Le conseiller municipal d’opposition et candidat aux prochaines municipales, Emmanuel Bichot (Agir pour Dijon), appelle la municipalité à mettre fin à toute relation avec ce qu’il qualifie de « mouvance islamiste des Frères musulmans ». Une charge du candidat qui ne date pas d’hier. Tout a commencé fin février 2026, lorsqu’il prend l’initiative d’envoyer un courrier à chaque Dijonnais et Dijonnaise.
Dans ce courrier, le candidat d’Agir pour Dijon écrivait : « L’insécurité du quotidien progresse, le narcotrafic s’est installé, l’immigration n’est plus maîtrisée et la municipalité entretient des liens préoccupants avec la mouvance islamiste des Frères musulmans. »
En réplique, Nathalie Koenders a diffusé un communiqué de presse en date du 27 février 2026, déclarant : « Un certain nombre de Dijonnais ont reçu un courrier émanant de monsieur Bichot, conseiller municipal d’opposition et candidat aux élections municipales, accusant la municipalité d’entretenir des liens préoccupants avec la mouvance islamiste des Frères musulmans.
En tant que maire de Dijon, je réfute catégoriquement ces allégations.
La campagne des élections municipales n’autorise pas les dérives et les calomnies. Une telle instrumentalisation du débat des élections municipales est indigne. Elle est cependant conforme aux pratiques auxquelles monsieur Bichot nous a malheureusement habitués tout au long du mandat.
Je me réserve le droit de porter plainte en diffamation. Par respect pour les Dijonnaises et les Dijonnais et pour le débat démocratique, qui méritent mieux que les attaques personnelles, les outrances, les injures et la judiciarisation du débat, je le ferai, le cas échéant, à l’issue des élections municipales. »
Ce vendredi 6 mars 2026, Emmanuel Bichot a envoyé un nouveau communiqué de presse dénonçant l’influence des Frères musulmans dans la municipalité. Dans ce même communiqué, il enfonce le clou en déclarant : « Il est impossible aujourd’hui de fermer les yeux sur l’influence prise progressivement par la mouvance des Frères musulmans au sein de la municipalité dijonnaise. Elle est représentée de longue date dans notre métropole par un imam tunisien, responsable du centre culturel musulman de la mosquée de Quetigny et président de l’association Jeunesse musulmane de France en Bourgogne, de la fédération Musulmans de France (ex-UOIF), principale représentation de la mouvance frériste en France. »
Il ajoute également : « Cette réalité a déjà fait l’objet de nombreuses publications et débats depuis 2020, quand cet imam a ramené la paix civile dans le conflit entre membres des communautés tchétchène et maghrébine, supplantant l’autorité républicaine. Une enquête approfondie a été réalisée en novembre 2020 dans un média national par plusieurs journalistes, dont un grand reporter qui fait référence sur ces sujets.
Fin 2020, le maire de Dijon a pris sa défense, ne tarissant pas d’éloges sur son ami et le présentant abusivement comme l’interlocuteur officiel du culte musulman pour les pouvoirs publics, ce que la préfecture a fini par infirmer. La municipalité dijonnaise lui accorde confiance et reconnaissance, et des proches figurent à des postes stratégiques dans l’exécutif local.
Ces faits sont confirmés dans le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les liens entre responsables politiques et l’idéologie islamiste, publié le 10 décembre 2025, qui mentionne le cas de la ville de Dijon à trois reprises. Ils ont également été évoqués dans un article du journal Aujourd’hui en France du 19 janvier 2026.
Lutter contre l’influence des Frères musulmans est aujourd’hui une priorité nationale. Un institut de formation des imams dans la Nièvre (l’IESH), satellite de la fédération Musulmans de France, a été dissous par un décret en Conseil des ministres en septembre 2025, à la suite de plusieurs Conseils de défense convoqués par le président de la République. L’Assemblée nationale a voté, le 22 janvier 2026, une résolution visant à interdire les Frères musulmans, sans les voix des deux députés socialistes de Dijon proches de l’actuelle municipalité.
Nous avons dénoncé cette situation de manière constante depuis 2020, dernièrement par un communiqué de presse en mai 2025 et par une tribune publiée dans le Dijon Mag de septembre 2025. Ces propos n’ont aucun caractère diffamatoire, puisqu’ils relatent des constats établis et des informations suffisamment fiables. Pour la bonne information de tous, les principaux documents sont consultables sur le site internet bichot2026.fr. »
Emmanuel Bichot est même allé jusqu’à publier une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, pour expliquer sa position.
Alors une question se pose : sur quels éléments le candidat d’Agir pour Dijon s’appuie-t-il pour affirmer que la municipalité entretiendrait des « liens préoccupants » avec la mouvance islamiste des Frères musulmans ? Emmanuel Bichot affirme notamment se baser sur plusieurs articles de presse publiés ces dernières années dans différents médias nationaux et régionaux. Parmi eux figurent notamment des enquêtes et analyses parues dans Marianne, Atlantico ou encore Valeurs Actuelles en 2020, qui reviennent sur les violences survenues à Dijon entre membres des communautés tchétchène et maghrébine et sur le rôle joué par certains acteurs religieux dans les tentatives d’apaisement.
D’autres publications, notamment dans Le Bien Public ou Le Journal de Saône-et-Loire, ont également évoqué les débats politiques locaux autour de la place de certaines figures associatives musulmanes dans la vie publique dijonnaise. Plus récemment, plusieurs articles et tribunes publiés entre 2024 et 2025, ainsi que des prises de position relayées par des médias locaux comme Dijon Actualités, ont entretenu la controverse en questionnant l’influence de réseaux proches des Frères musulmans dans la région. C’est sur cet ensemble d’articles et d’analyses médiatiques que le candidat affirme fonder une partie de ses accusations.
Mais c’est également un rapport d’enquête réalisé par l’Assemblée nationale qui, selon lui, viendrait confirmer certaines de ses accusations. Le grand reporter Emmanuel Razavi a été auditionné, le mardi 28 octobre 2025, par la commission d’enquête parlementaire sur les liens existant entre des représentants de mouvements politiques et des organisations ou réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste.
Devant les députés, le journaliste d’origine iranienne a livré un témoignage dense et précis, évoquant notamment la présence d’agents étrangers et de réseaux fréristes en Bourgogne, ainsi que des proximités politiques locales jugées inquiétantes.
Au cours de son intervention, le journaliste a évoqué des connexions entre certains responsables politiques locaux et des acteurs religieux issus de la mouvance des Frères musulmans. S’il n’a pas cité de noms, ses propos ont été largement compris comme faisant référence à François Rebsamen, ancien maire socialiste de Dijon, à Fadila Khattabi, députée et ancienne ministre, et à Mohamed Ateb, président de la JMFB (Jeunes Musulmans de France – Bourgogne), figures régulièrement mentionnées dans la presse régionale pour leurs relations avec le tissu associatif musulman local.
Le journaliste a ensuite révélé un épisode marquant survenu à Dijon : « Récemment, il y a un an et demi, installé à Dijon devant, je crois durant deux ans, deux ans et demi, un agent en fait de haut niveau de la force Al-Quds, Bashir Bihazar, a été arrêté. Il était installé dans la capitale bourguignonne et il avait pour mission en fait d’y surveiller les opposants iraniens qui y sont installés. Il y a une très forte diaspora iranienne à Dijon, j’en parle en connaissance de cause, étant d’origine iranienne, j’ai grandi à Dijon. Il avait aussi la mission de faire la promotion des proxys palestiniens de terrain dans les milieux universitaires. »
Selon Razavi, cet agent des services iraniens évoluait dans un “écosystème particulier”, mêlant activistes islamistes et personnalités locales. « Tout ça, je l’ai raconté en spécifiant que ce monsieur avait évolué à Dijon dans un écosystème qui était très particulier parce que Dijon, évidemment c’est la Bourgogne et la Bourgogne vous savez qu’il y a l’IESH. »
L’IESH, une institution sous surveillance depuis des années
L’Institut européen des sciences humaines (IESH), situé près de Château-Chinon, est depuis longtemps surveillé par les services de renseignement. Emmanuel Razavi rappelle son rôle central dans la formation d’imams proches des Frères musulmans : « L’IESH, c’est cet institut frériste qui a été fermé sur lequel moi j’avais enquêté pas mal depuis 25 ans et qui était un institut des frères musulmans dont on sait, puisque des policiers du renseignement moins me l’ont dit il y a des années, que plusieurs personnes qui ont été formées là sont parties rejoindre les rangs du djihad international. » D’après notre confrère, la capitale bourguignonne serait restée un foyer d’influence islamiste.
Un imam influent et des relations politiques assumées
Toujours selon le grand reporter, un imam local, qu’il décrit comme “en apparence modéré”, aurait su gagner la confiance du milieu politique et institutionnel : « Dijon, je vous l’ai dit, forte présence frériste avec les réseaux de l’IESH mais aussi en raison de la présence d’un imam qui depuis des années jouit de ses bonnes relations avec l’ancien maire de la ville, l’ancien maire socialiste, je sais qu’il faut pas dire de nom mais chacun aura reconnu, l’islamiste en apparence soft parce que très élégant, tous les islamistes ne portent pas des kalachnikov et cet imam donc a permis à ses idées de prospérer en se faisant accepter du tissu politique et institutionnel et surtout en usurpant parfois des fonctions, notamment celles de représentants du culte musulman pour la région Bourgogne parce que vérification en fait il y a quelques années il n’était pas alors qu’il se présentait comme tel à la préfecture et les autorités publiques n’ont rien trouvé à y redire visiblement, en tout cas jusqu’à présent. »
Le journaliste évoque également des connexions politiques nationales : « À Dijon, récemment, on voyait cet imam frériste posé en photo sur Twitter aux côtés d’une ancienne ministre macroniste, membre du parti Renaissance, ex-député qui assumait publiquement sa présence à l’un de ses événements. Ce n’était pas la première fois qu’elle y allait, elle y avait déjà été précédemment en présence d’ailleurs d’une des grandes figures européennes des frères musulmans, ça avait été raconté dans la presse, ça ne l’a pas gêné à y retourner et en plus elle assume. »
Une menace pour la sécurité nationale
Dans la dernière partie de son intervention, Emmanuel Razavi a mis en garde contre la coopération croissante entre services de renseignement étrangers et réseaux islamistes en France : « Pour les services secrets iraniens, et peut-être en parlerons-nous, et leurs alliés algériens parce qu’aujourd’hui les services secrets algériens coopèrent de plus en plus sur le territoire français avec les services secrets iraniens, je le dis, ce genre de compromissions avec les frères musulmans, c’est évidemment une aubaine pour eux, mais c’est aussi un véritable danger pour la sécurité de notre République. »
Dans ce contexte, la polémique entre l’opposition municipale et la majorité dijonnaise illustre les tensions croissantes autour des questions de sécurité, d’influences idéologiques et de relations entre responsables politiques et acteurs associatifs ou religieux. D’un côté, Emmanuel Bichot estime que plusieurs éléments — articles de presse, débats publics et auditions parlementaires — justifient, selon lui, d’alerter sur l’existence d’un environnement local marqué par l’influence de réseaux proches des Frères musulmans.
De l’autre, la municipalité rejette fermement ces accusations, que la maire de Dijon qualifie de calomnieuses et de manœuvre politique à l’approche des élections municipales. Si l’exécutif local conteste catégoriquement ces affirmations, certains documents et témoignages évoqués par l’opposition, notamment dans la presse ou dans le cadre des travaux de la commission d’enquête parlementaire, continuent d’alimenter le débat et sont présentés par ses détracteurs comme des éléments venant nuancer ou contredire la position de la municipalité.
Dans un climat déjà marqué par les enjeux nationaux liés à la lutte contre l’islamisme politique et aux influences étrangères, cette confrontation locale pourrait bien continuer d’alimenter le débat public dans les jours à venir. Reste à savoir si ces accusations trouveront un prolongement judiciaire, comme l’a évoqué la maire de Dijon, ou si elles demeureront un affrontement politique au cœur de la campagne municipale.
