Après des mois de travail, le premier rapport de l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) vient d’être publié. Le constat est sans appel : en France, la liberté d’informer est plus que jamais sous pression.
Créé en 2023, l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse s’est donné pour mission de recenser, qualifier et rendre publiques les atteintes à la liberté de la presse sur le territoire français. Ce premier rapport, consacré à l’année 2024, propose une analyse systématique et documentée des entraves subies par les journalistes et les médias.
Au total, 91 atteintes ont été retenues après vérification approfondie. Elles couvrent un spectre large : violences physiques, intimidations, cyberharcèlement, gardes à vue abusives, procédures judiciaires disproportionnées, entraves à l’accès aux lieux ou aux documents publics, décisions éditoriales contestées, ou encore opérations de déstabilisation. Loin d’être anecdotiques, ces faits dessinent une tendance préoccupante.
Menaces, violences et climat d’intimidation
Près de la moitié des atteintes recensées concernent la sécurité et l’intégrité physique ou morale des journalistes. Les menaces, intimidations, injures et diffamations constituent à elles seules plus d’un quart des cas. Le cyberharcèlement, souvent déclenché à la suite de prises de position publiques ou d’enquêtes sensibles, s’impose comme une violence devenue structurelle.
Dans plusieurs cas, des journalistes ont été agressés physiquement lors de manifestations ou empêchés de couvrir des événements. D’autres ont subi des campagnes coordonnées en ligne, parfois accompagnées de menaces de mort ou d’insultes à caractère raciste, antisémite, sexiste ou homophobe.
Ces violences ne sont pas sans conséquences : dans 60 % des cas recensés, les journalistes indiquent que l’atteinte a eu un impact direct sur l’information produite — article modifié, reportage écourté, enquête abandonnée ou autocensure.
Des pressions judiciaires préoccupantes
Le rapport met également en lumière la multiplication des procédures-bâillons (ou SLAPP), ces actions en justice destinées à intimider ou épuiser financièrement un média ou un journaliste. Certaines prennent la forme de convocations, de gardes à vue, voire de perquisitions.
À cela s’ajoutent des tentatives de contournement du droit de la presse par le recours à d’autres juridictions (tribunaux de commerce, procédures sur requête), ainsi que l’usage croissant du secret des affaires ou du secret-défense pour restreindre l’accès à des informations d’intérêt public.
Même lorsqu’elles n’aboutissent pas, ces procédures pèsent lourdement sur les rédactions, notamment les plus fragiles.
Concentration des médias et fragilisation structurelle
Au-delà des atteintes ponctuelles, le rapport souligne des menaces plus structurelles : concentration accrue des médias entre les mains de quelques grands groupes, pressions économiques, restrictions budgétaires dans l’audiovisuel public, réduction des moyens consacrés à l’investigation.
Dans ce contexte, la précarité croissante d’une partie de la profession — notamment les pigistes — accentue la vulnérabilité face aux intimidations et aux représailles.
Un enjeu démocratique majeur
La liberté de la presse n’est pas une revendication corporatiste. Elle est le socle du droit des citoyens à être informés. Lorsque des journalistes sont empêchés de travailler, intimidés, poursuivis de manière abusive ou fragilisés économiquement, c’est l’ensemble du débat démocratique qui s’en trouve appauvri.
Ce premier rapport n’a pas vocation à dresser un tableau noir, mais à objectiver les faits. Nommer les atteintes, les compter, en analyser les mécanismes, c’est déjà agir pour mieux les combattre. Parce que notre liberté d’informer est indissociable de votre droit de savoir.
