La situation économique des agriculteurs en Bourgogne–Franche-Comté reste marquée par de profondes tensions, malgré des signes d’amélioration enregistrés ces dernières années. C’est ce que révèle la première édition de l’Observatoire de la Rémunération Agricole Équitable, qui dresse un état des lieux nuancé d’un secteur en mutation, encore loin d’avoir retrouvé un équilibre durable.
Une précarité encore largement répandue
Dans la région, 39 % des agriculteurs perçoivent un revenu inférieur au SMIC à travers leur activité. Autrement dit, plus d’un exploitant sur trois ne parvient pas à dégager un revenu suffisant pour atteindre ce seuil minimal. Si ce chiffre reste inférieur de quatre points à la moyenne nationale, il n’en demeure pas moins préoccupant, tant il traduit la persistance de difficultés structurelles.
Au total, ce sont environ 11 600 agriculteurs qui se trouvent dans cette situation. Pour combler cet écart et permettre à chacun d’atteindre un revenu équivalent au SMIC, un effort financier considérable serait nécessaire : 305 millions d’euros par an sur la période récente 2023-2024. Un montant en nette hausse par rapport aux 203 millions d’euros annuels observés en moyenne entre 2015 et 2022.
Des progrès réels mais encore insuffisants
Sur le temps long, des évolutions positives sont toutefois à souligner. En dix ans, la part d’agriculteurs vivant sous le seuil du SMIC a diminué de 9 points dans la région. Une amélioration plus marquée que celle constatée à l’échelle nationale, qui témoigne d’une dynamique favorable, portée notamment par certaines adaptations des filières et une meilleure valorisation de certaines productions.
Pour autant, ces progrès restent fragiles. La récente augmentation du besoin financier nécessaire pour atteindre un revenu décent illustre un phénomène paradoxal : si la proportion d’agriculteurs en difficulté recule globalement, ceux qui restent concernés s’éloignent davantage encore du seuil du SMIC. Une partie des exploitants voit ainsi sa situation se dégrader, accentuant les écarts au sein du monde agricole.
Des filières clés particulièrement exposées
L’analyse sectorielle met en lumière de fortes disparités entre les différentes productions agricoles, certaines étant nettement plus vulnérables que d’autres. Les exploitations spécialisées en céréales et oléoprotéagineux apparaissent parmi les plus fragilisées : 53 % des exploitants de cette filière ne dégagent pas l’équivalent du SMIC. Une situation similaire est observée dans les élevages bovins destinés à la viande, où la moitié des agriculteurs sont concernés.
Les systèmes de polyculture-élevage herbivore ne sont pas épargnés, avec 47 % des exploitants sous le seuil du SMIC. À l’inverse, certaines filières résistent mieux, notamment les bovins laitiers (25 %) et la viticulture sous signe de qualité (19 %), souvent mieux valorisées sur les marchés. Ces écarts traduisent des réalités économiques très contrastées, liées à la volatilité des prix, aux coûts de production ou encore à la capacité des filières à créer de la valeur ajoutée.
Une situation à surveiller de près
Si la Bourgogne–Franche-Comté montre des signes encourageants sur le long terme, la dégradation récente des indicateurs appelle à la vigilance. Le rebond du nombre d’agriculteurs concernés par des revenus insuffisants, combiné à un éloignement accru du seuil du SMIC pour certains, souligne la fragilité persistante du modèle agricole régional.
Dans ce contexte, la question de la rémunération agricole reste centrale. Elle pose, au-delà des chiffres, celle de la pérennité des exploitations et du renouvellement des générations. Car sans amélioration durable des revenus, c’est l’équilibre même du tissu agricole régional qui pourrait être mis à l’épreuve dans les années à venir.
