« L’enfer » : c’est ainsi que les habitants d’un immeuble situé rue du Tire Pesseau, à Dijon, décrivent leur quotidien depuis le début du mois de janvier. En l’espace de dix jours, trois inondations majeures ont plongé 51 logements dans une situation extrêmement difficile.
Tout commence dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026. Un locataire est victime d’un malaise alors qu’il se trouve sous la douche. L’accident provoque une importante fuite d’eau qui se répand du premier étage jusqu’au rez-de-chaussée et au sous-sol de la résidence.
Alertés par un voisin, les sapeurs-pompiers interviennent rapidement. Ils prennent en charge la personne en détresse et procèdent à l’aspiration de l’eau. Mais les dégâts sont considérables : l’armoire électrique générale du bâtiment est entièrement envahie par l’eau et devient inutilisable. Par mesure de sécurité, Enedis coupe l’électricité des communs dans l’immeuble.
Des conditions de vie très dégradées
Cette coupure d’électricité plonge immédiatement les locataires dans une situation critique, marquée par l’absence totale de chauffage et d’eau chaude, des ascenseurs hors service, l’obscurité dans les cages d’escaliers pouvant aller jusqu’au septième étage, ainsi qu’un système de sécurité incendie devenu inopérant. Seize radiateurs électriques sont bien distribués aux habitants, mais ce dispositif reste très insuffisant pour couvrir les besoins des 51 logements de la résidence. Exaspérés par cette situation et par le manque de solutions durables, les résidents décident d’installer des banderoles dès le 3 janvier afin d’alerter l’opinion publique. L’électricité sera finalement rétablie le 4 janvier, apportant un soulagement, certes réel, mais seulement temporaire.
Nouvelle inondation le 12 janvier
Mais le lundi 12 janvier au matin, le scénario se répète. Vers 7 heures, le même locataire provoque une nouvelle inondation. Les pompiers doivent de nouveau intervenir pour aspirer l’eau. Enedis coupe une nouvelle fois l’électricité dans les parties communes, privant à nouveau les habitants de chauffage et d’eau chaude.
Lors de l’intervention, plusieurs locataires constatent l’état préoccupant de l’appartement. « Il y avait tellement de déchets que les pompiers ne pouvaient même pas aspirer l’eau dans l’appartement. On a dû sortir quelques trucs sur la terrasse », témoigne un voisin. Il ajoute : « Je pense qu’il a vraiment besoin d’être suivi, c’est indispensable. »

Habellis, le bailleur social, est présent dès le matin pour distribuer des radiateurs aux habitants. Mais vers 9 heures, une nouvelle inondation se produit, et c’est le même locataire qui en est à l’origine. Les pompiers interviennent une deuxième fois dans la journée et procèdent à l’aspiration de l’eau. Le locataire sera finalement transporté aux urgences.
« On ne comprend pas qu’il rentre chez lui »
Le répit sera de courte durée. En fin d’après-midi, le locataire regagne son appartement. « On ne comprend pas. Il va recommencer, il n’est pas suivi. Nous, on reste sans chauffage ni eau chaude », confient plusieurs résidents, très inquiets de la situation.
La CLCV de Côte-d’Or (association de défense des consommateurs) s’est également saisie du dossier. « C’est clairement un locataire en grande détresse. Il dort sur un matelas à même le sol, il n’a pas de réfrigérateur. On ne comprend pas pourquoi il n’est pas davantage pris en charge », déclare F. Bauduin, administrateur représentant des locataires au sein du conseil d’administration d’Habellis.
F. Bauduin s’interroge aussi : « D’après nos informations, il a une assistante sociale. Je me pose plusieurs questions. La première : pourquoi n’est-il pas plus suivi ? La deuxième : que font les services sociaux pour ce monsieur en détresse ? La troisième : personne ne se soucie de ses conditions de vie — pas de réfrigérateur, un matelas à même le sol. Aujourd’hui, il a encore de l’eau dans son appartement, il vit dans l’humidité. Franchement, c’est scandaleux de laisser une personne ainsi ! »
Il ajoute : « Si ça se reproduit, ça va exploser, les locataires sont à bout, et je ne peux que les comprendre puisque j’habite cette résidence. Ce que je demande, c’est que tout soit mis en œuvre pour aider ce locataire. Habellis a saisi l’assistante sociale de ce locataire, maintenant elle doit agir, sinon la colère va éclater. Si elle ne bouge pas, on va agir pour qu’elle bouge, voilà, tout le monde est prévenu ! »
Il rappelle également que le bailleur n’est pas responsable de la situation : « Le bailleur Habellis subit aussi la situation, comme l’ensemble des locataires, c’est une réalité. Comme nous, il se serait bien passé de tout cela ! Maintenant, tout doit être mis en œuvre pour qu’un suivi de ce locataire soit mis en place. Il a besoin d’aide, je l’avais dit dès le 3 janvier 2026. »
Des habitants à bout
Dans l’immeuble, l’inquiétude est permanente. « On attend que l’armoire électrique sèche pour qu’ils remettent l’électricité. S’il recommence, on est foutus », lâche un locataire, découragé. Le rétablissement de l’électricité est attendu dans la journée, mais les habitants restent suspendus à une crainte : que l’incident se reproduise une nouvelle fois. En attendant, ils croisent les doigts, espérant enfin retrouver un quotidien normal.
D. Bernard
