À l’approche des élections municipales, la liste « Dijon Avenir : Bifurquer, Inspirer, Protéger » dévoile une proposition économique radicale : tourner la page du Produit intérieur brut (PIB) pour lui substituer un nouvel indicateur local, le « BIP ». Derrière la formule, une ambition assumée : engager Dijon sur la voie d’une économie de « post-croissance », plus sobre, relocalisée et créatrice d’emplois non délocalisables.
Vers une « prospérité sans croissance »
Dans son communiqué, le mouvement estime que la baisse du PIB est désormais « inévitable », en raison de l’épuisement progressif des ressources fossiles et minérales et de la contraction de l’énergie disponible en Europe. Il cite notamment un rapport publié en septembre 2025 par la Cour des comptes, qui évoque une perte potentielle de 11,4 points de PIB d’ici 2050 en cas de statu quo face au dérèglement climatique, ramenée à 7 points avec des politiques d’atténuation immédiates.
Pour Dijon Avenir, la fin de la croissance ne doit pas être perçue comme une fatalité synonyme de récession, mais comme l’occasion de bifurquer vers un modèle de « prospérité sans croissance », concept popularisé par l’économiste britannique Tim Jackson. Le mouvement s’appuie également sur les travaux de l’économiste français Timothée Parrique, qui définit la post-croissance comme une économie stationnaire, en harmonie avec la nature, fondée sur un partage équitable des richesses.
Le PIB, jugé « aveugle » aux inégalités sociales, à l’état de santé ou au niveau d’éducation de la population, mais aussi aux atteintes à la biodiversité, serait selon eux un indicateur obsolète pour guider l’action publique locale.
Le BIP, nouvel indicateur municipal
Pour le remplacer, la liste propose le « BIP », acronyme de Bifurquer, Inspirer, Protéger.
- Bifurquer : capacité à engager les transformations nécessaires face aux crises.
- Inspirer : aptitude à susciter l’adhésion des habitants.
- Protéger : garantie des besoins vitaux et des principales sécurités.
« C’est inéluctable, la taille de l’économie va diminuer. Et c’est souhaitable », affirme le communiqué, qui plaide pour une meilleure répartition de la valeur, davantage ancrée dans la production et l’échelon local, afin de renforcer justice sociale et solidarité.
Une économie locale relocalisée et circulaire
Concrètement, Dijon Avenir défend la montée en puissance d’une économie locale « stationnaire, sobre en énergie et en ressources, relocalisée, circulaire et régénérative » à l’horizon 2050. L’objectif : soutenir associations, entreprises et coopératives déjà engagées dans la transition, impulser de nouvelles activités répondant aux besoins du territoire et accompagner la transformation des modèles économiques existants.
La liste annonce le lancement d’une convention citoyenne en début de mandat pour dialoguer avec les entreprises dites « traditionnelles » et proposer un soutien financier en ingénierie et en transitions de ressources humaines.
Déchets : critique de la majorité sortante
Le mouvement cible également la gestion des déchets par Dijon Métropole. Il rappelle que, selon le rapport 2024 d’élimination des déchets, environ 7 700 tonnes d’objets encombrants collectées chaque année seraient incinérées à 95 %. Une situation jugée incompatible avec les objectifs d’économie circulaire.
Dijon Avenir déplore par ailleurs le retard pris dans la mise en place d’un Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés, obligatoire depuis 2015, et souligne la fermeture récente d’un vide-grenier permanent à Chevigny-Saint-Sauveur comme symbole d’un manque de soutien aux initiatives de réemploi.
Pour illustrer son projet, la liste met en ligne une carte – non exhaustive – des acteurs locaux engagés dans le réemploi, la réparation, le partage ou le zéro déchet, recensant associations, entreprises et coopératives du territoire.
Emplois et pouvoir d’achat en ligne de mire
Au-delà des principes, Dijon Avenir met en avant les « co-bénéfices » attendus : reconversions professionnelles pour des salariés de secteurs en difficulté, baisse du coût de la vie grâce au développement de l’occasion et de la réparation, et maintien de la richesse produite sur le territoire.
En pleine campagne municipale, la proposition tranche avec les discours plus classiques sur l’attractivité et la croissance. Reste à savoir si les électeurs dijonnais se laisseront convaincre par ce changement d’indicateur – et de paradigme.
