Il faut parfois revenir aux évidences. La politique n’a jamais été pensée comme une carrière. Elle est censée être un engagement. Temporaire. Exigeant. Désintéressé.
Et pourtant.
Au fil des décennies, la République a vu émerger une catégorie bien particulière : les professionnels de la politique. Des élus qui n’ont parfois jamais exercé d’autre activité que le mandat. Des trajectoires construites exclusivement dans les cabinets, les partis, les assemblées. La politique comme seul horizon. Comme seul CV.
Le problème n’est pas la compétence. Le problème, c’est la logique.
Quand un mandat devient une carrière, l’objectif change subtilement. Il ne s’agit plus seulement de servir : il faut durer. Se maintenir. Préserver son siège. Sécuriser l’indemnité. Préparer la suivante. Et c’est là que le citoyen décroche.
Car pendant que beaucoup comptent chaque euro à la fin du mois, l’opinion publique découvre des montants cumulés, des fonctions annexes, des indemnités additionnées. Même lorsque c’est légal, le symbole est ravageur. La politique ne devrait jamais donner l’impression d’être un placement financier.
Le fric. Encore le fric. Toujours le fric.
Ce n’est pas qu’une question de chiffres. C’est une question de confiance. La démocratie repose sur une idée simple : ceux qui décident le font pour l’intérêt général, pas pour optimiser leur situation personnelle. Or, chaque polémique sur les rémunérations, chaque révélation sur les avantages, alimente une fracture déjà profonde.
Bien sûr, gouverner exige du temps, de l’énergie, des compétences. Personne ne demande le bénévolat. Mais entre indemniser une responsabilité et professionnaliser un système fermé, il y a une frontière.
Et cette frontière semble, pour beaucoup, franchie depuis longtemps. Peut-être faut-il réapprendre une chose essentielle : un mandat est un passage. Pas une installation. Un service rendu. Pas une rente.
La politique ne devrait jamais devenir un métier comme les autres. Parce que lorsqu’elle le devient, elle cesse peu à peu d’être ce qu’elle prétend défendre : l’intérêt commun.
Et à ce moment-là, ce ne sont pas seulement les élus qui perdent en crédibilité. C’est la démocratie elle-même qui s’affaiblit.
F. Bauduin
