À un mois du premier tour des élections municipales, l’association L214 intensifie la pression à Dijon. Comme dans 35 autres villes françaises, ses bénévoles entendent placer la question animale au cœur de la campagne et interpeller publiquement les candidats sur un sujet qu’ils jugent trop souvent éludé : la réduction du nombre d’animaux tués pour l’alimentation de la ville.
Le rendez-vous est fixé ce samedi 28 février, de 15h à 17h, place de la Libération. Objectif : rappeler aux prétendants à la mairie que la question animale pourrait peser dans les urnes.
20 animaux tués chaque minute pour nourrir Dijon
Les chiffres avancés par L214 sont frappants. Selon l’association, depuis le début du mandat municipal en 2020, 65 millions d’animaux auraient été tués pour l’alimentation des habitants de Dijon. Un rythme qui équivaudrait à 20 animaux abattus chaque minute.
Derrière ces données, l’organisation souhaite matérialiser ce qu’elle qualifie « d’hécatombe invisible ». Pour cela, les bénévoles mettront en scène un « compteur humain » : un dispositif visuel faisant défiler en temps réel le nombre d’animaux tués pour la consommation alimentaire de la ville depuis 2020. Pancartes et banderoles accompagneront cette action destinée à marquer les esprits.
L’association ne cible pas uniquement Dijon : la mobilisation s’inscrit dans une campagne nationale baptisée « Sauvetage du siècle », qui vise à réduire massivement le nombre d’animaux exploités pour l’alimentation.
Une attente citoyenne grandissante
L214 s’appuie sur plusieurs indicateurs d’opinion pour justifier sa démarche. Selon les chiffres qu’elle cite :
- 65 % des Français considèrent qu’il est pertinent et souhaitable de réduire de moitié le nombre d’animaux tués pour l’alimentation.
- 8 Français sur 10, toutes sensibilités politiques confondues, se déclarent opposés à l’élevage intensif et favorables à son interdiction.
Pour l’association, ces tendances traduisent une évolution profonde des préoccupations citoyennes, désormais sensibles aux enjeux éthiques, environnementaux et sanitaires liés à l’élevage industriel.
Les élections municipales, en raison des compétences locales en matière de restauration collective et de marchés publics, représenteraient un levier stratégique pour agir concrètement.
Les candidats appelés à signer la charte du « Sauvetage du siècle »
À Dijon, L214 interpelle nommément plusieurs candidats : Nathalie Koenders, Emmanuel Bichot, Michel Haberstrau, Dominique Guidoni-Stoltz, Thierry Coudert et Rémi Goguel. Tous sont invités à signer la charte du « Sauvetage du siècle », un engagement programmatique articulé autour de huit mesures.
Parmi les propositions phares :
- Instaurer deux journées végétariennes hebdomadaires dans les cantines scolaires ;
- Exclure progressivement des achats publics les produits issus de l’élevage intensif et de la pisciculture industrielle ;
- Garantir une offre végétale significative et systématique lors des réceptions officielles organisées par la ville.
Pour L214, ces mesures relèvent des compétences municipales et constitueraient un signal fort en faveur d’une transition alimentaire locale.
« Les candidats ne peuvent plus détourner le regard »
Mila Sanchez, chargée de campagnes au sein de L214, assume une stratégie de vigilance citoyenne : « Notre message aux candidats est clair : s’ils espèrent remporter la course à la mairie, ils ne peuvent plus faire l’impasse sur les animaux tués pour l’alimentation de la ville. Le rythme effréné auquel vaches, poulets, cochons, poissons et tant d’autres sont abattus n’est plus tenable en termes de souffrance pour ces animaux, en termes écologiques ou même sanitaires. Les électeurs attendent de leur futur maire une véritable volonté politique pour Dijon et ne manqueront pas d’être attentifs à ses promesses comme à ses absences d’engagement. »
À travers cette mobilisation, L214 entend rappeler que la politique locale peut jouer un rôle déterminant dans l’évolution des pratiques alimentaires. Restauration scolaire, marchés publics, événements municipaux : autant de leviers qui, selon l’association, peuvent contribuer à réduire significativement le nombre d’animaux abattus.
Une campagne municipale sous le regard des défenseurs des animaux
Alors que la campagne entre dans sa dernière ligne droite, la question animale s’invite ainsi dans le débat public dijonnais. Si les thèmes classiques — sécurité, fiscalité, urbanisme — dominent traditionnellement les échanges, L214 parie sur une montée en puissance des préoccupations liées à l’alimentation durable et au bien-être animal.
Reste à savoir si les candidats répondront à l’appel et feront de la réduction de la consommation de produits issus de l’élevage intensif un engagement de campagne clair et chiffré. Le 28 février, place de la Libération, les militants promettent en tout cas de ne pas laisser le compteur tourner dans l’indifférence.
