Mesdames et messieurs, sortez les trench-coats, rangez les bouteilles de chardonnay et planquez les escargots : Dijon serait-elle devenue Chicago ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait croire en lisant l’annonce du candidat Emmanuel Bichot, figure d’Agir pour Dijon, qui convie les habitants du centre-ville à une réunion publique… avec option escorte de sécurité pour le retour à domicile.
Oui, vous avez bien lu.
À la Salle Devosge, le 19 février à 19h00, on ne parle plus seulement d’urbanisme, de projets ou de priorités pour le quartier. Non. On parle stratégie d’exfiltration. « Les personnes qui se sentent en insécurité peuvent demander à être raccompagnées. »
On imagine déjà la scène.
— « Bonsoir, vous venez pour la réunion ? »
— « Oui. J’ai réservé l’option retour sécurisé. »
— « Parfait, équipe Bravo en position. On vous couvre jusqu’à la rue Musette. »
À ce rythme-là, la prochaine étape sera la distribution de gilets pare-balles floqués “Centre-Ville Crew” à l’entrée. Dijon, capitale des Ducs de Bourgogne, rebaptisée Dijon City, Illinois.

Soyons sérieux deux minutes — enfin presque. Proposer de raccompagner les participants part d’une intention louable : rassurer. Mais le message involontaire est savoureux. En voulant démontrer qu’il prend l’insécurité au sérieux, on finit par donner l’impression que sortir de la Salle Devosge relève du parcours du combattant.
On venait parler pistes cyclables, on repart en convoi sécurisé.
La communication politique est un art délicat. Trop minimiser un problème, on vous accuse d’angélisme. Trop insister, et voilà Dijon transformée en décor de film noir des années 30, avec saxophone en fond sonore et brouillard sur la place Darcy.
Faut-il désormais un plan Vigipirate pour aller chercher sa baguette place du Bareuzai ?
Un hélicoptère pour traverser la rue de la Liberté ?
Dijon reste Dijon. Une ville agréable, vivante, avec ses débats, ses enjeux, ses inquiétudes — mais aussi ses terrasses, ses étudiants, et ses mamies qui traversent sans regarder. Alors oui, on peut sourire. Parce qu’entre la peur et la réalité, il y a parfois… un léger excès de dramaturgie.
Rendez-vous le 19 février.
Et n’oubliez pas : mot de passe à l’entrée — “moutarde”.
D. Bernard
