Longtemps considérés comme des compagnons discrets, presque secondaires, les nouveaux animaux de compagnie (NAC) — lapins, oiseaux, rongeurs ou reptiles — occupent aujourd’hui une place profondément ancrée dans le quotidien affectif des Français. Cette évolution, déjà visible dans les foyers, se manifeste désormais avec force au moment de leur disparition. Dire adieu à un lapin, un hamster ou une perruche n’est plus un geste anodin : c’est un véritable acte de deuil, souvent accompagné de rites et d’hommages comparables à ceux réservés aux chiens et aux chats.
Cette transformation sociétale s’appuie sur des données concrètes. En trois ans, la demande de crémations avec restitution des cendres pour les NAC a progressé de 33 %, passant de 25 % en 2022 à plus de 33 % en 2025 . Une évolution significative qui témoigne d’un changement profond dans la manière dont les propriétaires perçoivent ces animaux : non plus comme de simples compagnons, mais comme de véritables membres de la famille.
Des adieux de plus en plus personnalisés
Sur le terrain, cette mutation se traduit par une transformation des pratiques funéraires. Dans les crématoriums animaliers, comme celui d’Esthima à Chevigny-Saint-Sauveur, les cérémonies dédiées aux NAC deviennent de plus en plus fréquentes et personnalisées. Les familles souhaitent être présentes, accompagner leur animal jusqu’au bout et lui offrir un dernier hommage à son image.
Les témoignages recueillis illustrent cette tendance avec une intensité particulière. Certains propriétaires recréent des univers familiers pour leur animal : un jardin miniature pour un hamster, de la paille dans le cercueil d’un lapin, ou encore des objets symboliques rappelant les habitudes de vie de l’animal. Ces gestes, loin d’être anecdotiques, traduisent un besoin profond de donner du sens à la séparation et de préserver le lien affectif.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large : la France compte aujourd’hui près de 79 millions d’animaux de compagnie, un chiffre multiplié par 2,5 depuis les années 1970 . Les NAC représentent plusieurs millions d’individus au sein de ces foyers, et leur statut émotionnel ne cesse de croître.

Le lapin, figure centrale du deuil des NAC
Parmi ces animaux, un chiffre interpelle particulièrement : 61 % des crémations de NAC concernent des lapins . Ce constat, mis en avant dans les données du réseau Esthima (page 2 du document), souligne la place singulière qu’occupe cet animal dans les foyers français.
Traditionnellement associé à l’imaginaire festif — notamment à Pâques —, le lapin est aujourd’hui devenu un compagnon du quotidien, parfois perçu comme un véritable substitut affectif. Sa présence prolongée dans la vie familiale, son caractère sociable et sa proximité avec les humains expliquent en partie l’intensité du lien qui se crée.
Cette relation se reflète directement dans les choix funéraires. Les propriétaires de lapins sont parmi les plus nombreux à opter pour une crémation avec restitution des cendres, signe d’un attachement durable et d’un besoin de mémoire. Conserver une urne, organiser une cérémonie ou créer un mémorial en ligne sont autant de pratiques en forte progression.
Une reconnaissance croissante du deuil animalier
Au-delà des pratiques, c’est toute la perception du deuil animalier qui évolue. Selon les données évoquées dans le communiqué, 94 % des propriétaires considèrent leur animal comme un proche, 68 % comme un membre de la famille, et 78 % estiment que le deuil animalier doit être respecté au même titre qu’un deuil humain .
Ces chiffres traduisent une réalité émotionnelle de plus en plus assumée. La perte d’un NAC n’est plus minimisée ou invisibilisée : elle est vécue comme une véritable rupture affective. Pourtant, une part non négligeable des propriétaires exprime encore une forme de regret : 20 % déclarent avoir culpabilisé de ne pas avoir offert de rituel funéraire à leur animal . Un indicateur fort de l’importance croissante accordée à ces moments de transition.
Une société en mutation face au lien animal
L’évolution des rites funéraires pour les NAC ne relève pas d’une simple “montée en gamme” des services, mais d’un alignement progressif avec la réalité émotionnelle des propriétaires. Les animaux, quelle que soit leur espèce, occupent désormais une place centrale dans les structures familiales contemporaines.
Ce mouvement s’inscrit dans une transformation plus globale du rapport au vivant. Il traduit une reconnaissance accrue de la diversité des attachements et une volonté de donner à chaque relation — même la plus discrète — la dignité qu’elle mérite.
Ainsi, dire adieu à un lapin, un oiseau ou un hamster n’est plus un sujet tabou. C’est un moment de mémoire, de respect et d’amour, qui témoigne d’une société en pleine redéfinition de ses liens avec les animaux.
