Vingt ans après la loi de 2005, les personnels de l’Éducation nationale dénoncent une inclusion scolaire mise en œuvre sans moyens suffisants. Une journée nationale de mobilisation est prévue le 9 juin, avec un rassemblement annoncé à 12h30 devant le Rectorat.
Le 9 juin, les accompagnants d’élèves en situation de handicap, les enseignants et les psychologues de l’Éducation nationale sont appelés à se mobiliser dans le cadre d’une journée nationale consacrée aux AESH. À travers cette mobilisation, les personnels entendent alerter sur une situation qu’ils jugent devenue intenable dans les établissements scolaires : celle d’une école inclusive affichée comme une priorité, mais qui, selon eux, ne dispose pas des moyens humains, matériels et professionnels nécessaires pour répondre réellement aux besoins des élèves.
Le mot d’ordre est clair : « L’inclusion oui, mais pas comme ça ». Derrière cette formule se traduit une exaspération grandissante. Les personnels dénoncent des conditions de travail dégradées, des ruptures d’accompagnement pour les élèves en situation de handicap, ainsi qu’une souffrance professionnelle de plus en plus forte chez celles et ceux qui font vivre l’école inclusive au quotidien. Vingt ans après la loi de 2005, qui a marqué une étape majeure dans la reconnaissance des droits des personnes en situation de handicap, le sentiment dominant est celui d’une promesse encore inachevée.
Au cœur des revendications figure la situation des AESH. Ces personnels, indispensables à la scolarisation de nombreux élèves, demandent une reconnaissance pleine et entière de leur métier. Les organisations mobilisées réclament notamment la création immédiate d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour toutes et tous les AESH, une revalorisation salariale significative, ainsi qu’un temps complet fondé sur 24 heures d’accompagnement. Elles insistent également sur la nécessité de reconnaître les qualifications, les compétences professionnelles et le rôle éducatif essentiel de ces accompagnants.
Les personnels contestent également les annonces récentes concernant la création d’un corps qui ne concernerait qu’une partie limitée des AESH. Ils s’opposent à un projet qui pourrait, selon eux, diviser le métier entre des « assistants à l’accessibilité » et des agents chargés de missions de socialisation. Cette orientation est perçue comme un risque supplémentaire de précarisation, de mutualisation excessive des accompagnements et de remise en cause de l’accompagnement individuel des élèves qui en ont besoin.
La mobilisation du 9 juin porte aussi sur l’ensemble des conditions permettant une inclusion scolaire de qualité. Les enseignants, psychologues de l’Éducation nationale et AESH demandent le maintien et le renforcement des structures et dispositifs spécialisés, ainsi que la reconstitution des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté. Ils réclament également une réduction des effectifs dans toutes les classes, afin de permettre un meilleur suivi des élèves, et la reconnaissance de temps de concertation et de formation dans le temps de service.
Autre point de crispation : l’absence des personnels de terrain dans les discussions nationales. Les enseignants, les psychologues de l’Éducation nationale et les AESH regrettent d’être exclus de la cinquième Conférence nationale du handicap, alors même qu’ils assurent chaque jour l’accompagnement concret des élèves dans les écoles et les établissements. Pour eux, aucune politique d’inclusion ne peut être réellement efficace sans prendre en compte la parole et l’expertise de celles et ceux qui la mettent en œuvre.
Au-delà de la défense d’un métier, les personnels mobilisés affirment vouloir protéger les droits des élèves et des familles. Ils estiment que l’absence de moyens suffisants fragilise non seulement les accompagnants et les équipes éducatives, mais aussi les enfants concernés, qui peuvent se retrouver sans solution adaptée ou avec un accompagnement insuffisant. À leurs yeux, l’école inclusive ne peut pas reposer uniquement sur l’engagement individuel des personnels : elle nécessite un cadre clair, des recrutements formés, des moyens durables et une reconnaissance institutionnelle.
Le rassemblement prévu à 12h30 devant le Rectorat s’inscrit donc dans une mobilisation plus large contre la précarité des AESH et pour une école réellement inclusive. Les personnels appellent à se rassembler afin de « briser le chantage à la précarité », défendre leurs conditions de travail et garantir aux élèves en situation de handicap un accompagnement à la hauteur de leurs droits.
