Au risque de choquer, disons-le franchement : oui, ce titre est outrancier. Oui, il est volontairement excessif. Et non, il n’est pas factuellement exact. Mais c’est précisément le rôle d’un éditorial : forcer le débat, pointer les contradictions, et dire tout haut ce que beaucoup murmurent tout bas. Non, l’action de « Dijon Béton » n’a évidemment pas flambé au lendemain du second tour. Et non, personne ne peut affirmer aujourd’hui que Dijon sera livrée aux bétonneuses sans limite. Du moins, pas encore.
Car Nathalie Koenders promet. Elle promet des Assises du logement et de l’architecture, elle promet de consulter, d’associer, d’écouter. Elle promet même de revoir le Plan Local d’Urbanisme (PLUi-HD), cet outil décisif qui dessinera le Dijon de demain. Mais elle promet aussi de construire. Encore. Toujours. Et c’est bien là que le bât blesse.
Parce que derrière les mots, il y a une réalité brutale : plus de 12 000 demandes de logements sont en attente dans la métropole dijonnaise. 12 000. Une pression sociale énorme, que personne ne peut balayer d’un revers de main. Construire n’est pas une option, c’est une obligation. Alors quoi ? On bétonne partout, au nom de l’urgence ?
Ou bien on bloque tout, au nom du cadre de vie ?
La vérité, c’est que le débat est trop souvent confisqué par des postures confortables. Les plus virulents « anti-béton » sont rarement ceux qui dorment mal, qui sont mal logés ou sans solution. Ils sont au chaud l’hiver, bien installés, loin — très loin — des réalités du terrain. C’est facile de dire non quand on a déjà un toit. Mais pendant ce temps, des milliers de personnes attendent : des familles, des jeunes, des travailleurs. Eux n’ont pas le luxe du débat idéologique. Alors oui, il faudra construire. Et oui, cela impliquera du béton.
La seule vraie question est ailleurs : où, comment, et pour qui ?
Tout dépendra du fameux PLUi-HD. Tout. De sa révision dépendra l’équilibre — ou le déséquilibre — de la ville. Et sur ce point, les Dijonnais devront être vigilants. Très vigilants. Car les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Et les « concertations » peuvent parfois n’être que des cautions. Les élus d’opposition devront jouer leur rôle. Les habitants devront se mobiliser. Et surtout, il faudra arrêter l’hypocrisie.
Moins de béton, oui. Mais pas au prix de l’abandon des plus précaires. Refuser de construire, c’est aussi refuser de loger. Alors, à ceux qui disent « surtout pas de béton », posons une question simple : êtes-vous prêts à accueillir chez vous ceux qui attendent un logement ? Sinon, arrêtons les postures.
À Dijon, le débat ne fait que commencer. Et il mérite mieux que des slogans — même provocateurs.
F. Bauduin
