Dans un communiqué diffusé le 1er mars 2026, la liste citoyenne et participative « Dijon Avenir : Bifurquer, Inspirer, Protéger » place la sécurité alimentaire au cœur de la campagne municipale. Son ambition : faire passer l’autonomie alimentaire du territoire de 8 % aujourd’hui à 80 % d’ici 2050.
Un constat alarmant
Le document dresse un diagnostic sévère. À l’échelle globale, la convergence des crises – changement climatique, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources fossiles et minérales, multiplication des pollutions – fragilise directement la production agricole. Baisse des rendements, rupture d’approvisionnement en engrais, dégradation de la qualité alimentaire : le premier besoin vital, se nourrir, serait menacé.
Le communiqué rappelle également la précarité du monde agricole (18 % des agriculteurs sous le seuil de pauvreté selon l’INSEE, un risque de suicide deux fois supérieur à la moyenne nationale) ainsi que les déséquilibres du système alimentaire : 3,8 millions de tonnes de nourriture jetées en France en 2023, 8 millions de personnes en insécurité alimentaire.
À Dijon, la situation est jugée particulièrement préoccupante :
- 8 % d’autonomie alimentaire à l’échelle métropolitaine, 4 % à celle du bassin de vie,
- 31 hectares artificialisés entre 2011 et 2024,
- 17 % des habitants sous le seuil de pauvreté.
Pour Dijon Avenir, la municipalité sortante porte la responsabilité d’une dépendance accrue au marché et aux logiques d’attractivité.
Objectif : 80 % d’autonomie alimentaire
La liste propose un cap clair : faire de Dijon une « ville nourricière ». Pour y parvenir, elle avance deux leviers majeurs :
- Mettre fin à toute artificialisation des terres agricoles et créer une ceinture maraîchère de 75 000 hectares à l’échelle du bassin de vie.
- Végétaliser progressivement l’alimentation afin de réduire l’empreinte foncière par habitant.
S’appuyant sur des données de l’Agence de la transition écologique, le communiqué souligne qu’un régime alimentaire majoritairement végétal réduit considérablement la surface agricole nécessaire par personne. L’objectif affiché : nourrir en grande partie les 300 000 habitants du bassin de vie dijonnais grâce à une production locale, biologique et créatrice d’emplois.
Une convention citoyenne et un Pacte local
Pour structurer cette transition, Dijon Avenir annonce le lancement d’une convention citoyenne en début de mandat afin d’élaborer un Pacte local pour l’autonomie alimentaire. Agriculteurs, transformateurs, distributeurs et habitants seraient associés à la définition de la trajectoire.
Parmi les mesures proposées :
- Moratoire sur les projets immobiliers en pleine terre,
- Déploiement massif de potagers collectifs,
- Installation de sites de compostage de quartier,
- Création de marchés alimentaires hebdomadaires,
- Ouverture de dix cantines participatives communales à prix équitable.
Transformer la Cité de la gastronomie
Point central du projet : la transformation de la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) en Cité Locale de l’Autonomie Alimentaire (CLAA). Le communiqué critique le modèle actuel, jugé élitiste et coûteux, rappelant un coût net annuel estimé entre 2 et 3 millions d’euros pour la Ville.
La future CLAA accueillerait :
- Un centre de formation pour de nouveaux maraîchers et permaculteurs,
- Un centre de ressources ouvert aux habitants (jardinage, cuisine, transformation),
- Une cantine participative communale.
Reconvertir l’hôtel 5 étoiles en résidence mixte
Autre proposition phare : le rachat par la Ville de l’ancien hôtel 5 étoiles en liquidation pour le convertir en résidence « Les Maraîchères ». Le bâtiment accueillerait à la fois des stagiaires en formation agricole et une auberge de jeunesse. Le prix évoqué s’élève à 30 millions d’euros, montant que la liste dit vouloir négocier.
Stop au projet Eiffage
Enfin, Dijon Avenir annonce son soutien aux riverains opposés à un projet immobilier de 188 logements porté par Eiffage sur une friche de deux hectares. Le site, situé près de l’Ouche, pourrait selon la liste devenir un espace de renaturation et d’agriculture urbaine.
À travers ce programme, Dijon Avenir assume une ligne de rupture : tourner le dos à une politique d’attractivité jugée dépassée pour prioriser la « protection des habitant·e·s ». La sécurité alimentaire devient ainsi un axe structurant de la campagne municipale, mêlant écologie, justice sociale et réorientation budgétaire.
Reste désormais à convaincre les électeurs que l’objectif des 80 % d’autonomie d’ici 2050 est atteignable — et que Dijon peut réellement devenir une ville nourricière.
D.B
