« Les chiffres nationaux et départementaux ne sont pas bons. » Le constat dressé par le préfet se veut lucide, sans être alarmiste. Car si 2025 demeure « la deuxième meilleure année au cours de la longue période » en matière de sécurité routière, la tendance observée ces derniers mois inquiète les autorités. « C’est une vraie préoccupation. Il y a encore beaucoup d’efforts à faire en la matière », insiste le représentant de l’État.
Derrière cette analyse nuancée se cache une réalité contrastée : des indicateurs globalement meilleurs qu’il y a dix ou quinze ans, mais une dégradation sensible par rapport à 2024.
Une hausse marquée des accidents corporels
En 2025, 265 accidents corporels ont été recensés sur le territoire, contre 206 l’année précédente, soit 59 faits supplémentaires. Ces accidents ont provoqué 359 blessés, en augmentation de 33 personnes par rapport à 2024.
Le nombre de personnes tuées s’établit à 23 en 2025, contre 20 en 2024, soit trois décès supplémentaires. Une évolution qui, même limitée en valeur absolue, pèse lourdement dans le bilan humain.
Les autorités précisent toutefois que cette hausse s’explique en partie par un changement dans le traitement des procédures d’accidents corporels par la Police nationale. Une harmonisation des pratiques et un recensement plus exhaustif ont conduit à intégrer davantage de situations dans les statistiques officielles.
Pour autant, le préfet ne minimise pas la situation : « Il ne s’agit pas seulement d’un effet statistique. Les comportements à risque restent trop nombreux. »
Des drames majoritairement hors agglomération
L’analyse des accidents mortels met en lumière une caractéristique persistante : la dangerosité accrue des axes situés hors agglomération. La majorité des décès survient sur des routes départementales ou nationales, où les vitesses pratiquées sont plus élevées et les marges d’erreur plus faibles.
Sur les 22 accidents mortels recensés, 12 impliquaient un seul usager. Ces accidents dits « solos » traduisent souvent une perte de contrôle liée à une vitesse excessive, à la fatigue, à une inattention ou à la consommation d’alcool ou de stupéfiants.
Les principales causes identifiées dans les accidents mortels restent :
- la vitesse excessive ou inadaptée,
- l’usage de stupéfiants,
- la consommation d’alcool.
Trois facteurs bien connus des services de l’État, qui continuent pourtant de produire des effets dramatiques.
Les usagers vulnérables particulièrement exposés
Au-delà des accidents mortels, l’analyse globale des accidents corporels révèle une exposition accrue de certains usagers. Le préfet souligne la vulnérabilité des piétons, des cyclistes et des conducteurs d’engins personnels motorisés, notamment les trottinettes électriques.
En 2025, 71 accidents corporels impliquant ce type d’engins ont été recensés, contre 43 en 2024. Une hausse significative qui reflète à la fois l’essor rapide de ces modes de déplacement et les difficultés d’adaptation des infrastructures et des comportements.
La cohabitation entre automobilistes, deux-roues, cyclistes et utilisateurs de trottinettes constitue désormais un enjeu central de la politique de sécurité routière. Les autorités appellent à une vigilance renforcée et à un respect strict du code de la route, quel que soit le mode de transport utilisé.
Une réponse pénale durcie face à la délinquance routière
Face à ces constats, l’État affiche une ligne de fermeté. Plusieurs mesures de répression ont été rappelées par le représentant de l’État.
La mise en fourrière est désormais systématique en cas :
- d’excès de vitesse supérieur à 50 km/h,
- de conduite en état d’ivresse,
- de consommation de stupéfiants,
- d’absence de permis de conduire,
- de refus d’obtempérer.
Ces infractions sont considérées comme des atteintes graves à la sécurité collective.
En 2025, le législateur a par ailleurs franchi une étape supplémentaire avec la création du délit d’homicide routier. Cette nouvelle qualification vise à mieux reconnaître la gravité des comportements ayant entraîné la mort d’autrui sur la route.
Autre évolution majeure : l’excès de vitesse de plus de 50 km/h est désormais un délit. Il est passible de trois mois d’emprisonnement et peut entraîner une interdiction de permis de conduire pouvant aller jusqu’à trois ans. Un signal fort envoyé aux conducteurs tentés par des comportements à très haut risque.
Un accompagnement renforcé des victimes dès 2026
Au-delà de la répression, les pouvoirs publics souhaitent améliorer la prise en charge des familles touchées par un drame. En 2026, un Comité local d’aide aux victimes (CLAV) sera instauré.
Ce dispositif aura pour objectif d’accompagner les proches des victimes d’accidents mortels, en coordonnant les acteurs institutionnels, judiciaires et associatifs. L’enjeu est double : soutenir les familles dans leurs démarches administratives et judiciaires, mais aussi leur apporter un appui psychologique dans des moments d’une extrême violence.
Un combat permanent
Si 2025 reste, sur le long terme, l’une des années les moins meurtrières enregistrées, la dynamique récente rappelle que les progrès en matière de sécurité routière ne sont jamais acquis.
Entre hausse des accidents corporels, comportements dangereux persistants et nouveaux usages de la route, les autorités appellent à une mobilisation collective.
