Alors que l’Union européenne s’apprête à ratifier l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, la Coordination du Parti communiste français de Côte-d’Or (PCF 21) exprime une opposition ferme à un traité qu’elle juge destructeur pour l’agriculture, la souveraineté alimentaire et les normes sanitaires européennes.
Malgré l’opposition affichée de plusieurs États membres, dont la France, l’Irlande, la Pologne, l’Autriche et la Hongrie, l’accord commercial pourrait être signé prochainement. Pour les communistes, le récent revirement de l’Italie illustre « la soumission des gouvernements d’extrême droite aux intérêts du capital », incapable selon eux de protéger durablement les revenus agricoles.
Si Emmanuel Macron et la ministre de l’Agriculture Annie Genevard affichent désormais leur refus, le PCF estime ces prises de position tardives et opportunistes. « La France aurait pu construire plus tôt une minorité de blocage efficace », déplore le parti, qui accuse le gouvernement de ne pas avoir réellement cherché à empêcher la ratification.
Des filières agricoles menacées
Le PCF alerte particulièrement sur les conséquences pour plusieurs filières françaises : viande bovine, betterave sucrière, volaille et miel. Selon l’Institut de l’élevage, les coûts de production de la viande bovine dans les pays du Mercosur seraient inférieurs de 40 % à ceux des élevages européens, ce qui ferait peser une forte pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs.
Pour les communistes, cette situation s’inscrit dans une logique ancienne de mondialisation agricole visant à transformer l’alimentation en marchandise standardisée, produite en masse et mise en concurrence à l’échelle mondiale. « La baisse des prix agricoles profite à l’industrie agroalimentaire, à la grande distribution et aux chaînes de restauration, tandis que producteurs et consommateurs en subissent les conséquences », affirme le PCF 21.
Inquiétudes sanitaires et environnementales
Au-delà de l’impact économique, le parti s’inquiète d’un possible affaiblissement des normes sanitaires et environnementales. Il rappelle qu’en 2020, un quart des substances actives utilisées au Brésil étaient interdites dans l’Union européenne. Même si des garanties sont avancées concernant les OGM ou les hormones, le risque de « nivellement par le bas » des normes reste, selon lui, bien réel.
Le PCF dénonce également le rôle des grandes firmes phytopharmaceutiques et semencières, qui pourraient tirer profit d’un modèle agro-exportateur fortement dépendant des intrants chimiques.
L’agriculture, « monnaie d’échange » du libre-échange
Pour les communistes, l’agriculture sert de variable d’ajustement afin de favoriser d’autres secteurs plus rentables. L’accord prévoit en effet la suppression de plus de 90 % des droits de douane entre l’UE et le Mercosur, ouvrant largement les marchés sud-américains aux exportations européennes dans l’automobile, le BTP, la téléphonie, les machines-outils ou encore l’industrie pharmaceutique.
« L’agriculture, moins lucrative, est sacrifiée pour soutenir des secteurs à forte rentabilité », estime le PCF, qui y voit une atteinte directe à la souveraineté alimentaire des peuples.
Des propositions alternatives
Opposé de longue date aux accords de libre-échange comme le CETA ou le TAFTA, le PCF réaffirme son refus de l’intégration des produits agricoles dans les traités commerciaux. Il plaide pour un autre modèle de coopération internationale fondé sur la planification démocratique de la production, l’intervention publique sur les prix et des partenariats scientifiques et techniques entre pays.
Le parti propose également la création d’un service public de la traçabilité alimentaire, l’obligation de l’indication d’origine pour tous les produits alimentaires, bruts ou transformés, ainsi que la mise en place d’une véritable police européenne de la sécurité alimentaire dotée de moyens de contrôle renforcés aux frontières.
Pour le PCF de Côte-d’Or, l’enjeu dépasse le seul cadre commercial : il s’agit de défendre la capacité des peuples à produire leur propre alimentation, tout en relevant collectivement les défis du dérèglement climatique et de la sécurité alimentaire mondiale.
