À l’approche de deux débats parlementaires majeurs sur les pesticides, l’Alliance écologique et sociale appelle à un tournant politique clair en matière de santé publique, d’agriculture et de protection de l’environnement. Les 11 et 12 février, l’Assemblée nationale doit examiner successivement une pétition citoyenne contre la loi Duplomb, signée par deux millions de personnes, puis une proposition visant à interdire les pesticides sur les aires de captage d’eau potable. Pour l’Alliance, qui regroupe Les Amis de la Terre France, Attac, la Confédération paysanne, la FSU, Greenpeace, Oxfam France et Solidaires, ces échéances illustrent un moment charnière dans la manière dont la société française entend concilier production agricole, protection de la santé et préservation des écosystèmes.
La mobilisation citoyenne trouve son origine dans la contestation de la loi Duplomb, perçue par ses opposants comme un recul en matière de protection sanitaire. Malgré cette opposition massive, le sénateur Laurent Duplomb a déposé une nouvelle proposition de loi afin de réintroduire deux insecticides interdits en France — une démarche déjà invalidée par le Conseil constitutionnel lors d’une précédente tentative. Pour l’Alliance écologique et sociale, cette insistance politique symbolise une tension persistante entre impératifs économiques de court terme et exigences de santé publique.
L’organisation insiste sur les conséquences multiples de l’exposition aux pesticides. Dans le monde du travail, les salariés des industries chimiques, du transport de produits phytosanitaires, de l’agriculture ou encore de l’horticulture figurent parmi les populations les plus exposées. Mais les risques dépassent largement le cadre professionnel : les riverains de zones agricoles, les consommateurs et consommatrices, ainsi que les enfants, seraient également concernés via la contamination de l’air, de l’eau et de l’alimentation. L’Alliance relie cette exposition à l’augmentation de certaines pathologies graves, dont des cancers, y compris pédiatriques, et appelle à reconnaître l’unité entre santé au travail, santé publique et santé environnementale.
Au-delà des enjeux sanitaires immédiats, le collectif met en avant la dimension écologique de la crise. L’usage massif de pesticides est présenté comme l’un des facteurs de l’érosion accélérée de la biodiversité, notamment la disparition des insectes pollinisateurs essentiels à la production alimentaire. Cette dynamique s’inscrirait dans le phénomène plus large de la sixième extinction de masse, directement liée aux activités humaines. Pour l’Alliance, protéger la biodiversité ne relève pas d’un choix optionnel mais d’une condition de survie collective.
La critique s’étend également aux orientations européennes. L’Alliance dénonce ce qu’elle considère comme une dérégulation favorisant des substances controversées, telles que le glyphosate ou l’acétamipride, dans le cadre de la législation dite « Omnibus ». Elle pointe aussi un paradoxe commercial : l’Union européenne, importante productrice de pesticides, autoriserait l’exportation de molécules interdites sur son propre territoire, avant d’importer des denrées traitées avec ces produits. Ce mécanisme créerait, selon le collectif, une concurrence jugée déloyale pour les agriculteurs français tout en affaiblissant les normes sanitaires.
Le communiqué rappelle par ailleurs la responsabilité historique de l’État français dans le scandale du chlordécone aux Antilles. Utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’au début des années 1990, ce pesticide non biodégradable contamine durablement sols et milieux marins, exposant encore aujourd’hui une grande majorité de la population locale. L’Alliance déplore l’absence de réparation à la hauteur des préjudices sanitaires, environnementaux et sociaux engendrés.
Face à ces constats, l’Alliance écologique et sociale appelle à une transformation en profondeur du modèle agricole dominant, jugé productiviste et générateur de précarité. Elle plaide pour une agriculture capable de réduire structurellement le recours aux pesticides, soutenue par des investissements dans la recherche d’alternatives et par l’accompagnement des entreprises concernées vers des reconversions industrielles. Le collectif estime qu’une transition écologique crédible suppose également de nouveaux droits sociaux pour les travailleurs, incluant une continuité des revenus, un accès renforcé à la formation et une sécurisation des parcours professionnels.
À travers cette prise de position, l’Alliance entend replacer le débat sur les pesticides dans une perspective globale où se croisent santé publique, justice sociale, souveraineté alimentaire et urgence écologique. Les discussions parlementaires à venir apparaissent ainsi, pour ses membres, comme un test politique majeur quant à la capacité des institutions à répondre aux attentes d’une mobilisation citoyenne sans précédent.
