Reloger pour protéger, accompagner pour reconstruire. En Bourgogne-Franche-Comté, les bailleurs sociaux et les associations spécialisées renforcent leur mobilisation face aux violences conjugales, un phénomène dont l’ampleur nationale continue d’alerter les pouvoirs publics. Réunis devant la presse, les acteurs régionaux ont dressé un bilan détaillé de leurs actions et renouvelé leur engagement jusqu’en 2028, convaincus que l’accès rapide à un logement constitue une étape décisive pour permettre aux femmes et à leurs enfants de sortir durablement des violences.
Une réalité nationale alarmante
Les chiffres nationaux publiés par le ministère de l’Intérieur rappellent la gravité de la situation. En 2024, les forces de sécurité intérieure ont recensé 107 féminicides, 270 tentatives de féminicides, ainsi que 906 femmes victimes de tentatives de suicide liées au harcèlement d’un conjoint ou ex-conjoint. Au total, 1 283 femmes ont été victimes de féminicides ou de tentatives au sein du couple, directement ou indirectement.
Ces données traduisent une réalité persistante : quitter le foyer violent demeure un parcours complexe, souvent freiné par des contraintes économiques et matérielles. Une enquête menée par l’IFOP en partenariat avec le Crédit Mutuel et la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) en 2025 révèle que 40 % des femmes en couple ne pourraient pas assumer seules un loyer si elles devaient partir, et 44 % ne pourraient quitter le domicile conjugal sans aide financière extérieure. Le logement apparaît ainsi comme l’un des principaux obstacles — mais aussi comme l’une des solutions — pour rompre le cycle des violences.
Le logement, pivot de la sortie des violences
En matière de logement social, les femmes victimes de violences conjugales bénéficient d’une priorité d’attribution, sur présentation de justificatifs. François-Xavier Dugourd, président de l’Union Sociale pour l’Habitat de Bourgogne-Franche-Comté (USH BFC), a rappelé que tout signalement est traité en urgence par les bailleurs sociaux. L’objectif est clair : réduire au maximum les délais pour mettre en sécurité les victimes.
Juliane Charton, responsable du pôle Hébergement-Logement de la FNSF, insiste sur le caractère structurant du relogement : disposer d’un lieu sûr n’est pas seulement une mesure d’urgence, mais une condition matérielle essentielle à la reconstruction. Le logement peut être temporaire ou durable, selon les besoins, mais il représente toujours une étape vers l’autonomie.
Un état des lieux régional significatif
En Bourgogne-Franche-Comté, les données des trois dernières années illustrent l’importance du dispositif :
- 2023 : 628 demandes de logement social motivées par des violences conjugales, 294 entrées en logement
- 2024 : 488 demandes, 267 entrées
- 2025 : 537 demandes, 261 entrées
Ces chiffres, issus des observatoires régionaux, témoignent d’une demande constante. Derrière ces statistiques, ce sont des parcours de vie marqués par l’urgence, la peur, mais aussi par la volonté de reconstruire.
Entre 2023 et 2025, 161 femmes et 226 enfants ont bénéficié d’un accompagnement renforcé assuré par les associations locales affiliées à la FNSF. En Bourgogne-Franche-Comté, cet accompagnement est porté par :
- Solidarité Femmes 21 – Dijon
- Solidarité Femmes 25 – Besançon
- Solidarité Femmes 90 – Territoire de Belfort
- Les PEP 71 – CHRS L’Écluse – Chalon-sur-Saône
Leur travail va bien au-delà du logement : écoute, soutien psychologique, démarches administratives, sécurisation des parcours — autant d’étapes nécessaires pour restaurer la confiance et l’autonomie.
Une coopération structurée entre bailleurs et associations
Depuis 2022, l’USH BFC et la FNSF sont liées par une convention régionale visant à accélérer le relogement des femmes victimes de violences et de leurs enfants. Ce partenariat permet :
- la formation des équipes de terrain des bailleurs pour mieux repérer et orienter les situations de violence ;
- un accompagnement spécialisé assuré par les associations locales ;
- des délais de relogement fortement réduits ;
- des temps d’échanges entre professionnels pour fluidifier les parcours ;
- la diffusion d’outils de sensibilisation auprès des locataires.
Entre 2022 et 2025, 24 situations considérées comme très prioritaires ont été traitées dans ce cadre. Résultat : 58 % des femmes concernées ont été relogées en moins de trois mois, et 87,5 % en moins de six mois — des délais déterminants pour assurer leur sécurité.
Des binômes associant bailleurs sociaux et associations ont partagé leurs retours d’expérience, soulignant l’importance de la coordination, de la réactivité et de la confiance entre partenaires.
Un engagement renouvelé jusqu’en 2028
Face aux résultats jugés encourageants mais à une demande toujours forte, l’USH BFC et la FNSF ont décidé de prolonger leur convention jusqu’en 2028. L’ambition est de consolider les dispositifs existants, renforcer la formation des professionnels et améliorer encore la rapidité des relogements.
Pour les acteurs engagés, le logement n’est pas qu’une réponse matérielle : il constitue un levier de protection, d’émancipation et de reconstruction. Dans un contexte où les violences conjugales demeurent un enjeu majeur de société, cette mobilisation régionale illustre la capacité des institutions et du tissu associatif à agir concrètement — et rapidement — pour sauver des vies.
Repères
L’USH BFC :
Association régionale (loi 1901), l’Union Sociale pour l’Habitat de Bourgogne-Franche-Comté est la représentation régionale du Mouvement HLM. Elle réunit, fédère, anime et accompagne les 29 organismes de logement social de la région dans la réalisation de leurs missions d’intérêt général et dans la mise en œuvre des politiques nationales du logement. Elle informe et organise les échanges entre organismes par métier et par enjeux, pour accompagner les mutations de leur environnement règlementaire, économique, social et technique. Elle représente les intérêts du mouvement Hlm de Bourgogne-Franche- Comté et porte la voix de ses adhérents auprès de l’ensemble des acteurs de l’habitat de la région, notamment au sein des instances de décisions et de réflexions régionales (CRHH, CESER, …) et infrarégionales ; elle mobilise le collectif d’organismes pour agir au cœur des politiques territoriales de l’habitat, à l’appui de notes d’enjeux, de contributions élaborées à partir des positions communes de ses membres.
L’USH BFC pèse : 29 organismes dont 21 bailleurs sociaux répartis sur les 8 départements et 185 900 logements en Bourgogne-Franche-Comté.
La FNSF :
La FNSF regroupe plus de 80 associations, spécialisées dans l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des femmes victimes de violences conjugales et leurs enfants. Elle a créé et pilote depuis plus de 30 ans le 3919, la ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences, accessible partout sur le territoire français. Aujourd’hui, le siège de la FNSF est composé de près d’une dizaine de pôles qui sont en charge de l’animation et de l’appui au réseau Solidarité Femmes et au 3919.
Elle coordonne des conventions pour faciliter l’accès au logement des femmes victimes de violences conjugales et de leurs enfants dans 4 régions : Ile-de-France, Hauts-de-France, Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté.
