La polémique enfle depuis quelques mois autour de la situation professionnelle du boxeur dolois Bilel Latrèche, ancien agent chargé de la prévention de rue pour la Ville et le Grand Dole. Après les révélations publiées par notre confrère Le Progrès, plusieurs élus d’opposition s’interrogent ouvertement sur les conditions dans lesquelles il a été recruté et sur le statut dont il aurait bénéficié au sein de la collectivité.
Selon l’enquête relayée par le quotidien régional, l’ancien sportif, recruté en 2015 pour assurer des missions de prévention dans certains quartiers de la ville, aurait occupé un poste dont certaines modalités — notamment contractuelles et salariales — soulèvent aujourd’hui des interrogations. Les élus du collectif Dole Naturellement évoquent notamment un possible manque d’équité avec d’autres agents de la collectivité.
Car c’est bien là le cœur du problème. Dans une administration publique, chacun est censé être soumis aux mêmes règles : recrutement transparent, progression encadrée, évaluation régulière. Or, dans ce dossier, plusieurs zones d’ombre semblent apparaître. Évolution de l’indice de rémunération, organisation hiérarchique de la mission de prévention spécialisée, absence supposée de certains rapports d’activité ou d’évaluations : autant d’éléments qui interrogent aujourd’hui, bien au-delà du simple cas individuel.
Pendant que certains agents publics enchaînent contrats précaires, temps partiels subis et carrières parfois bloquées, d’autres parcours apparaissent soudain beaucoup plus rapides ou beaucoup plus favorables. Même si aucune illégalité n’est établie à ce stade, l’impression d’un décalage reste difficile à ignorer. Et dans une collectivité financée par l’argent des contribuables, la perception d’une éventuelle inégalité de traitement n’est jamais anodine.
L’affaire s’est encore compliquée lorsque l’agent a été suspendu à titre conservatoire en 2025, une décision administrative prise par la collectivité dans l’attente d’éclaircissements. Depuis, la situation a évolué : Bilel Latrèche ne fait désormais plus partie des effectifs, comme l’a confirmé le maire de Dole, Jean-Baptiste Gagnoux, contacté par Le Progrès. L’édile assure qu’aucun traitement particulier ne lui aurait été accordé et que toutes les règles administratives auraient été respectées.
Mais là encore, les questions persistent.
Car contrairement à ce que certains ont pu croire, Bilel Latrèche n’aurait pas quitté la collectivité par une simple démission. Selon nos informations, il serait parti dans le cadre d’une rupture conventionnelle. Une procédure légale, certes, mais qui peut impliquer une indemnisation. Autrement dit, une dépense potentiellement supportée par la collectivité — donc par les contribuables.
Dès lors, une question simple mérite d’être posée : combien cette rupture a-t-elle coûté ? Sur ce point, la communication municipale reste pour le moins discrète. Et dans une période où les finances publiques sont scrutées à l’euro près, ce silence ne peut qu’alimenter les interrogations.
Autre point qui mérite clarification : la question de l’activité privée. Plusieurs éléments laissent entendre que Bilel Latrèche développait parallèlement son entreprise tout en étant rémunéré comme agent public. Là encore, la loi prévoit des règles strictes concernant le cumul d’activités dans la fonction publique. Était-il autorisé ? Encadré ? Déclaré ? Sur ces points également, les explications restent pour l’instant très limitées.
Dans ce contexte, il est difficile de ne pas constater que cette affaire intervient à un moment particulièrement sensible de la vie politique locale. À quelques jours d’échéances électorales, chaque révélation prend immédiatement une dimension politique. Les oppositions municipales s’en saisissent, la majorité tente de contenir l’incendie, et les citoyens observent un spectacle qui nourrit inévitablement la défiance envers la gestion publique.
Car au fond, cette affaire dépasse largement la seule personne de Bilel Latrèche. Elle pose une question plus large : celle du fonctionnement et de la transparence dans la gestion des postes publics locaux. Quand les règles semblent floues, quand les explications tardent à venir, quand les décisions apparaissent opaques, le doute s’installe.
Une chose est sûre : le nom de Bilel Latrèche aura fait couler beaucoup d’encre dans la cité doloise, mais aussi à Dijon. Peut-être même trop pour ce qui, au départ, n’était qu’un poste de prévention de rue. Mais les affaires locales ont parfois cette capacité à révéler des mécanismes plus profonds, faits de silences administratifs, de décisions mal expliquées et de responsabilités diluées.
Aujourd’hui, le boxeur n’est plus agent public. Il peut désormais consacrer son temps à ses activités privées. Sur ce point, les choses sont au moins claires.
Mais pour les contribuables, une question demeure : comment une situation aussi polémique a-t-elle pu durer aussi longtemps sans susciter davantage de transparence plus tôt ?
Et c’est peut-être là que réside le véritable problème. Car au-delà des déclarations rassurantes, une évidence s’impose désormais : dans cette affaire, ce ne sont pas seulement les coups de projecteur médiatiques qui ont fait mal. Ce sont surtout les silences, les hésitations et les explications tardives qui ont fini par fragiliser tout le monde.
En politique comme en boxe, il arrive un moment où l’on ne peut plus esquiver les coups. Et dans le dossier Latrèche, ce ne sont peut-être pas les révélations qui ont été les plus violentes, mais l’impression persistante qu’elles ont longtemps été évitées.
