Le ministère de la Justice engage une réforme d’ampleur de son administration centrale. Gérald Darmanin, garde des Sceaux, a annoncé le lancement de plusieurs missions de préfiguration destinées à transformer en profondeur l’organisation du ministère, avec un objectif affiché : remettre les usagers du service public et les victimes au cœur de l’institution judiciaire.
Cette réorganisation s’inscrit dans la continuité des chantiers ouverts depuis l’arrivée de Gérald Darmanin place Vendôme. Une première mission, confiée à Olivier Caracotch, procureur de la République de Dijon, et à Marie Grosset, maître des requêtes au Conseil d’État, a déjà permis de poser les bases de la future direction des victimes et des usagers, dont la création est prévue au 1er juin 2026.
Vers une direction générale des services judiciaires
Parmi les nouvelles priorités figure la transformation de la direction des services judiciaires (DSJ) en direction générale des services judiciaires (DGSJ). Une mission de préfiguration a été confiée à Jean-François Beynel, premier président de la cour d’appel de Versailles, et à Maryvonne Caillibotte, procureure générale près la cour d’appel d’Amiens.
Cette future direction générale devra s’articuler autour de trois axes : une rénovation de la gestion des ressources humaines des magistrats et des fonctionnaires, une répartition plus dynamique des moyens budgétaires entre les juridictions fondée sur des indicateurs objectifs de charge et de performance, et l’intégration de la future direction des victimes et des usagers dans l’équilibre global de la gouvernance judiciaire.
Immobilier et numérique : deux comités de suivi créés
La réforme touche également la fonction immobilière du ministère. Annoncée dès le 3 décembre dernier, elle se concrétise par la création d’un comité de suivi du pilotage immobilier, présidé par Stéphane de Fay, président filière hors site France. Sa mission : clarifier la gouvernance immobilière, améliorer la connaissance du patrimoine et rendre plus lisibles les choix d’investissement.
Autre chantier stratégique : la transformation numérique des services judiciaires, qui doit entrer en 2026 dans une phase décisive. Un comité de suivi de la transformation numérique est mis en place, coprésidé par Stéphanie Kretowicz, présidente du tribunal judiciaire de Lille, et Sébastien Gallois, procureur de la République à Rouen. Ce comité devra accompagner la modernisation des outils et des pratiques numériques dans l’ensemble des juridictions.
Une réforme en profondeur de l’École nationale de la magistrature
Enfin, une réflexion de fond est engagée sur l’École nationale de la magistrature (ENM). La mission a été confiée à Charles Touboul-Moracchini, conseiller d’État. Elle portera sur les modalités d’accès à l’école, avec l’objectif de renforcer la diversité sociale, territoriale et académique des candidats.
La mission devra également proposer des évolutions du contenu de la formation, afin d’ouvrir davantage les futurs magistrats aux réalités des autres institutions publiques et de la vie économique. Elle s’intéressera aussi aux parcours de carrière et à la constitution d’un vivier de hauts potentiels destinés à former les futurs cadres dirigeants du corps judiciaire.
Des conclusions attendues mi-2026
L’ensemble des rapports issus de ces missions est attendu pour la fin du premier semestre 2026. La mise en œuvre des réformes devrait débuter à partir de juin 2026 et se poursuivre jusqu’au début de l’année 2027. L’Inspection générale de la justice apportera son appui méthodologique et son expertise à l’ensemble de ces travaux.
Avec cette réorganisation, le ministère de la Justice entend adapter ses structures aux défis contemporains de la justice, qu’il s’agisse de la prise en charge des victimes, de la modernisation numérique ou de la formation des magistrats, dans un contexte de fortes attentes des citoyens vis-à-vis du service public judiciaire.
