La campagne municipale dijonnaise a franchi un cap symbolique lundi 2 février avec la première réunion publique de la liste « Dijon change d’ère », qui revendique être la seule alliance unissant la gauche et les écologistes en vue du scrutin de mars prochain. Organisée salle Chambellan devant près d’une centaine de personnes, cette soirée inaugurale a servi de déclaration d’intention : installer un rapport de force politique avec la majorité sortante et présenter une alternative articulée autour de la transition écologique, de la justice sociale et du renouveau démocratique.
Dès son entrée en scène, Michel Haberstrau, tête de liste, a posé le cadre. Ingénieur agroalimentaire, dirigeant d’un centre régional de formation et résident dijonnais depuis plus de trois décennies, il a inscrit son engagement dans une vision qu’il qualifie de « profondément humaniste et écologique ». Selon lui, la ville doit aujourd’hui repenser ses priorités pour replacer les habitants, leurs conditions de vie et le respect du vivant au centre de l’action municipale.
Une critique frontale de la gouvernance actuelle
Le ton s’est rapidement fait plus politique. Michel Haberstrau a dressé un réquisitoire contre la majorité municipale sortante, accusée d’avoir privilégié une logique d’attractivité urbaine qu’il juge déconnectée des besoins quotidiens. À ses yeux, la municipalité aurait progressivement glissé vers une gestion trop technocratique, éloignant la décision publique des réalités sociales et environnementales.
Le candidat a dénoncé ce qu’il considère comme un décalage entre communication politique et résultats concrets face aux défis contemporains — logement, transition climatique, accès aux services publics ou encore participation citoyenne. Dans son discours, il a appelé à rompre avec une vision du développement urbain centrée sur la performance économique ou l’image de la ville, estimant que « le progrès ne se mesure ni au béton ni à la surenchère technologique, mais à la qualité de vie et à la capacité de répondre aux urgences sociales ».
Cette critique s’est accompagnée d’une mise en perspective politique plus large, le candidat situant la majorité actuelle dans un paysage d’alliances qu’il juge éloignées des attentes d’une partie de l’électorat de gauche.

Une coalition construite sur la diversité des profils
La réunion a également servi de vitrine à l’architecture politique et humaine de la liste. Des figures issues des précédentes campagnes écologistes et insoumises ont affiché leur soutien, illustrant une volonté assumée de convergence entre différentes sensibilités de gauche.
Michel Haberstrau a mis en avant une équipe pensée comme un équilibre entre représentants de formations politiques, acteurs associatifs et membres de la société civile. Architectes, enseignants, travailleurs sociaux, entrepreneurs, chercheurs ou professionnels de santé figurent parmi les colistiers, dans une démarche revendiquée de représentativité sociale et territoriale.
Le format même de la soirée — marqué notamment par la présence d’interprètes en langue des signes — a été présenté comme un signal d’inclusivité et d’attention portée à l’accessibilité.
Au-delà de l’affichage politique, la liste met en avant des profils associés à des propositions concrètes. Olivier Muller, directeur financier, défend la gratuité des premiers mètres cubes d’eau et une tarification progressive pour garantir un accès effectif à cette ressource essentielle. Manon Léger, ingénieure en informatique et dirigeante associative, porte un programme de régulation du logement : classement de Dijon en zone tendue pour encadrer les loyers et limitation stricte des locations de courte durée.
L’architecte Marielle Gaertner plaide pour une rénovation énergétique massive des bâtiments publics et privés, avec un accent sur les passoires thermiques, la végétalisation urbaine et un ambitieux plan “Renov’ École”. Andrée Dejeu, ancienne assistante sociale, met l’accent sur le logement digne, la lutte contre la spéculation et la renaturation des cours d’eau urbains.
Les questions de mobilité et d’accessibilité sont portées par Sylvain Nocquard, qui défend un réseau continu et sécurisé pour la marche et le vélo, avec l’objectif d’une ville entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite. Abdoulaye Moussa propose de rouvrir la concertation sur le tracé de la troisième ligne de tramway afin de prioriser le désenclavement des quartiers. Louis Buffet milite pour la gratuité ciblée des transports en commun et un conditionnement social et environnemental des aides municipales aux entreprises.
Sur les enjeux sociaux et alimentaires, Marie Hegly promeut la mise en place d’une Sécurité sociale de l’alimentation pour faciliter l’accès à une nourriture locale et saine. Arnaud Guvenatam défend la reprise en gestion publique de services essentiels aujourd’hui délégués au privé. Marie Chaufour plaide pour un renforcement du soutien municipal aux associations culturelles, sportives et solidaires.
Les thématiques de tranquillité publique et de cohésion sociale sont portées par Bruno Leon, favorable à un dispositif municipal de prévention et de médiation dans l’espace public. Claire Loussel inscrit l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations au cœur des politiques municipales.
Le tissu économique local n’est pas absent du programme : Antoine Barré-Foncelle propose des outils de régulation des loyers commerciaux pour soutenir l’artisanat et la diversité des commerces, ainsi qu’une convention citoyenne “Dijon Cap 2050” consacrée aux transitions écologique et sociale. Tata Ouarag défend un plan de rénovation des équipements sportifs et culturels dans tous les quartiers, tandis que Catherine Hervieu met en avant le renforcement des moyens dans les écoles maternelles et l’accès aux services de proximité.
À travers ces profils et priorités, la liste entend afficher une ligne mêlant justice sociale, transition écologique et démocratie locale, en s’appuyant sur une pluralité d’expériences professionnelles et militantes.
Des mesures structurées autour des droits fondamentaux
Le cœur de la réunion a reposé sur la présentation des premières orientations programmatiques. Une quinzaine de colistiers se sont succédé pour détailler les axes majeurs d’un projet qui entend lier transition écologique et politiques sociales.
Parmi les propositions emblématiques figure une réforme de la tarification de l’eau visant à garantir un volume gratuit considéré comme un droit fondamental, accompagné d’un système progressif. Le logement constitue un autre pilier central : encadrement des loyers, régulation des locations de courte durée, lutte contre la spéculation immobilière et augmentation du parc social figurent parmi les leviers annoncés.
La rénovation énergétique massive des bâtiments, publics comme privés, est présentée comme un chantier prioritaire combinant impératifs climatiques et amélioration du confort de vie. Les écoles seraient intégrées à ce mouvement à travers un plan de modernisation incluant végétalisation, sécurisation des abords et adaptation aux besoins des enfants.
Mobilités, services publics et démocratie locale
Sur le terrain des mobilités, la liste défend un développement ambitieux des infrastructures piétonnes et cyclables, l’accessibilité universelle de l’espace public et la gratuité ciblée des transports en commun pour certains publics. Le tracé d’une future ligne de tramway pourrait être réévalué dans une logique de concertation citoyenne.
Le programme prévoit également de renforcer la gestion publique de services essentiels — eau, déchets, transports ou petite enfance — dans une logique de gouvernance partagée avec les usagers et les acteurs sociaux.
La dimension démocratique occupe une place centrale. La liste propose la mise en place de dispositifs participatifs permanents ainsi qu’une convention citoyenne prospective, destinée à définir les orientations de la ville face aux mutations climatiques et sociales des prochaines décennies.
Égalité, lien social et prévention
Les enjeux d’égalité femmes-hommes et de lutte contre les discriminations sont présentés comme transversaux à l’ensemble des politiques municipales. Le projet inclut des moyens budgétaires dédiés, un soutien renforcé au tissu associatif et le développement de services publics favorisant l’émancipation et la protection des publics concernés.
En matière de tranquillité publique, l’approche défendue repose sur un équilibre entre prévention, médiation sociale et police de proximité, avec pour objectif de restaurer le lien social dans l’espace public plutôt que de s’en tenir à une réponse strictement sécuritaire.
Un lancement de campagne placé sous le signe de la rupture
Au-delà des annonces programmatiques, cette première réunion publique a surtout cherché à installer un récit politique : celui d’une alternative structurée face à la majorité sortante. Les intervenants ont multiplié les références à un « nouveau chapitre » pour Dijon, articulé autour d’une ville plus écologique, solidaire et démocratique.
Reste à savoir si cette dynamique militante saura dépasser le cadre de ses soutiens initiaux pour convaincre un électorat plus large. Dans une campagne municipale où les équilibres politiques restent mouvants, cette entrée en scène marque en tout cas l’ouverture d’un débat de fond sur l’avenir urbain, social et écologique de la capitale bourguignonne.
Pour rappel, lors d’une conférence de presse qui s’était tenue le 16 janvier 2026, une présentation des premières mesures clés du programme de la liste Dijon change d’ère avait été dévoilée. À tour de rôle, de manière paritaire, six colistier·e·s représentant les Écologistes, l’Après, Génération.s et le Parti communiste français se sont exprimé·e·s aux côtés de la tête de liste, Michel Haberstrau, sur les grandes lignes de leur projet co-construit depuis plusieurs mois.
AXE 1 :
Garantir l’accès aux services et aux besoins essentiels
1 : Instaurer la gratuité des premiers mètres cubes d’eau et la tarification progressive des suivants, pour faire de l’accès à l’eau un droit fondamental effectif.
2 : Rendre les transports en commun gratuits pour les moins de 26 ans, les personnes en situation de handicap, les bénéficiaires des minima sociaux.
3 : Lancer la Sécurité sociale de l’alimentation à Dijon pour faciliter l’accès de toutes et tous à une alimentation locale et bonne pour la santé.
4 : Porter à 10 % la part du budget municipal consacrée aux associations culturelles, sportives, sociales et solidaires, piliers du lien social et de l’émancipation.
5 : Engager un processus de reprise en gestion municipale et métropolitaine des services publics essentiels aujourd’hui confiés au privé (eau, déchets, transports, petite enfance…), dont la gouvernance sera coordonnée entre syndicats, collectifs d’usagers et collectivités.
6 : Renforcer le nombre d’ATSEM dans les écoles maternelles pour tendre vers un·e ATSEM par classe.
AXE 2 :
Urbanisme et logement
7 : Encadrement des loyers : sollicitation de la préfecture pour le classement de Dijon en zone tendue et application de l’encadrement dans les 6 premiers mois après son obtention ; régulation des locations de courte durée (type Airbnb) via un régime déclaratif et une limitation stricte.
8 : Agir pour l’accès de toutes et tous à un logement digne, en augmentant le parc locatif par la limitation des usages spéculatifs et temporaires, et en portant la part de logements sociaux à 25 %.
9 : Rénovation massive du parc public et privé en priorité sur les passoires thermiques, avec exonération de taxe foncière pour les propriétaires engagés dans des travaux performants (matériaux biosourcés privilégiés).
10 : “Dijon, Grandeur Nature” : désimperméabilisation, plantations massives (arbres, haies, micro‑forêts, forêts comestibles, jardins partagés), révision du PLUi‑HD (protection des arbres, zéro artificialisation brute), pour que chacun soit à moins de 5 minutes d’un espace de nature.
11 : Accélérer la végétalisation et la rénovation des écoles par un plan ambitieux “Renov’ École”.
12 : Ville à hauteur d’enfants : sécurisation des abords d’écoles, places piétonnisées, ombrage, aménagements favorisant l’autonomie des plus jeunes.
13 : Arrêt des constructions de la phase II de l’écoquartier des Maraîchers
14 : Rouvrir le Suzon et aménager des promenades végétalisées et continues le long de l’Ouche, pour remettre l’eau, la fraîcheur et le vivant au cœur de Dijon.
AXE 3 :
Retisser la ville, désenclaver et revitaliser certains quartiers
15 : Déployer un réseau continu, sécurisé et confortable, pour la marche et le vélo, à l’échelle de la ville et de la métropole.
16 : Questionner le tracé de la troisième ligne de tramway, afin de redonner la parole aux citoyens et de prioriser le désenclavement des quartiers (Fontaine-d’Ouche…).
17 : Garantir l’égalité d’accès aux services de proximité essentiels dans tous les quartiers, tels que les crèches et les services à la population.
18 : Soutenir l’implantation d’équipements de santé dans les quartiers les plus déficitaires, en lien avec les professionnels de santé et les habitants, et expérimenter la création d’un tiers-lieu en santé.
19 : Mettre en place un dispositif municipal permanent de prévention et de médiation dans l’espace public, structuré autour d’un service de prévention associant éducateurs spécialisés diplômés et médiateurs professionnels, agissant en complémentarité avec une police municipale de proximité, afin de prévenir les incivilités, renforcer la tranquillité publique et rétablir durablement le lien social.
20 : Soutenir les activités d’artisanat et de commerce, dans le centre-ville et les quartiers.
21 : Créer un dispositif de contrôle des baux commerciaux pour plafonner les loyers, favoriser la diversification des commerces et réguler l’implantation de certains d’entre eux.
AXE 4 :
Penser l’avenir ensemble, réparer, rafraîchir
22 : Lancer un processus d’assemblées citoyennes régulières véritablement décisionnaires sur les grands projets de la ville, comme la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin, le réseau de transports et les projets d’urbanisme.
23 : Lancer un plan pluriannuel de rénovation des infrastructures sportives, culturelles et d’accueil.
24 : Atteindre l’objectif de zéro rue non accessible aux personnes à mobilité réduite d’ici la fin du mandat.
25 : S’engager à soutenir les projets de relance de l’activité industrielle par les salarié·es dans le cadre des SCOP et des SCIC.
26 : Conditionner les aides municipales aux entreprises à des engagements clairs et durables : créer des emplois, respecter des critères sociaux et environnementaux, et rester implantées sur le territoire.
27 : Développer des coopérations territoriales au sens large (entreprise, artisanat, service public, enseignement…).
28 : Organiser une convention citoyenne “Dijon Cap 2050”, chargée de décider des grandes orientations de la ville en matière de transitions écologique et sociale, d’autonomie alimentaire et d’adaptation de la ville aux conditions de vie en 2050.
Site internet : https://dijonchangedere.fr/
