La journée du 1er-Mai 2026 restera comme l’une des plus marquantes de ces dernières années à Dijon. Dans les rues du centre-ville, la mobilisation a dépassé les attentes, avec un cortège dense, déterminé et particulièrement diversifié. L’ensemble des grandes organisations syndicales avaient répondu à l’appel : la CGT, Solidaires, Force Ouvrière, mais aussi la FSU et la CFDT. À leurs côtés, de nombreux collectifs, associations et militants indépendants ont pris part au défilé, donnant à cette édition une ampleur et une tonalité particulièrement combatives.
Mais au-delà de la démonstration sociale, c’est la présence des formations politiques qui a cristallisé les tensions. Plusieurs partis étaient représentés, notamment Génération.s, Lutte Ouvrière, ainsi que le Parti socialiste. Et du côté socialiste, le déplacement avait des allures de démonstration de force : le député Pierre Pribetich, la députée Océane Godard, mais aussi Michel Neugnot, Franck Lehenoff, Thierry Falconnet, Léo Lachambre, ou encore Céline Tonot étaient présents, pour ne citer qu’eux. Une brochette d’élus et de cadres du parti difficile à manquer au milieu de la foule.
Sur le papier, rien de surprenant : le 1er Mai est historiquement une journée d’expression sociale et politique, et la gauche institutionnelle s’y affiche régulièrement. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Très vite, le fossé entre certains manifestants et les représentants politiques s’est fait sentir — brutalement, sans filtre.
Au cœur de la foule, place Wilson, Michel Neugnot en a fait les frais. À côté de lui se trouvait un groupe de cheminots de la CGT ; l’accueil a été glacial, voire hostile. « Ah, le fossoyeur du rail », lâche l’un d’eux, en regardant Michel Neugnot. Aucun geste de conciliation : poignée de main refusée, regards fermés. L’épisode en dit long sur la fracture qui persiste entre une partie du monde syndical et certains responsables politiques, accusés d’avoir accompagné — voire cautionné — des décisions politiques impopulaires.
Plus loin, un militant de la CGT ne mâche pas ses mots en s’adressant à nous : « Regardez-les bien. À Darcy, ils auront disparu. Ils viennent ici pour la photo, pour faire croire qu’ils sont avec les salariés… mais ils ne vont jamais jusqu’au bout. Dites-le, ça ! Chaque année, c’est le même cinéma, ils nous prennent pour des cons. » Sur le moment, la remarque peut sembler excessive. Pourtant, en remontant le cortège boulevard de Brosses, difficile de ne pas constater l’évidence : la majorité des figures politiques, notamment du Parti socialiste, ont quitté la manifestation avant son terme. Disparus, évaporés, comme annoncé.

Seule une poignée — cinq militants tout au plus — poursuivra la marche jusqu’à son aboutissement, aux côtés des syndicats et des travailleurs mobilisés. Un contraste saisissant avec la présence massive et très visible du départ. Arrivés place Wilson, le même militant croisé plus tôt ne cache pas son amertume : « Je vous l’avais dit. Ils viennent, ils serrent des mains, ils prennent des photos… et ils s’en vont. Toujours pareil. Les élus font de la figuration. » Le ton est sec, sans détour. La défiance est profonde. Un autre manifestant enfonce le clou : « Franchement, marcher jusqu’au bout, ce n’est pas grand-chose. C’est la moindre des choses quand on prétend soutenir les salariés. »
Dans ce tableau critique, une exception ressort néanmoins : la députée Catherine Hervieu, seule élue identifiée ayant effectué l’intégralité du parcours. Une présence continue, discrète mais remarquée, qui contraste avec les départs anticipés de nombreux autres responsables.
Au final, ce Fête du Travail 2026 à Dijon ne se résume pas à une simple mobilisation réussie. Il agit comme un révélateur : révélateur d’une fracture persistante entre la base militante et la représentation politique ; révélateur, aussi, d’une défiance croissante envers des élus dont la présence, lorsqu’elle paraît partielle ou calculée, est de moins en moins tolérée. Derrière les slogans et les banderoles, une question demeure, plus vive que jamais : la présence des élus dans ces cortèges relève-t-elle encore d’un engagement sincère… ou d’un exercice de communication devenu trop visible, trop mécanique et, pour beaucoup, désormais contre-productif ? Un militant de la Confédération générale du travail glisse, non sans ironie : « Comme toujours, les socialistes lâchent les salariés en chemin, on est habitués ! »




