À deux jours du premier tour des élections municipales, Nathalie Koenders a tenu, jeudi 12 mars 2026, son dernier grand meeting de campagne à la salle Devosge, à Dijon. Entourée de François Rebsamen et de Jérôme Durain, la maire sortante a livré un discours offensif, de rassemblement et de défense de son bilan, dans une salle que son équipe dit avoir remplie de 900 personnes.
Ce jeudi soir, à la salle Devosge, l’heure n’était plus aux nuances, mais à la mobilisation totale. À l’approche du scrutin municipal du dimanche 15 mars 2026, Nathalie Koenders a voulu faire de ce dernier meeting d’avant-premier tour un moment de clarification politique, de démonstration de force et d’appel au rassemblement. Dans une ambiance de campagne tendue, la candidate socialiste et maire sortante de Dijon a posé les termes de l’enjeu : selon elle, le choix proposé aux électeurs dépasse largement une simple alternance locale.
Face à ses soutiens, à ses colistiers et à plusieurs centaines de sympathisants, elle a présenté l’élection comme une ligne de partage nette entre deux visions de la ville. D’un côté, a-t-elle martelé, une équipe « solide, expérimentée, rassemblée », attachée à une ville « ouverte, humaine, écologiste et progressiste ». De l’autre, une opposition qu’elle décrit comme portée par les « promesses mensongères », les « postures faciles » et une orientation de « droite réactionnaire et populiste ».
Son message est clair : dès le premier tour, rien ne doit être laissé au hasard. « Aucune voix ne doit manquer », a-t-elle lancé, dans un appel appuyé à la mobilisation d’un électorat de gauche, du centre et des écologistes réformistes.
Une campagne de terrain revendiquée
Dans son intervention, Nathalie Koenders a d’abord tenu à inscrire sa candidature dans le registre de la proximité. Elle a remercié les habitants rencontrés « par milliers » pendant la campagne, sur les marchés, en porte-à-porte, à la permanence et lors des réunions publiques. Ce fil conducteur n’est pas anodin : il s’agit pour elle de montrer que sa campagne n’a pas été menée à distance, ni depuis les réseaux sociaux, ni depuis des postures de commentaire, mais au plus près des habitants et de leurs préoccupations.
Elle a insisté sur une méthode politique fondée sur l’échange, parfois le désaccord, mais toujours, selon elle, dans le respect. À travers cela, Nathalie Koenders cherche à opposer sa pratique du débat démocratique à ce qu’elle présente comme une dégradation du climat politique. Pour elle, la démocratie consiste à « se parler, échanger, chercher ce qui rassemble plutôt que ce qui divise ». Ce passage n’était pas seulement une profession de foi républicaine ; il préparait aussi une charge plus directe contre ses adversaires.
La candidate a également salué l’engagement des militants, ceux qui tractent tôt le matin, collent les affiches, mettent sous pli les courriers ou prennent sur leur temps personnel pour convaincre un voisin. En valorisant cet engagement discret, elle a voulu ancrer sa campagne dans une énergie collective et militante, portée par un attachement concret à Dijon.
Une liste de « rassemblement », entre gauche, centre et écologistes
Nathalie Koenders a ensuite longuement défendu la composition politique de sa liste. En citant plusieurs de ses colistiers, elle a voulu donner chair à ce qu’elle considère comme l’identité de son équipe : une liste « ancrée à gauche », fidèle à des valeurs « humanistes, universalistes, écologistes et européennes », mais aussi ouverte au centre, aux écologistes de gouvernement et à des représentants de la société civile.
L’objectif politique est transparent : apparaître comme le pôle du rassemblement responsable face, d’un côté, à une droite qu’elle juge droitisée et, de l’autre, à une écologie qu’elle accuse implicitement de préférer la contestation à l’efficacité. Elle assume ainsi une ligne sociale-démocrate et de gestion, qu’elle oppose à toute forme de dogmatisme.
Cette volonté de rassemblement est au cœur de sa stratégie narrative. Elle se présente comme « une femme de rassemblement », davantage soucieuse d’apaiser que de fracturer, de convaincre que de cogner, de construire une majorité de projet plutôt qu’un camp de ressentiment.
Une dénonciation frontale des attaques de campagne
Le ton du meeting s’est durci lorsque Nathalie Koenders a évoqué ce qu’elle considère comme des dérives inacceptables de la campagne. Elle a dénoncé un courrier adressé à des Dijonnais par l’un de ses adversaires, l’accusant, elle et son camp, d’être sous l’influence des Frères musulmans. Devant la salle, elle a rejeté ces accusations avec fermeté : « c’est faux, c’est indigne », a-t-elle affirmé, en estimant que ce procédé visait à salir son camp plutôt qu’à débattre des vrais sujets municipaux.
En répondant frontalement, la maire sortante a voulu se poser à la fois en cible d’une campagne de calomnie et en garante d’un débat politique digne. Sa formule, « je suis une femme libre », visait autant à réfuter toute insinuation qu’à affirmer son autorité personnelle face à ceux qui, selon elle, supporteraient mal qu’une femme exerce le pouvoir de manière autonome.
Dans la foulée, elle a opposé la politique du bouc émissaire à celle des solutions, affirmant que « quand on n’a pas de projet, on cherche un bouc émissaire ; quand on n’a pas de solution, on agite des peurs ». En une phrase, elle résume la ligne de fracture qu’elle veut imposer à cette fin de campagne.
Sécurité : rejeter les promesses miracles, assumer une ligne de fermeté et de prévention
Sur le fond, Nathalie Koenders a longuement abordé la sécurité, consciente qu’il s’agit d’un thème central dans cette élection. Là encore, elle a cherché à se démarquer des surenchères. Selon elle, la sécurité est trop sérieuse pour être traitée comme un slogan. Elle a dénoncé les promesses chiffrées de certains adversaires, raillant les annonces de recrutements massifs de policiers municipaux sans ancrage, selon elle, dans la réalité.
Sa ligne consiste à revendiquer une action concrète, continue et pragmatique : des recrutements de policiers municipaux déjà engagés, appelés à se poursuivre, mais en fonction de besoins « concrets et identifiés », et non pour produire un effet d’annonce. Elle insiste également sur l’idée qu’aucune politique de sécurité ne peut réussir durablement sans prévention, ni sans travail avec l’ensemble des acteurs concernés.
Cette articulation entre fermeté et prévention a été largement renforcée par Jérôme Durain, président socialiste de la Région Bourgogne-Franche-Comté depuis l’été 2025, venu soutenir la candidate. Celui-ci a insisté sur la nécessité d’« une gauche responsable sur la question de la sécurité », capable d’assumer une dimension répressive, mais aussi de faire ce que la droite, selon lui, ne sait pas faire : prévenir, accompagner, agir en profondeur.

Une « écologie des solutions » contre « la radicalité de la contestation »
Autre axe majeur du discours de Nathalie Koenders : l’écologie. Mais là encore, elle revendique une écologie concrète, appliquée et sociale. Elle parle d’« écologie des solutions », opposée à « la radicalité de la contestation ». L’expression n’est pas neutre : elle vise à la fois la droite climatosceptique ou inertielle et une partie de l’écologie politique plus protestataire.
Pour illustrer cette écologie du réel, elle a cité plusieurs réalisations emblématiques : le réseau de chaleur urbain, présenté comme un outil de réduction des émissions de CO₂ et de protection du pouvoir d’achat ; le tramway, symbole de transformation durable de la ville ; la montée en puissance des produits bio et locaux dans les cantines ; ou encore la transformation de la Fontaine d’Ouche en quartier à énergie positive.
L’écologie qu’elle défend se veut populaire, utile et immédiatement perceptible dans la vie quotidienne. Ce n’est pas seulement une écologie de principe, mais une écologie qui chauffe les logements, fait baisser certaines charges, améliore les transports, transforme l’alimentation scolaire et accompagne la rénovation urbaine. Elle promet également de renforcer la végétalisation de la ville, répondant à une attente clairement identifiée chez les habitants.
Culture, sport, éducation populaire : élargir le débat municipal
Nathalie Koenders a aussi voulu déplacer le débat en reprochant à ses adversaires de réduire la ville aux seules questions de sécurité ou d’aménagement visible. Pour elle, être maire, ce n’est pas « seulement planter des arbres » ou promettre toujours plus de policiers. C’est porter une vision complète de la vie en commun.
Dans cette logique, elle a consacré une part importante de son intervention à des sujets qu’elle juge négligés par ses opposants : l’accès à la culture, la gratuité des musées et des bibliothèques, le sport, l’éducation populaire, le lien intergénérationnel, l’esprit d’entreprendre, l’attractivité et le rayonnement du territoire. Elle a présenté ces thèmes comme des marqueurs distinctifs de son projet, et même comme des angles morts de ses adversaires.
Cette insistance traduit une conception large du municipalisme : la ville n’est pas seulement une collectivité de gestion, c’est aussi un espace d’émancipation, de services publics, d’accès aux droits et de cohésion.
Rebsamen : mémoire du mandat, défense du bilan et transmission assumée
Avant Nathalie Koenders, François Rebsamen a pris la parole dans un registre à la fois historique, politique et affectif. L’ancien maire de Dijon, aujourd’hui président de la Métropole, a ouvert son discours par un retour saisissant au 12 mars 2020, rappelant que six ans plus tôt, presque jour pour jour, la campagne municipale s’achevait au moment même où le président de la République annonçait la fermeture des établissements scolaires en raison de la pandémie de Covid-19.
Ce rappel n’avait rien d’anecdotique : il visait à replacer le mandat qui s’achève dans l’épreuve, à rappeler que l’équipe municipale a dû gouverner dans des circonstances exceptionnelles, et à valoriser la manière dont la ville, la métropole et leurs partenaires ont affronté la crise. Rebsamen a salué les personnels hospitaliers, les agents publics, les services essentiels, et défendu l’action des collectivités locales pour soutenir commerces et entreprises.
Mais son intervention a surtout servi à défendre le bilan de la majorité en place. Il a revendiqué la bonne gestion financière de Dijon et de la Métropole, soulignant la solidité budgétaire du territoire et estimant que cette rigueur a permis d’agir pendant la crise. Il a élargi la focale en revenant sur vingt-cinq ans de transformation urbaine : redressement des comptes, tramway, piétonnisation du centre-ville, investissement culturel, développement de l’enseignement supérieur, transition écologique, politique de logement et attractivité métropolitaine.
Dans son récit, Dijon est passée d’une ville où « tout était à faire » à une capitale régionale affirmée, moteur démographique du département et, avec Besançon, de la région. Il a fortement insisté sur l’identité politique de cette transformation : une ville de gauche, sociale-démocrate, européenne et non sectaire, arrachée à trente-cinq ans de domination de la droite et qu’il affirme ne jamais vouloir voir retomber « aux mains des pires conservateurs ».

Une attaque très politique contre la droite et l’extrême droite
Comme Nathalie Koenders, François Rebsamen a choisi la confrontation. Il a dénoncé ce qu’il perçoit comme une convergence croissante entre la droite locale et l’extrême droite, allant jusqu’à dire qu’à Dijon, « la droite extrême et l’extrême droite, c’est le même combat ». Pour lui, le refus ancien de toute compromission avec l’extrême droite ne vaut plus dans le paysage local actuel.
Il a aussi répondu à ceux qui l’accusent d’exercer une influence cachée sur la maire sortante. Sur ce point, il a tenu à défendre l’indépendance de Nathalie Koenders, en récusant le fantasme d’un ancien maire qui « tirerait les ficelles dans l’ombre ». Bien au contraire, il a présenté la passation de pouvoir comme un acte politique réfléchi, fondé sur la confiance, la continuité et le renouvellement.
Son discours s’est alors fait plus personnel. Il a parlé de transmission, de relève, de responsabilité. Citant Jaurès, il a affirmé que l’essentiel n’est pas de conserver les cendres, mais de transmettre le feu. Dans cette mise en scène de l’héritage, Nathalie Koenders apparaît non comme une simple successeure, mais comme celle à qui le flambeau a été confié pour ouvrir un nouveau chapitre.
Jérôme Durain : un affrontement « entre les responsables et les populistes »
Le troisième temps fort de la soirée est venu de Jérôme Durain, qui a donné au meeting une portée plus large encore. Son intervention a clairement dépassé le cadre municipal pour inscrire l’élection dijonnaise dans un combat politique national, voire civilisationnel.
Selon lui, « ce qui se joue dans ces municipales dépasse les municipales ». Il a opposé « les responsables » aux « populistes », la « rationalité scientifique » aux « vérités alternatives », la « fraternité républicaine » à la haine. Son ton, plus grave, a donné au meeting une dimension idéologique assumée : la bataille de Dijon serait un épisode local d’un affrontement global entre progressisme démocratique et dérives extrémistes.

Jérôme Durain a particulièrement visé le Rassemblement national et ses alliés ou avatars, qu’il accuse de prospérer sur les peurs, le déni climatique, le rejet de la politique de la ville, l’hostilité à l’art contemporain et le mépris de la solidarité. Il a aussi dénoncé des candidatures locales qu’il juge problématiques, parlant de racistes, d’antisémites, de complotistes, et évoquant un danger de contamination d’une partie de la droite républicaine par les idées néofascistes.
Dans cette démonstration très offensive, il a également ciblé les adversaires de Nathalie Koenders, Thierry Coudert et Emmanuel Bichot, présentés tous deux comme des « Parisiens », c’est-à-dire, dans son argumentaire, comme des figures extérieures ou éloignées de la réalité dijonnaise. Il les accuse de dénigrer Dijon plus qu’ils ne la défendent, et oppose à cela l’idée d’une ville-laboratoire de politiques publiques « humanistes, écologistes, progressistes ».
Dijon comme locomotive régionale
L’un des apports majeurs du discours de Jérôme Durain a été d’insister sur le lien organique entre Dijon et la Bourgogne-Franche-Comté. Pour lui, la capitale régionale doit rester forte, attractive et ouverte pour jouer pleinement son rôle de locomotive. Il a défendu une vision de coopération entre la ville, la métropole et la région, en citant plusieurs projets soutenus financièrement par l’exécutif régional, et en rappelant que « la Région ne peut rien faire sans une capitale forte ».
Cette articulation territoriale rejoint d’ailleurs les propos de Nathalie Koenders, qui a insisté sur le fait que Dijon « n’est pas une île » et qu’elle rayonne lorsqu’elle coopère, en Bourgogne-Franche-Comté, en France et en Europe.
Un meeting de fin de campagne pour dramatiser le choix
Au fond, ce meeting aura eu une fonction très nette : dramatiser le choix du 15 mars. Les trois principaux orateurs ont convergé sur ce point. Pour Nathalie Koenders, il s’agit de choisir entre « le rassemblement ou le repli », entre « l’action publique au service de tous » et « les colères instrumentalisées ». Pour François Rebsamen, il s’agit de poursuivre vingt-cinq ans de transformation progressiste de Dijon. Pour Jérôme Durain, il s’agit d’empêcher que le populisme et les droites radicalisées gagnent un nouveau terrain.
Loin d’un simple meeting de clôture, la soirée de Devosge s’est donc apparentée à une démonstration d’unité politique autour de la maire sortante. Nathalie Koenders y a combiné trois registres : la défense du bilan, la projection programmatique et la contre-attaque face aux polémiques. En conclusion, elle a tenté de ramener le débat à une formule simple, presque affective : « Si vous aimez Dijon, alors votez pour nous. »
Dimanche, les électeurs diront si cet appel à la fidélité, au sérieux gestionnaire et au rassemblement progressiste aura suffi à lui permettre de franchir l’obstacle du premier tour dans une position de force.






















