Environ 150 agriculteurs de Côte-d’Or se sont rassemblés en début de soirée place de la République, à Dijon, avec 17 tracteurs, pour alerter sur la situation du monde agricole. Sur place, ils ont déversé deux bennes d’oignons le long de la place et invité les habitants à se servir. De nombreux Dijonnais et Dijonnaises sont repartis avec des sacs remplis.
Les manifestants ont ensuite installé un campement : tonnelles, feux dans des barils, musique et préparation du repas sur place. L’objectif était d’occuper l’espace public et de rendre visible une mobilisation qu’ils estiment ignorée depuis plusieurs mois par le gouvernement et le Parlement européen.
« Une marche funèbre pour l’agriculture française »
Matthieu Besançon, agriculteur et secrétaire général adjoint de la FDSEA, nous a expliqué le sens de l’action : « Ce soir, symboliquement, on va faire une marche funèbre avec un cercueil. Une marche funèbre pour l’agriculture française, qui est constamment menacée. »
Il dénonce notamment les accords de libre-échange : « On va signer des traités de libre-échange pour faire rentrer massivement des produits qui vont venir nous concurrencer et qui n’ont absolument pas les mêmes contraintes environnementales, sociales et économiques des fermes d’origine qui produisent ces produits-là, par rapport à nous. Donc ils vont venir effondrer nos prix, effondrer nos standards. »
Dans le même temps, il évoque une pression réglementaire croissante : « On subit une pression réglementaire constante, avec tout le temps des nouvelles règles, des nouvelles normes, des contrôles. Si vous voulez, les éleveurs, on leur lâche des loups, on a des contrôles OFB, on a des contrôles satellites permanents, on a des encadrements sur absolument tout. »

Selon lui, cette situation entraîne un recul de la production nationale : « Ce qui fait que nous, on est en train plutôt de se refermer sur nous-mêmes, d’aller vers une forme de décroissance, vers un déclin, quand dans le même temps on va faire rentrer massivement tous ces produits interdits en France. »
« L’issue, c’est la mort de l’agriculture française »
Le constat est, selon lui, sans appel : « Pour nous, l’issue, c’est la mort de l’agriculture française, sauf qu’une fois qu’un pays a perdu ses agriculteurs, ça ne se refera pas. »
Interrogé sur les annonces du gouvernement, il exprime un fort scepticisme : « On manifeste, on était déjà venus en septembre pour le Mercosur, on est montés à Bruxelles en décembre, on est allés à Pouilly et à Dijon, on a passé la nuit là, on bloque les ronds-points depuis une semaine pour essayer d’alerter sur la situation. Là, on est là ce soir, et en fait, on est surtout épuisés. Voilà, on est un peu désespérés. »
Il évoque également les aides et la Politique agricole commune : « La taxe sur le gazole a sauté, la PAC, ce n’est toujours pas satisfaisant, et le projet de la PAC, c’est de la baisser, alors que c’est quand même le socle de notre revenu aujourd’hui. Si on pouvait vivre avec des prix et sans PAC, on le ferait, mais aujourd’hui, on doit vivre avec la PAC. Et là, le projet, c’est de la baisser de 20 %. »
Une mobilisation régionale annoncée
Pour le lendemain, une nouvelle action était prévue : « Ce soir, c’était juste une petite action de la Côte-d’Or. Demain, c’est une manifestation régionale. Il y aura tous les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA de Bourgogne-Franche-Comté qui reviennent à Dijon, symboliquement parce que c’est là que sont les instances. »
Les manifestants prévoient de passer devant plusieurs administrations : « On va circuler devant plusieurs administrations et faire nos traditionnels dépôts de fumier et de déchets, parce que c’est une tradition, c’est comme ça qu’on communique notre colère. Si tout le pouvoir est à Dijon, on monte à Dijon et on vient exprimer notre colère. »
Environ cinquante tracteurs sont attendus aujourd’hui à Dijon, selon l’agriculteur.
« L’alimentation, c’est une souveraineté stratégique »
Au-delà des revendications économiques, l’agriculteur insiste sur l’enjeu de souveraineté : « Quand on perd sa souveraineté énergétique, on a vu ce que ça donne. L’alimentation, c’est encore pire. Dire “ce n’est pas grave, on va importer pour se suffire”, c’est une grave erreur stratégique. »
Il défend le modèle agricole français : « Ici, c’est une agriculture familiale. Des fermes de 150 à 200 hectares, souvent un père et son fils ou deux frères, 80 à 100 vaches. C’est une agriculture extrêmement raisonnable. Détruire ça, c’est une grave erreur stratégique. »
Un cercueil déposé devant la préfecture
En fin de soirée, les agriculteurs se sont rendus rue de la Préfecture pour y déposer un cercueil, geste symbolique pour alerter sur l’avenir de la profession. Avant de conclure, Matthieu Besançon a adressé un message à ses collègues : « Vu qu’il y a beaucoup de monde qui se mobilise, ça fait plaisir. Le nombre donne de l’espoir. On l’a préparé en deux jours, c’est magnifique. Courage, on ne lâche rien et on y croit. »
Les agriculteurs ont annoncé qu’ils manifesteraient de nouveau aujourd’hui à Dijon. La circulation pourrait être compliquée par endroits.














