À Dijon, la mobilisation s’organise et s’intensifie. Réunis en assemblée générale ce lundi, les avocats du barreau ont voté une grève illimitée à compter du 6 avril. Une décision forte, prise dans un climat de vive inquiétude face au projet de réforme de la justice criminelle porté par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin.
Une mobilisation locale inscrite dans un mouvement national
À Dijon, la profession ne cache plus sa colère. En votant massivement la grève, les avocats entendent dénoncer ce qu’ils considèrent comme une transformation profonde et dangereuse de la justice pénale française. Dès la semaine prochaine, ils n’assureront plus les permanences pénales et refuseront de plaider en audience, paralysant ainsi une partie de l’activité judiciaire.
Le barreau dijonnais s’inscrit dans un mouvement national impulsé par la Conférence des bâtonniers, qui appelle à une mobilisation généralisée contre le texte actuellement en discussion au Parlement. Celui-ci doit être examiné au Sénat le 13 avril, une échéance qui cristallise les tensions.
Le « plaider-coupable » criminel, point de crispation majeur
Au cœur de la contestation : l’introduction d’une procédure de « plaider-coupable » pour les crimes. Inspirée du modèle anglo-saxon, cette mesure vise à étendre aux affaires criminelles la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), déjà utilisée pour les délits.
L’objectif affiché par le gouvernement est clair : désengorger les juridictions criminelles et accélérer le traitement des affaires les plus lourdes. Concrètement, un accusé reconnaissant les faits pourrait bénéficier d’une peine réduite, sous réserve de l’accord de la partie civile. En contrepartie, le passage devant une cour d’assises – avec jury populaire et débat public – serait évité.
Une « justice expéditive » dénoncée par les avocats
Pour les avocats dijonnais, cette évolution constitue une ligne rouge. « Ce sont demain toutes les cours d’assises qui sont en danger », alertent-ils. Selon eux, la réforme introduit une logique de négociation incompatible avec la gravité des crimes jugés.
Ils dénoncent une justice « expéditive », qui réduirait les débats et affaiblirait les garanties fondamentales du procès pénal. La disparition du jury populaire est particulièrement pointée du doigt, perçue comme une atteinte au principe démocratique de participation citoyenne à la justice.
Autre inquiétude majeure : la pression exercée sur les accusés. Les avocats redoutent que certains reconnaissent les faits sous contrainte implicite, pour éviter un procès long et risqué. « La liberté du consentement est en jeu », estiment-ils.
La place des victimes également questionnée
La réforme suscite également des interrogations sur le rôle des victimes. Dans un système sans procès public, leur parole pourrait être reléguée au second plan. Les avocats évoquent une position « affaiblie », où l’expression du préjudice et la confrontation directe avec l’accusé seraient limitées.
Pour les opposants au texte, le procès d’assises ne se résume pas à une simple décision judiciaire : il constitue un moment essentiel de reconnaissance, de vérité et parfois de reconstruction pour les victimes.
Un bras de fer appelé à durer
Alors que le calendrier parlementaire avance, la mobilisation pourrait s’étendre et se durcir dans les prochains jours. À Dijon comme ailleurs, les avocats entendent maintenir la pression pour obtenir le retrait ou la modification du projet de loi.
Ce mouvement marque une nouvelle étape dans les tensions récurrentes entre les professions judiciaires et le pouvoir exécutif. Il pose surtout une question de fond : jusqu’où peut-on simplifier la justice sans en altérer les principes fondamentaux ?
