C’est une première qui pourrait bien marquer un tournant dans la manière de penser l’accès à l’alimentation à l’échelle locale. Réunis en plein cœur de Dijon, une vingtaine d’acteurs issus d’horizons variés ont officiellement lancé, jeudi 16 avril, une démarche de Sécurité sociale de l’alimentation (SSA). Une initiative encore émergente en France, mais dont les expérimentations se multiplient et suscitent un intérêt croissant face aux défis sociaux, économiques et environnementaux liés à l’alimentation.
À l’origine de cette mobilisation, l’association SSA21, fondée en 2025, et portée notamment par Marie Hégly, spécialiste des enjeux de démocratie alimentaire. Autour de la table : des enseignants-chercheurs, des ingénieurs agronomes, des producteurs locaux, des membres d’associations, des bénévoles, mais aussi des étudiants en reconversion ou encore des citoyens engagés dans des AMAP. Tous ont répondu à l’appel pour poser les premières pierres d’un comité citoyen dijonnais dédié à la SSA.
Une dynamique nationale qui s’ancre à Dijon
Si l’initiative peut sembler novatrice, elle s’inscrit en réalité dans un mouvement plus large déjà expérimenté dans plusieurs territoires français, comme Montpellier, Autun ou encore Tournus. Ces projets pilotes ont permis de tester concrètement les principes de la Sécurité sociale de l’alimentation, avec des approches parfois différentes selon les contextes locaux. Dijon rejoint ainsi un réseau de villes qui cherchent à repenser en profondeur les circuits alimentaires, en les rendant à la fois plus justes, plus durables et plus démocratiques.
L’objectif affiché est clair : garantir à toutes et tous un accès digne à une alimentation de qualité, tout en soutenant les producteurs locaux et en redonnant aux citoyens un pouvoir de décision sur ce qu’ils consomment. Une ambition qui résonne particulièrement dans un contexte marqué par la hausse des prix alimentaires et les inégalités croissantes face à l’accès à une alimentation saine.
Un modèle fondé sur la solidarité et la démocratie
Le principe de la Sécurité sociale de l’alimentation s’inspire directement du modèle de la Sécurité sociale française. Il repose sur trois piliers fondamentaux. D’abord, l’universalité : chaque citoyen, quels que soient ses revenus, bénéficie d’un droit à l’alimentation. Ensuite, le financement par cotisation : chacun contribue selon ses moyens et reçoit en retour un budget dédié à ses dépenses alimentaires. Enfin, le conventionnement démocratique : ce sont les citoyens eux-mêmes qui décident collectivement des producteurs, commerçants et structures pouvant intégrer le dispositif.
Ce modèle entend ainsi rompre avec une logique d’aide alimentaire ciblée sur les plus précaires, souvent perçue comme stigmatisante, pour lui substituer un droit universel, plus égalitaire et émancipateur.
Des défis nombreux, une volonté collective affirmée
Au cours de cette première réunion, les participants ont rapidement identifié plusieurs enjeux majeurs pour la mise en œuvre d’une SSA à Dijon. Parmi eux, la nécessité de garantir une réelle représentativité de la population dijonnaise au sein du futur comité citoyen. Comment s’assurer que toutes les voix soient entendues, notamment celles des publics les plus éloignés des espaces de décision ?
Autre question centrale : l’articulation avec la production agricole locale. Si la SSA vise à soutenir les circuits courts et les producteurs du territoire, elle suppose également de s’assurer que l’offre soit suffisante, diversifiée et accessible. À cela s’ajoutent des enjeux culturels — liés aux habitudes alimentaires — mais aussi des considérations de genre, encore peu prises en compte dans les politiques alimentaires.
Les relations avec les acteurs de la distribution, les initiatives existantes (AMAP, épiceries solidaires, projets alimentaires territoriaux) ainsi que les élus locaux figurent également parmi les points de vigilance évoqués.
S’inspirer sans reproduire : une approche pragmatique
Conscients de ne pas partir de zéro, les participants ont exprimé leur volonté de s’appuyer sur les expériences déjà menées ailleurs, tout en adaptant le modèle aux spécificités dijonnaises. À Autun, par exemple, le comité citoyen repose sur une trentaine de participants et privilégie une approche universelle. À Montpellier, le dispositif cible en priorité les publics en situation de précarité alimentaire.
Dijon entend trouver sa propre voie, en commençant par une étape jugée essentielle : la cartographie de l’existant. Il s’agira d’identifier les initiatives déjà présentes sur le territoire, afin d’éviter les doublons et de construire une dynamique complémentaire. Une manière de valoriser les réseaux locaux tout en fédérant les énergies autour d’un projet commun.
Des premières actions concrètes dès 2026
À l’issue de cette réunion fondatrice, plusieurs chantiers ont été actés. La création d’un comité citoyen dijonnais figure en tête de liste, avec la volonté de structurer un parcours d’engagement pour les participants. En parallèle, un travail de recensement des acteurs locaux sera engagé, afin de mieux comprendre les forces en présence.
Le développement de liens étroits avec les producteurs locaux, notamment les petites structures en vente directe, constitue également une priorité. Pour ces derniers, la SSA pourrait représenter une opportunité de sécuriser leurs débouchés économiques.
Enfin, un temps fort ouvert au public est d’ores et déjà prévu autour du 15 juin 2026. L’objectif : faire connaître la démarche, élargir la mobilisation et poser les bases d’une programmation pour les années à venir.
Une ambition portée par la diversité des acteurs
Pour Marie Hégly, initiatrice du projet, la richesse de cette première rencontre tient avant tout à la diversité des profils réunis : « L’alimentation est un sujet transversal qui touche à la production agricole, la distribution, l’éducation, la précarité, la culture, le genre. La richesse de cette première réunion tient précisément à la diversité des personnes présentes : c’est cette diversité qui garantira la légitimité et la robustesse du comité citoyen que nous allons constituer. »
À Dijon, la Sécurité sociale de l’alimentation n’en est encore qu’à ses débuts. Mais cette première mobilisation témoigne d’une volonté forte : celle de reprendre collectivement la main sur un enjeu aussi fondamental que l’alimentation, et d’en faire un droit accessible à tous.
À propos de la démarche SSA Dijonnaise
Initiative citoyenne lancée le 16 avril 2026 à Dijon, la démarche SSA Dijonnaise vise à construire un comité citoyen local chargé d’expérimenter la Sécurité Sociale de l’Alimentation sur le territoire de Dijon. Elle s’inscrit dans la dynamique nationale des expérimentations SSA portées par de nombreux collectifs à travers la France.
Site internet : https://securite-sociale-alimentation.org/
