Depuis ce jeudi 26 mars 2026 à l’aube, la Maison d’arrêt de Dijon est entièrement paralysée. À 5h30 précises, comme annoncé plusieurs jours auparavant, les personnels pénitentiaires, sous l’impulsion de leurs syndicats, ont mis à exécution leur mouvement de blocage, à l’appel des organisations syndicales représentatives. Une action d’ampleur qui traduit un profond malaise au sein de l’établissement.
Cette mobilisation trouve son origine dans l’assemblée générale extraordinaire du 19 mars 2026. Réunis massivement, les agents ont alors adopté à l’unanimité une série de revendications, assorties d’un mot d’ordre clair : face à une situation jugée critique, il était devenu nécessaire de passer à l’action.
Au cœur de la contestation, la question de la surpopulation carcérale cristallise les tensions. Les personnels dénoncent un établissement saturé, où les conditions de détention comme de travail se dégradent de manière inquiétante. La présence de dizaines de matelas au sol illustre, selon eux, une situation devenue incontrôlable. Ils réclament un désencombrement immédiat de la structure, ainsi qu’un retour strict au principe d’encellulement individuel. Dans cette optique, ils demandent également une concertation rapide avec les autorités judiciaires afin de limiter les incarcérations systématiques à Dijon et de privilégier des alternatives lorsque cela est possible.
Au-delà de la surpopulation, les syndicats, comme le syndicat Force Ouvrière Justice, pointent un manque criant d’effectifs. Les postes vacants s’accumulent, tandis que les départs ne sont pas suffisamment anticipés, ce qui accentue la pression sur les équipes en place. Les agents réclament des engagements concrets afin de renforcer durablement les effectifs et de garantir la continuité des services. Ils appellent également à une révision de l’organigramme, estimant qu’il n’est plus adapté aux réalités actuelles de l’établissement. Certains services, comme le Pôle centralisateur de surveillance électronique, sont particulièrement pointés du doigt, faute de moyens humains à la hauteur de leurs missions, selon les syndicats.

Le climat social constitue un autre point de crispation majeur. Les représentants du personnel dénoncent une dégradation des relations avec la direction, évoquant un management jugé autoritaire et un dialogue social vidé de sa substance. Selon eux, les instances de concertation ne permettent plus de véritables échanges, les décisions étant prises sans réelle consultation des agents. Ils appellent à un changement de méthode et à un retour à un dialogue respectueux et constructif.
Par ailleurs, le projet d’établissement est vivement critiqué. Les personnels le jugent déconnecté des réalités du terrain, estimant que les orientations actuelles ne tiennent pas compte des contraintes spécifiques de la structure. La multiplication des activités et des mouvements de détenus, souvent mal coordonnés, est perçue comme un facteur supplémentaire de désorganisation. Les agents réclament une réflexion approfondie, intégrant leur expertise, afin de redéfinir des priorités cohérentes.
Les difficultés touchent également les services administratifs et les activités annexes. Certains secteurs, comme la gestion des comptes des détenus, sont décrits comme étant à la limite de la rupture. Le manque de moyens humains entraîne des retards et des dysfonctionnements aux conséquences directes sur la détention. De même, les activités sportives, essentielles pour occuper la population carcérale, ne peuvent être maintenues de manière régulière faute de personnel, ce qui contribue à accentuer les tensions internes.
Face à cette accumulation de problèmes, les syndicats préviennent que le mouvement pourrait se prolonger. Le blocage engagé ce jeudi a vocation à être reconduit tant que des réponses concrètes ne seront pas apportées. Les personnels se disent déterminés à obtenir des mesures immédiates et refusent de se contenter de promesses ou d’engagements jugés insuffisants.
À Dijon, la situation reste donc particulièrement tendue. Ce mouvement met en lumière, une nouvelle fois, les difficultés structurelles auxquelles est confronté le système pénitentiaire, et pose la question des moyens alloués à des établissements sous pression constante.



