Rarement une assemblée générale extraordinaire n’aura suscité autant d’émotion, d’incompréhension et de débats. Réunis le 26 janvier 2026 dans la salle Luc et Yolande Mille, les membres du Comité de jumelage de la commune de Neuilly-Crimolois ont assisté à une réunion hors norme, convoquée afin de faire la lumière sur de graves irrégularités comptables découvertes dans les comptes des années précédentes.
Dès l’ouverture de séance, la présidente actuelle, Aline Simon, plante le décor. Après les vœux d’usage, la parole est donnée à la trésorière, Anne-Marie Dumont. Le ton est posé, mais les faits exposés vont rapidement glacer l’assemblée.
« On ne comprenait plus rien aux relevés »
La trésorière explique la genèse des découvertes. Après la démission de l’ancienne présidente, fin février 2025 — qui n’était autre que l’épouse du maire, Madame Corinne Relot — les documents comptables ont été transmis au nouveau bureau. « Le bureau s’est essentiellement attaché, sur cette période, à préparer la venue des allemands programmée pour le mois de septembre », précise-t-elle selon le procès-verbal de l’assemblée générale extraordinaire. Ce n’est que plus tard, à l’automne, que les incohérences sont apparues.
« Le rapprochement entre les relevés fournis alors par l’ancienne présidente et le compte sur livret sans pouvoir expliquer certaines incohérences », détaille Anne-Marie Dumont. Elle cite notamment des opérations intitulées « virement Livret A », alors que l’association ne possède pas de Livret A. « Lors du rendez-vous à la banque, le conseiller bancaire a mis en lumière des incohérences comme par exemple : il est indiqué un virement sur le livret A (sachant que l’association n’en a pas mais à un compte sur livret), alors qu’il s’agit en réalité d’un retrait automatique au DAB de Sennecey ».
Elle a ajouté, selon le procès-verbal de l’assemblée générale extraordinaire : « 3 opérations du même type, libellées “virement livret A”, qui sont en fait des retraits d’espèces, pour une valeur de 1 200,00 euros. Cela a alerté les membres du CA, qui ont commencé à éplucher les comptes. » Dans la salle, la surprise est générale. Les relevés falsifiés et les relevés bancaires authentiques sont projetés côte à côte.

Scepticisme et premières tensions
Tous les adhérents ne partagent pas immédiatement cette analyse. Un adhérent, M. Maurois, exprime son doute, comme le révèle le procès-verbal de l’assemblée générale extraordinaire : « Maurois, adhérent, s’étonne et s’interroge sur le fait que ce serait la banque qui fournirait de faux relevés. » Une hypothèse rapidement écartée par la trésorière, qui rappelle que les documents ont été remis directement par l’établissement bancaire.
Face aux interrogations, Corinne Relot, ancienne présidente, demande à s’exprimer. Son intervention, jointe au procès-verbal, se veut mesurée. Elle affirme n’avoir jamais eu connaissance d’éléments laissant présager de telles anomalies et insiste sur l’ancienneté des faits.
Elle déclare : « Les faits évoqués concernent des événements survenus il y a près de quatre années, dans le cadre de l’organisation du festival Balais et Potions. À l’époque, les documents dont disposait le bureau ne permettaient pas d’identifier les difficultés financières mises en évidence plus récemment. Ces éléments n’étaient donc ni connus ni identifiables lors de l’établissement des bilans.
Dès que ces éléments ont été portés à ma connaissance, j’ai estimé nécessaire d’agir avec prudence et responsabilité. À cette fin, j’ai souhaité être accompagnée par un conseil juridique, afin d’agir dans un cadre sécurisé et de préserver au mieux les intérêts de l’association.
Je tiens à souligner le travail de vigilance et de vérification mené par le bureau actuel, qui a permis de mettre en évidence des éléments factuels et de clarifier la situation. À ce stade, il n’existe pas d’écrit engageant juridiquement la personne concernée. Un courrier explicatif a toutefois été rédigé par celle-ci. Ce courrier explicatif a été remis à la présidente de l’association dès que j’en ai eu connaissance.
Le préjudice financier identifié par l’association s’élève à 1 751,42 €. Un chèque de banque a été établi à destination de l’association pour un montant de 2 000 € et remis lors de la présente Assemblée Générale, couvrant intégralement le préjudice financier constaté.»
Puis elle dira : « Je précise que ni la trésorière, ni moi-même en tant que présidente à l’époque, n’avons pris part à des décisions de gestion ayant conduit à la situation évoquée, ni eu connaissance d’éléments permettant d’en anticiper les conséquences.
Le préjudice financier de l’association étant désormais couvert, je demande que le dossier soit considéré comme clos pour ce qui concerne l’association, afin qu’elle puisse poursuivre ses activités sereinement.
Je précise enfin que je me réserve, à titre strictement personnel, le droit d’examiner toute action que je jugerai utile à l’encontre de la personne concernée, après échanges avec mon conseil.
Je souhaite que cette situation demeure strictement interne à la vie de l’association, et qu’elle ne déborde pas du cadre associatif.»
Dans le même temps, elle remet à l’assemblée un chèque de banque d’un montant de 2 000 euros. Une déclaration qui ressemble à un « circulez, il n’y a rien à voir », alors que les faits s’avèrent extrêmement graves.
La présidente actuelle lit ensuite une lettre transmise par Corinne Relot, émanant selon elle de la personne mandatée pour l’organisation du festival Balais et Potions, qui n’est autre que Madame Vukovic Lucie. Cette lettre est également annexée au procès-verbal. Elle indique notamment : « Je tiens tout d’abord à rappeler que ces faits se sont déroulés il y a plusieurs années suite à l’organisation du festival Balais et Potions. La mission qui m’avait été confiée était la mise en place d’un festival regroupant une cinquantaine d’exposants et de proposer des animations durant les deux jours du festival. Pour mener à bien cette organisation, j’ai eu accès à des opérations financières afin d’assurer la bonne réalisation de cette mission. Il s’est avéré que cette organisation n’a pu se réaliser dans les bonnes conditions organisationnelles et que, de fait, un déficit a été mis en évidence à l’issue de la période concernée lorsque la totalité des factures a dû être honorée. »

Elle ajoute : « Étant à l’époque en grande fragilité financière, je n’ai pu honorer ce déficit. Je suis désolée que ce dernier ait été supporté par votre association et je vous prie d’accepter mes excuses pour ces opérations. Vous trouverez ci-joint un chèque de banque d’un montant de 2 000 € permettant de couvrir le déficit, ainsi qu’un versement complémentaire de ma propre initiative. Consciente de l’importance des faits, je souhaite néanmoins que cette action permette de clôturer cette malheureuse opération qui vous met, vous et votre association, dans une position délicate. En m’excusant encore pour les implications de mes agissements, je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes respectueuses salutations. »
« Le manque de respect des anciens dirigeants »
Les réactions ne se font pas attendre. Nadine Palermo, adhérente, prend la parole avec fermeté : propos recueillis dans le PV : « Comment cette personne extérieure à l’association a-t-elle pu avoir accès aux comptes de l’association ? Elle indique également que ce qui la trouble davantage, c’est que le “festival Balais et Potions” a été organisé en 2022. Si le CA actuel n’avait pas fait ce travail de comparaison des relevés, l’association aurait perdu ces 2 000 €, qui réapparaissent aujourd’hui. »
Elle poursuit : « Elle s’interroge sur le manque de respect des anciens dirigeants, qui ont fourni aux adhérents des comptes qui sont faux, avec des mouvements d’argent auxquels on ne comprend rien. Elle précise aussi que ces 2 000 € auraient pu fructifier sur un livret, par exemple, et rapporter des intérêts à l’association. Elle estime ces faits assez graves et anormaux. »
La trésorière rappelle également que le comité de jumelage est subventionné par la commune selon le PV : « La trésorière, Anne-Marie DUMONT, précise que le comité de jumelage est subventionné par la commune, ce qui n’est pas anodin. On laisserait alors la mainmise sur les comptes du comité de jumelage à quelqu’un que l’on ne connaît pas. »
Giovanni PALERMO, le secrétaire, s’interroge sur le fait qu’à aucun moment, ni l’ex-présidente, ni l’ex-trésorière ne se seraient rendu compte que les relevés étaient faux.
Le rôle central et trouble du festival « Balais et Potions »
Très vite, les discussions convergent vers l’organisation du festival Balais et Potions, en 2022. Corinne Relot affirme que l’organisatrice du festival, Lucile Vukovic, disposait d’un accès aux relevés bancaires afin d’établir le bilan de l’événement.
Corinne RELOT conteste formellement les affirmations de falsification de relevés. La personne de « Balais et Potions », Lucile VUKOVIC, aurait eu les relevés de compte pour commencer à établir le bilan… Suite à l’examen de ces relevés, elle les lui aurait renvoyés en l’état, falsifiés.
Nadine PALERMO indiquera, selon le PV, qu’il peut arriver à tout un chacun de se tromper, d’organiser une activité qui ne fonctionne pas : « En revanche, il faut être de bonne foi et ne pas falsifier les documents. »
Patrick DANAUDIERE précise que la responsabilité est indissociable entre le trésorier et le président. François NOVOTNY, adhérent, intervient en indiquant qu’il a fait, il y a environ deux ans, avec Jean-Louis DUMONT, adhérent, un courrier adressé à la présidente afin de demander les justificatifs de toutes les dépenses de plusieurs années. Aucune réponse ne lui aurait été apportée, selon le PV que nous avons consulté.
Des retraits en espèces sans justificatifs
Autre point resté sans réponse claire : les retraits d’espèces. Jean-Claude Vuillermot interroge : « Qui avait la carte bancaire ? Qui a effectué ces retraits au distributeur ? » Corinne Relot évoque des avances de paiement. Une explication jugée insuffisante par la trésorière actuelle : « Il n’y a aucun justificatif à l’appui de ces retraits. »
Plainte annoncée et volonté de tourner la page
À écouter Madame Corinne Relot, l’ancienne présidente de l’association, qui est d’ailleurs l’épouse du maire Didier Relot, Madame Vukovic Lucie aurait remis le chèque de banque de 2 000 euros ainsi que le courrier. Seulement voilà : Madame Vukovic Lucie atteste ne pas être à l’origine de la signature d’un quelconque document, ni avoir transmis quoi que ce soit à l’association.
Une question se pose alors : qui a rédigé cette lettre signée au nom de Madame Vukovic Lucie ? Qui a établi le chèque de 2 000 euros, si ce n’est pas Madame Vukovic ? Comment l’ancienne présidente de l’association, Madame Relot, a-t-elle pu fournir une lettre et un chèque de banque d’un montant de 2 000 euros, signés au nom de Madame Vukovic, alors que celle-ci affirme n’avoir rien signé ?
Nous avons pris l’initiative de contacter Madame Vukovic. À l’heure où nous publions cet article de presse, celle-ci n’était pas disposée à répondre à nos questions. Nous avons ensuite contacté l’ancienne présidente de l’association, Madame Corinne Relot. Celle-ci a refusé de répondre à nos questions, à notre plus grand regret, car des interrogations demeurent.
Nous lui avons indiqué par téléphone : « Nous aurions des questions à vous poser concernant la réunion extraordinaire où des faits ont été exposés. » Elle nous a coupé la parole en déclarant : « Je n’ai rien à dire sur ce sujet, une médiation est en cours. »
Nous avons insisté : « Les faits sont graves, au regard des éléments dont nous disposons. Un courrier aurait été fait par Madame Vukovic Lucie, courrier qu’elle prétend ne pas avoir rédigé, et il en est de même pour le chèque de banque de 2 000 euros. La question que nous souhaitions vous poser est la suivante : qui a rédigé cette lettre et ce chèque que vous avez présentés ? »
L’ancienne présidente nous a répondu : « Je n’ai pas d’information. » Nous avons alors poursuivi : « Mais vous l’aviez rencontrée, elle vous a bien remis le chèque et la lettre ? » Réponse : « Je n’ai pas d’information à vous donner. »
Nous avons ajouté : « Lorsque vous étiez présidente, vous avez fermé les comptes avant de quitter la présidence. Pourquoi avoir fermé les comptes ? » Réponse identique : « Je n’ai pas d’information à vous donner. »
Nous avons conclu : « Nous n’allons pas insister, puisque, manifestement, à toutes nos questions, vous nous répondrez que vous n’avez pas d’information à nous donner. » Ce à quoi elle a répondu, une nouvelle fois : « Je n’ai pas d’information à vous donner. »
Il est regrettable de constater que Madame Relot Corinne réagisse ainsi, alors que les faits sont extrêmement graves. Il est ici question de falsification de relevés de comptes, d’une lettre et d’un chèque de banque remis au nom d’une personne qui affirme ne pas être à l’origine ni de la lettre ni du chèque.
C’est une histoire abracadabrantesque qui, disons les choses clairement, semble presque devenir une habitude au sein de la commune. En effet, le 13 octobre 2025, nous prenions l’initiative de diffuser un article intitulé : « Neuilly-Crimolois : un signalement au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale pourrait mettre en lumière une gestion municipale controversée ! » Dans cet article, nous retraçions des faits ayant fait l’objet d’un signalement au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale.
Il est à noter que Didier Relot, maire de la commune, est également membre du comité de jumelage de Neuilly-Crimolois. Bien qu’absent lors de cette assemblée générale extraordinaire, il avait pris soin de donner son pouvoir à monsieur Miguel Morois selon nos information. Ce dernier figurerait également sur la liste de Didier Relot dans le cadre des prochaines élections municipales.
Michel Seguin, membre du comité de jumelage, a pour sa part donné son pouvoir à Catherine Seguin, ancienne trésorière de l’association.
Face à la situation, le conseil d’administration a annoncé le dépôt d’une plainte afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui, selon plusieurs sources, ne surprend plus au sein de la commune. D’après nos informations, la plainte a été déposée ce jeudi 5 février 2026 pour faux et usage de faux.
En attendant, le chèque de 2 000 euros ne sera pas encaissé. Les membres du conseil d’administration, à juste titre, préfèrent attendre les conclusions de la commission de contrôle. La séance s’est levée dans un climat lourd, mais avec une volonté clairement exprimée : rétablir la transparence, assumer les responsabilités et permettre au comité de jumelage de poursuivre ses missions sur des bases assainies.
