Le 9 janvier 2026, nous avons pris l’initiative de diffuser un article de presse intitulé : « Démission, arrêts maladie, tensions internes : que se passe-t-il à la SPA de Dijon ? ». L’article révélait une situation de crise au sein de la SPA de Dijon, marquée par la démission du directeur en novembre 2025, à la suite d’accusations de comportements déplacés, un climat social très tendu et de nombreux arrêts maladie parmi les salariés
Dijon Actualités, dès le lendemain de la diffusion de cet article, est parvenu à recueillir des témoignages de salariés qui, à cette époque, étaient encore au sein de la structure et en arrêt maladie. Nous avons également recueilli le témoignage d’une ancienne bénévole, qui n’y intervient plus aujourd’hui. L’ensemble de ces témoignages met en lumière une réalité bien différente, loin de l’image affichée.
Crise interne dans un refuge SPA : accusations graves, tensions et dérives dénoncées
L’été 2024 marque le début d’une série de dysfonctionnements majeurs au sein d’un refuge de la Société protectrice des animaux (SPA des Cailloux) , selon le témoignage détaillé d’une ancienne bénévole. À travers son récit, c’est une structure profondément divisée qui se dessine, minée par des conflits internes, des pratiques contestées et un climat de pression croissante, jusqu’à des faits d’une extrême gravité.
Dès ses premières expériences sur le terrain, la bénévole décrit une opposition nette entre la direction du refuge et sa présidence, notamment concernant l’application des règles imposées par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Ces tensions auraient conduit à des initiatives controversées de la Présidente , parmi lesquelles l’adoption d’animaux encore sous délai de fourrière, en contradiction avec la réglementation. Dans un cas précis, une chienne non stérilisée aurait été confiée à une adoptante proche de la présidente avant la fin des procédures légales. L’animal s’est révélé gestant et a donné naissance à plusieurs chiots, dont le devenir reste inconnu. Selon la témoin, certaines dépenses auraient ensuite été prises en charge par le refuge, dans un contexte qu’elle qualifie de suspect.
D’autres pratiques interrogent également, notamment la mise à l’adoption de chiens pourtant classés en catégorie 1 après morsure, ce qui interdit normalement leur placement. Ces animaux auraient été requalifiés sous une appellation différente, permettant leur adoption malgré les restrictions légales. Pour la bénévole, ces décisions soulèvent des questions de sécurité autant que de conformité juridique.
Au quotidien, la gestion du refuge apparaît tout aussi problématique. Elle évoque des consignes contradictoires, plaçant les salariés dans des situations intenables. En août 2024, alors que le refuge est saturé et que la direction demande de limiter les entrées aux cas les plus graves, une dizaine de chats sont accueillis sans caractère d’urgence, dont un animal importé de l’étranger. La bénévole, chargée de rendre compte de la situation, est ensuite réprimandée pour ne pas avoir respecté les directives. Face à ces incohérences, elle sollicite une réunion entre direction et présidence afin de clarifier les procédures. Si le directeur accepte, la présidente, Mme PIERREY, ne donnera jamais suite et cessera tout échange avec l’équipe.
Les tensions s’étendent également aux interventions extérieures. En décembre 2024, une demande de prise en charge d’un chat identifié et non blessé, sur un point de nourrissage, donne lieu à un nouveau conflit. Compte tenu des manifestations agricoles ce jour là, l’équipe refuse d’intervenir sans validation hiérarchique, estimant l’urgence inexistante. La réponse qui leur est faite, selon le témoignage, illustre le climat ambiant : l’avis du directeur serait secondaire face aux décisions prises par la présidente. Une fois encore, les salariés se retrouvent pris entre deux logiques opposées.
Mais c’est à l’été 2025 que la situation bascule véritablement. La présidente, Mme PIERREY, aurait entrepris de constituer un dossier à charge contre le directeur, sollicitant plusieurs membres de l’équipe afin de rassembler des éléments susceptibles de justifier un licenciement. Des réunions sont organisées, des stratégies évoquées, et certaines salariées se voient promettre des évolutions de carrière si elles concouraient à ces manigances permettant le départ du directeur, selon le témoignage. La bénévole affirme avoir refusé de participer à cette démarche malhonnête.
Quelques mois plus tard, en novembre, elle apprend que les accusations envisagées pourraient prendre une tournure particulièrement grave : des faits de harcèlement sexuel visant le directeur. Selon ses dires, ces accusations reposeraient sur un courrier rédigé par une salariée, sans que les personnes impliquées ne se disent directement concernées. Lors d’un échange informel, certaines auraient même minimisé la portée de ces accusations, suscitant l’inquiétude de la témoin. Elle dit avoir tenté d’alerter les personnes impliquées sur la gravité de telles démarches et leurs conséquences potentielles, en vain.
La situation dégénère brutalement le 24 novembre 2025. Alors qu’elle envisage de révéler les faits au directeur, la bénévole affirme avoir reçu des menaces de mort de la part de deux salariées encore en poste. Elle évoque également des menaces visant sa famille, ses enfants et son activité professionnelle. Craignant pour sa sécurité, elle quitte immédiatement les lieux et met fin à sa mission bénévole. Une plainte est déposée dans les jours suivants. Le même jour, le directeur démissionne.
Dijon Actualités a pu se procurer une partie des enregistrements de ces menaces de mort. L’ancienne bénévole n’invente rien : ces menaces sont bien réelles. Nous avons fait le choix d’en diffuser des extraits :
Dans les semaines qui suivent, plusieurs salariés se mettent en arrêt maladie, évoquant un climat devenu invivable suite à la démission du directeur. D’autres plaintes sont déposées pour appels malveillants et intimidations. La bénévole affirme également avoir été victime de tentatives de dénigrement auprès de son entourage professionnel. Malgré ces événements, elle déplore l’absence de réaction de la présidence et du conseil d’administration, qu’elle qualifie de « silence complice ».
Aujourd’hui, les procédures judiciaires sont en cours. La témoin explique avoir longtemps hésité à s’exprimer, par peur pour sa famille et par souci de protéger ses anciens collègues. Elle affirme cependant qu’il lui était devenu nécessaire de rétablir ce qu’elle considère comme la vérité. Selon elle, aucune des accusations portées contre le directeur n’a été vécue directement par les salariés concernés, tandis que les pressions, menaces et tensions internes ont, elles, bien été subies.
Au-delà des responsabilités individuelles, ce témoignage met en lumière les dérives possibles au sein de structures pourtant dédiées à la protection animale. Entre conflits de gouvernance, non-respect présumé des règles et climat de violence interne, c’est toute la mission du refuge qui semble avoir été fragilisée. Au cœur de cette crise, une question demeure : qui protège encore les animaux lorsque ceux qui en ont la charge sont eux-mêmes en conflit ?
Deux nouveaux témoignages viennent corroborer les premiers éléments recueillis.
Deux témoignages supplémentaires, émanant de deux salariées ayant accepté de témoigner, viennent renforcer le tableau d’une situation interne particulièrement dégradée. Il est à noter que ces deux témoignages ont été recueillis le lendemain de la diffusion de notre premier article.
Dans un récit détaillé, l’une d’elles affirme que plusieurs membres de l’équipe, dont elle-même, auraient été victimes de harcèlement par les salariées impliquées dans ce complot.
Selon ses déclarations, des tensions persistantes opposaient la direction et la présidence, notamment autour du respect des procédures imposées par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). En tant que responsable, elle indique avoir été chargée de veiller à la sécurité du personnel, du public et des adoptants, ainsi qu’au respect des règles sanitaires, incluant les délais légaux de fourrière, les vaccinations, l’identification électronique, la stérilisation et les tests FIV/FELV. Ces obligations auraient régulièrement conduit à des désaccords avec la présidente.
Elle évoque également la mise en place, à l’été 2025, d’une commission interne destinée à examiner les dysfonctionnements du refuge. Deux administrateurs devaient conduire les auditions, mais selon elle, seule une partie des entretiens aurait été réalisée, sans qu’aucun retour ne soit ensuite communiqué aux salariés. Les échanges auraient principalement porté sur les relations internes entre la présidence, la direction, l’administration et les équipes animalières.
Le témoignage revient ensuite sur des faits survenus le 24 novembre 2025, décrits comme particulièrement graves. L’ancienne responsable affirme avoir été témoin des menaces de mort évoquées plus haut . Ces éléments, selon elle, auraient été enregistrés et transmis à un membre du conseil d’administration, qui aurait confronté les personnes mises en cause. Ces dernières auraient nié les faits.
Dans ce contexte, elle explique que la démission du directeur et le comportement de certaines salariées ont rendu, à ses yeux, toute poursuite de son activité au sein du refuge impossible. Elle évoque un climat de peur, de tensions et de suspicion, marqué par la crainte de représailles et le sentiment d’être confrontée à des accusations infondées.
Elle indique également que plusieurs salariés ont été placés en arrêt de travail, certains suivant un traitement médical. Durant cette période, elle affirme avoir été la cible d’appels anonymes malveillants et avoir constaté la présence inhabituelle d’un véhicule du refuge à proximité de son domicile, en dehors de toute mission officielle. Ces faits auraient été documentés par des témoignages et des enregistrements.
Un courrier recommandé aurait été adressé à la présidente afin de signaler ces événements et de demander des garanties de sécurité, sans réponse à ce jour. Face à cette situation, les personnes concernées disent avoir alerté les forces de l’ordre, déposé une main courante puis une plainte, et mis en place des dispositifs de surveillance à leur domicile.
Une procédure judiciaire est désormais en cours. Dans ce contexte, l’ancienne responsable affirme ne plus avoir d’autre choix que de quitter définitivement le refuge, tout comme sa collègue. Nous avons recontacté ces deux salariées afin de savoir si, depuis notre dernière rencontre, elles avaient de nouveaux éléments à nous communiquer. Elles ne sont aujourd’hui plus salariées de la SPA et ont refusé de répondre à nos questions.
La présidente demande le remboursement des factures d’une proche
Un nouvel élément vient alimenter les interrogations sur la gestion interne de la structure. Des échanges de courriels ainsi que plusieurs factures, que nous avons pu consulter, mettent en lumière des tensions importantes au sommet de l’association.
Déjà, dès la fin de l’année 2024, la présidente, Isabelle Pierrey, adressait une demande formelle à l’ancien directeur afin de convoquer en urgence un conseil d’administration extraordinaire à visée disciplinaire à l’encontre de la responsable animalière. En toile de fond : des désaccords profonds sur le fonctionnement de la SPA. Les échanges auxquels nous avons eu accès révèlent une relation particulièrement dégradée entre les deux responsables.

Mais au-delà du conflit interne, certains éléments financiers interpellent. Dans un courriel de réponse, l’ancien directeur évoque une facture de 477,70 euros réglée par la structure. Celle-ci concerne l’achat de produits pour chiens dans une animalerie de la région parisienne (Botanic). Selon les éléments recueillis, cette dépense serait liée à l’adoption précipitée d’un animal, réalisée en dehors du cadre habituel du refuge et sans respect complet des obligations sanitaires, notamment en matière de suivi vétérinaire.
Toujours selon plusieurs témoignages concordants, cet animal aurait été transporté à Paris par la présidente elle-même, puis confié à Madame Aguer, présentée comme une amie personnelle d’Isabelle Pierrey.
La situation se complique lorsque l’animal se révèle gestant, entraînant la naissance de plusieurs chiots et générant de nouveaux frais. Une seconde facture apparaît alors : 411 euros pour des soins vétérinaires à Paris, établie au nom de Madame Virginie Aguer. La présidente en demande le remboursement à la SPA. L’ancien directeur refuse de procéder à ce paiement.
Ces éléments soulèvent une question centrale : pourquoi la SPA de Dijon a-t-elle pris en charge, ou tenté de prendre en charge, des dépenses qui semblent relever d’une situation privée ? Pour plusieurs membres et observateurs de l’association, ces pratiques interrogent sérieusement les règles de gestion interne et l’utilisation des fonds.
Face à la gravité des faits, Dijon Actualités a pris l’initiative de procéder à un contradictoire. Ainsi, le 25 mars 2026 à 8h56, nous avons adressé un courriel à la présidente de la SPA, contenant des questions claires, nettes et précises. Dans un souci de transparence, nous faisons le choix de publier l’intégralité du message envoyé à la présidente, Isabelle Pierrey :
Madame la Présidente,
Dans le cadre de la préparation d’un article de presse devant être publié le 28 mars 2026, nous vous sollicitons afin de recueillir vos observations sur les éléments suivants.
Nous vous remercions par avance pour vos réponses.
Sur des faits de menaces signalés
Nous disposons d’éléments selon lesquels vous auriez été informée de menaces de mort proférées à l’encontre d’une ancienne animalière devenue intervenante bénévole dans le cadre d’une convention, impliquant deux salariées actuellement en poste.
- Pouvez-vous confirmer avoir eu connaissance de ces faits ?
- Si oui, quelles mesures ont été prises à la suite de ces signalements ?
- Pour quelles raisons ces salariées n’auraient-elles pas fait l’objet de sanctions disciplinaires, au regard de la gravité des faits allégués ?
- Une enquête interne a-t-elle été ouverte ? Si non, pourquoi ?
- Ces salariées sont-elles toujours en fonction à ce jour malgré l’existence de plaintes pénales ? Si oui, pour quelles raisons ?
Sur une adoption et le respect des procédures
Selon les informations en notre possession, une chienne nommée Nahla aurait été adoptée début juillet 2024 dans des conditions ne respectant pas les procédures habituelles (notamment en matière de délai de fourrière et de suivi vétérinaire), et aurait été directement confiée à une adoptante à Paris, en dehors du refuge.
- Pouvez-vous confirmer les conditions dans lesquelles cette adoption a été réalisée ?
- Cette procédure était-elle conforme aux règles internes et à la réglementation en vigueur ?
- Comment expliquez-vous que l’animal se soit avéré gestant après son adoption ?
Il est également évoqué que l’adoptante, présentée comme une de vos connaissances, aurait engagé des frais liés à cette situation.
- La SPA a-t-elle pris en charge tout ou partie de ces frais ?
- Si oui, sur quelle base cette décision a-t-elle été prise ?
- Plus précisément, pouvez-vous confirmer le règlement d’une facture d’un montant de 477,70 € (enseigne Botanic) ainsi que la demande de prise en charge d’une facture vétérinaire d’environ 411 € ?
- Ces prises en charge sont-elles conformes aux pratiques habituelles de l’association ?
Sur les accusations visant l’ancien directeur et le contexte interne
Plusieurs témoignages circonstanciés que nous avons recueillis décrivent des démarches engagées à votre initiative visant à constituer un dossier contre l’ancien directeur, dans un contexte de tension entre vous-même et celui-ci.
À ce titre :
- Pouvez-vous préciser la nature des échanges que vous avez alors eus avec certaines salariées encore en poste concernant la situation du directeur ?
- Des promesses d’évolution professionnelle (prise de responsabilités, revalorisation salariale) ont-elles été évoquées auprès de salariées dans ce contexte ?
Sur les accusations de harcèlement sexuel
Selon plusieurs témoignages concordants, des accusations de harcèlement sexuel auraient été évoquées à l’encontre du directeur, dans un second temps, dans le cadre de ces démarches.
- À quelle date avez-vous eu connaissance de ces accusations ?
- Quelle en est l’origine précise (signalement formel, témoignage écrit, autre) ?
- Quelles mesures avez-vous prises pour vérifier la réalité de ces faits avant toute action ou décision ?
- Une procédure officielle (enquête interne, signalement aux autorités compétentes, inspection du travail, etc.) a-t-elle été engagée ?
- Comment garantissez-vous que ces accusations ont été traitées de manière impartiale et sans instrumentalisation dans un conflit interne ?
Sur de possibles pressions et manipulations
Certains témoignages évoquent un climat de pression et des incitations à produire des éléments à charge contre le directeur, y compris en l’absence de faits directement constatés.
- Avez-vous demandé à des salariés ou bénévoles de rédiger des écrits ou témoignages visant le directeur ?
- Comment réagissez-vous aux propos rapportés selon lesquels « il fallait trouver des éléments » pour justifier un licenciement ?
- Avez-vous connaissance de propos tenus par certaines salariées indiquant que les accusations reposeraient sur une initiative isolée et non sur des faits vécus collectivement ?
Sans réponse de votre part, nous mentionnerons votre absence de réaction dans notre publication.
Cordialement,
Fabien Bauduin, rédacteur en chef de Dijon Actualités.
À la suite de l’envoi de ce courriel, Isabelle Pierrey nous a proposé une rencontre. Une proposition que nous avons déclinée, privilégiant un échange contradictoire par écrit, dans la continuité de notre premier article. Soucieux de lui laisser un délai de réponse suffisant, nous l’avons informée du report de la publication de notre article au lundi 30 mars 2026, initialement prévue le samedi 28 mars. À ce jour, aucune réponse ne nous est parvenue de la présidente, pas même par SMS.
À ce stade, une constante demeure : l’absence de réponse de la présidente face à des faits graves, étayés par des témoignages concordants et des éléments matériels. Si chacun conserve la présomption d’innocence et le droit de faire valoir sa version, le silence opposé aux sollicitations répétées de la presse interroge sur la volonté de transparence et de clarification. Dans un contexte où les responsabilités sont engagées et où la confiance apparaît profondément fragilisée, il appartient désormais aux instances compétentes, ainsi qu’aux autorités judiciaires saisies, de faire toute la lumière sur ces dysfonctionnements présumés. Car au-delà des personnes, c’est l’exigence de rigueur, d’exemplarité et de protection — tant des salariés que des animaux — qui est en jeu.
