À l’occasion de la Journée Bourgogne-Franche-Comté au Salon International de l’Agriculture, le président de Région Jérôme Durain a prononcé un discours offensif et structurant, traçant une feuille de route claire pour l’agriculture régionale. Entre volonté de réconciliation après des tensions liées au FEADER, défense d’une PAC ambitieuse et soutien renforcé à l’installation, le message est sans ambiguïté : la Région veut redevenir « un partenaire fiable, lisible et stable » du monde agricole.
Une relation à reconstruire
Dès l’ouverture de son intervention, Jérôme Durain a posé le décor. La Région sort d’une réunion de travail avec les organisations professionnelles et les syndicats agricoles, aux côtés du président de la Chambre régionale d’agriculture. « Ce n’était pas un exercice de politesse. C’était un moment de travail franc », a-t-il insisté.
Il a reconnu les tensions traversées ces derniers mois, notamment autour de la gestion du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Si « tout n’est pas encore réglé », le président régional affirme que « les choses se débloquent progressivement » et que la stabilisation est en cours.
L’objectif affiché est clair : repartir sur des bases clarifiées grâce à une convention de travail avec la Chambre régionale d’agriculture. Cette convention doit fixer un cadre stable à moyen terme, sécuriser les engagements respectifs et restaurer la confiance. « La stabilité est une condition de la confiance », a martelé Jérôme Durain.
Produire ici : renforcer les filières et garder la valeur
Au cœur de son intervention, une ligne directrice en trois verbes : produire ici, décider ici, valoriser ici. Produire ici, cela signifie pour l’exécutif régional maintenir des filières fortes sur le territoire, investir dans l’outil productif, accompagner l’adaptation au changement climatique et renforcer l’autonomie des exploitations. L’enjeu est double : performance environnementale et solidité économique.
Le président a notamment mis en avant le plan régional d’engraissement, destiné à développer la transformation sur place plutôt que de voir les animaux quitter la région pour être valorisés ailleurs. « Engraisser et transformer en Bourgogne-Franche-Comté », c’est selon lui capter davantage de valeur ajoutée et consolider l’emploi local.
La transition écologique n’est pas présentée comme une contrainte supplémentaire, mais comme un levier de compétitivité. Investir dans l’innovation, réduire les dépendances, adapter les exploitations au climat : autant de choix qui doivent permettre de conjuguer performance économique et responsabilité environnementale.
Décider ici : centres de décision et bataille européenne
Produire ne suffit pas si les centres de décision quittent le territoire. La Région entend donc agir via BFC Participations pour stabiliser le capital d’entreprises structurantes et éviter la fuite des sièges sociaux. « Lorsqu’un centre de décision part, ce sont les investissements et l’emploi qui deviennent fragiles », a rappelé Jérôme Durain.
La bataille se joue également à Bruxelles. Alors que la prochaine programmation européenne se prépare, la Région prévoit un déplacement collectif pour défendre les intérêts de ses filières dans la future Politique agricole commune (PAC). Les priorités sont clairement posées : maintien d’un budget agricole ambitieux, soutien à l’investissement productif, prise en compte des zones intermédiaires et d’élevage.
Sur la question des accords commerciaux, et notamment celui entre l’Union européenne et le Mercosur, le président régional adopte une ligne ferme. Au-delà des volumes, c’est l’égalité des normes qui est en jeu. « Nous ne pouvons pas demander toujours plus à nos agriculteurs […] et accepter en même temps des produits qui ne respectent pas les mêmes règles. » La défense des zones intermédiaires est présentée comme un impératif d’équilibre territorial et de souveraineté productive.

L’enjeu majeur du renouvellement des générations
Autre priorité martelée : le renouvellement des générations. Dans les dix prochaines années, une part massive des agriculteurs de la région partira à la retraite. Sans transmission réussie, prévient Jérôme Durain, il n’y aura « ni souveraineté alimentaire, ni vitalité rurale ».
La Région entend revaloriser à nouveau la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA), avec l’ambition d’en faire « la plus élevée de France ». L’installation, y compris hors cadre familial, doit être encouragée et accompagnée. La simplification administrative est également mise en avant, dans le cadre de la mise en place de France Services Agriculture : dispositifs plus lisibles, accessibles et efficaces.
Pour le président, il ne s’agit pas seulement d’un enjeu agricole, mais d’un enjeu démographique et territorial. Attirer des jeunes exploitants, c’est aussi attirer de nouvelles populations dans les territoires ruraux.
Valoriser ici : circuits courts et souveraineté alimentaire
Produire et décider ne prennent sens que si la valeur reste sur le territoire. La Région affirme donc son soutien aux circuits courts et aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), afin de mieux relier producteurs, transformateurs, restauration collective et consommateurs.
La contractualisation, la diversification et le développement de la transformation locale sont présentés comme des leviers essentiels pour recréer du revenu agricole. La démarche territoriale de conférences sur la souveraineté alimentaire, menée avec l’État et la Chambre régionale d’agriculture, doit permettre d’identifier les projets structurants à soutenir.
Au-delà de l’agriculture, c’est le dynamisme global de la Bourgogne-Franche-Comté qui est en jeu. « Une agriculture forte, c’est de l’emploi, des services, de la vie dans nos communes rurales », a rappelé Jérôme Durain, liant politique agricole, aménagement du territoire et attractivité.
Une conjoncture contrastée : céréales en souffrance, viande en embellie
Le président régional n’a pas éludé la conjoncture. Les céréaliers sont « en souffrance » : recul des cours, charges élevées, marges réduites. Il appelle à travailler sur la diversification et la création de valeur ajoutée locale pour amortir le choc.
À l’inverse, la filière viande connaît une année exceptionnelle en termes de prix. Mais l’exécutif régional invite à la prudence : cette embellie doit servir à consolider les trésoreries, investir, moderniser et développer l’engraissement et la transformation sur le territoire.
Enfin, la question de la DNC (dermatose nodulaire contagieuse) a été abordée. La Bourgogne-Franche-Comté fait partie des régions impactées. La Région affirme être intervenue rapidement pour renforcer les aides à la recapitalisation des cheptels et se dit prête à soutenir les opérateurs économiques fragilisés par cet épisode sanitaire.
« Protéger, créer de la valeur, sécuriser, installer »
En conclusion, Jérôme Durain a résumé la ligne régionale en quatre priorités : protéger les filières, créer de la valeur ici, sécuriser les revenus et donner envie aux jeunes de s’installer.
Au Salon de l’Agriculture, vitrine nationale, la Bourgogne-Franche-Comté entend ainsi afficher une stratégie cohérente et offensive. Mais le président l’a rappelé : « Rien ne se fera seuls. » Région, État, filières et Europe devront avancer ensemble pour construire une agriculture forte, durable et ancrée dans ses territoires.
Dans un contexte de tensions, de transitions et d’incertitudes, le message politique est clair : la souveraineté alimentaire et l’équilibre territorial passent par une agriculture régionale consolidée, modernisée et pleinement reconnue comme pilier stratégique de l’avenir de la Bourgogne-Franche-Comté.
F. Bauduin
