé des centaines de nouveaux emplois non délocalisables. Également, nous reprendrons en main notre alimentation par l’expérimentation d’une Sécurité sociale alimentaire et par une commande publique qui contribuera à créer de nouveaux débouchés pour les filières locales.
Face à la crise démocratique que nous vivons, Dijon Avenir fixe ces grandes orientations et propose de co-construire ce Pacte Local pour l’Autonomie Alimentaire, avec tous les acteurs locaux concernés par l’alimentation, de la production à la distribution en passant par la transformation, en organisant une grande convention citoyenne dès le début du mandat.
