Alors que la hausse des prix du carburant continue de peser sur le pouvoir d’achat des Français, un secteur essentiel mais souvent invisible tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : celui de l’aide à domicile. Dans un communiqué publié le 31 mars, l’Union Nationale de l’Aide, des Soins et des Services aux Domiciles (UNA) dénonce une situation devenue « intenable » pour des milliers de professionnelles contraintes de travailler à perte.
Des travailleuses indispensables… qui s’appauvrissent
Chaque jour, des aides à domicile parcourent des dizaines de kilomètres pour accompagner les personnes âgées, en situation de handicap, malades ou en difficulté sociale. Leur mission est essentielle : permettre à ces publics fragiles de continuer à vivre chez eux, dans des conditions dignes.
Mais cette réalité de terrain se heurte aujourd’hui à une hausse brutale et continue du prix du carburant. Les indemnités kilométriques versées aux salariées, censées couvrir leurs frais de déplacement, ne sont plus adaptées à la réalité des prix à la pompe. Résultat : certaines professionnelles en viennent à perdre de l’argent en allant travailler.
Une situation paradoxale et alarmante, dans un secteur déjà marqué par des rémunérations faibles. « Ces professionnelles, déjà parmi les plus mal rémunérées de France, s’appauvrissent en travaillant », alerte l’UNA.
Une crise qui aggrave un secteur déjà fragilisé
La crise du carburant ne survient pas dans un contexte neutre. Elle s’ajoute à une série de difficultés structurelles qui fragilisent depuis plusieurs années le secteur de l’aide à domicile.
Parmi elles, le blocage de l’avenant salarial 72 — destiné à revaloriser les salaires dans la branche non lucrative — constitue un point de tension majeur. Ce texte, refusé par Départements de France, prive les salariées d’une augmentation pourtant jugée indispensable.
Conséquences :
- une crise de recrutement persistante,
- un manque d’attractivité du métier,
- un turn-over élevé,
- et des équipes épuisées.
Dans ce contexte, la hausse du carburant agit comme un facteur aggravant, poussant certaines aides à domicile à réduire leurs déplacements, voire à quitter la profession.
Les bénéficiaires en première ligne
Au-delà des professionnelles elles-mêmes, ce sont les bénéficiaires des services qui subissent directement les conséquences de cette crise. Faute de pouvoir assumer les coûts de déplacement, certaines interventions sont annulées ou réduites.
Des personnes âgées ou handicapées se retrouvent ainsi privées d’une aide essentielle pour les gestes du quotidien : se laver, se nourrir, se déplacer. Des familles en difficulté voient également disparaître un soutien précieux.
« Sans carburant, il n’y a pas d’aide à domicile. Et sans intervention à domicile, des centaines de milliers de Français ne pourront plus vivre chez eux », prévient la présidente de l’UNA, Marie-Reine Tillon.
L’appel urgent de l’UNA au gouvernement
Face à l’urgence, l’UNA affirme avoir déjà interpellé les pouvoirs publics. L’organisation demande la mise en place de mesures immédiates pour éviter l’effondrement du secteur. Parmi les revendications principales :
- garantir un accès financier au carburant pour les intervenantes à domicile,
- mobiliser les préfets afin d’assurer l’approvisionnement en carburant des services médico-sociaux sur l’ensemble du territoire.
À ce jour, aucune réponse concrète n’a été apportée. Une situation d’autant plus difficile à accepter que d’autres professions, comme les pêcheurs ou les transporteurs routiers, ont déjà bénéficié d’aides spécifiques.
Un enjeu de société majeur
Au-delà de la crise immédiate, cette situation met en lumière une question plus large : celle de la reconnaissance et du soutien accordés aux métiers du lien social. Avec plus de 65 000 salariés et 550 structures adhérentes, l’UNA représente un pilier du maintien à domicile en France. Son alerte dépasse le cadre professionnel : elle touche à l’organisation même de la solidarité nationale.
Si aucune mesure n’est prise rapidement, c’est tout un modèle d’accompagnement des personnes vulnérables qui pourrait vaciller — avec des conséquences humaines, sociales et économiques considérables. Une chose est désormais claire : derrière la hausse du carburant, c’est une crise silencieuse mais profonde qui se joue, au cœur du quotidien de millions de Français.
