Un an et demi après le lancement de sa feuille de route consacrée aux biothérapies et à la bioproduction, la Région Bourgogne-Franche-Comté a réuni, mercredi 10 juin 2026 à Dijon, les acteurs de la filière à l’occasion des 3e Assises régionales. Cette rencontre, organisée au Conseil régional, avait un objectif clair : dresser le bilan des actions engagées depuis 2024 et fixer les perspectives d’un secteur considéré comme stratégique pour la souveraineté sanitaire, l’innovation médicale et l’industrie.
Dans son discours d’ouverture, Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, a rappelé le chemin parcouru depuis les premières Assises. Il y a deux ans, les acteurs régionaux de la filière se connaissaient parfois à peine. Beaucoup travaillaient sur des sujets proches, mais sans forcément échanger entre eux. Depuis, selon le président de Région, une véritable dynamique collective s’est construite autour de Biovaliance, de la feuille de route régionale, des groupes de travail, de la présence sur les salons professionnels, mais aussi des délégations menées à Bruxelles, au Wisconsin ou prochainement à Montréal.
Pour Jérôme Durain, ce premier bilan est d’abord celui d’un écosystème qui apprend à travailler ensemble. Avant même les chiffres, les projets ou les financements, il a voulu saluer « une dynamique collective qui existe désormais ». Une évolution qu’il juge d’autant plus importante qu’elle ne concerne pas un sujet secondaire, mais bien l’avenir de la médecine, de l’innovation thérapeutique et de la souveraineté sanitaire.
Le président de la Région a aussi replacé cette stratégie dans un contexte plus large. Sans céder, selon ses mots, aux rêves de « transhumanité » ou d’« immortalité » portés par certaines figures de la tech mondiale, il estime que la médecine est « à l’aube d’une nouvelle ère thérapeutique ». Et cette nouvelle ère, affirme-t-il, se construit aussi en Bourgogne-Franche-Comté.
Les biothérapies occupent aujourd’hui une place centrale dans la recherche en santé. Jérôme Durain a rappelé qu’elles représentent environ 60 % des budgets mondiaux de recherche dans ce domaine. Ces traitements sont parmi les plus prometteurs pour lutter contre des maladies graves, comme certains cancers, des pathologies neurologiques ou des maladies rares. Pour la Région, l’enjeu est donc de prendre part à cette transformation majeure, en faisant de la Bourgogne-Franche-Comté un territoire capable de concevoir, produire et rendre accessibles les traitements de demain.
La crise du Covid a, selon Jérôme Durain, mis en lumière une réalité brutale : « quand on ne produit pas, on dépend ». Il a cité l’exemple de RD Biotech, implantée à Besançon, seul producteur français d’ADN plasmidique, un composant essentiel des vaccins à ARN messager. Lorsque Pfizer a eu besoin de produire en urgence, une partie de la réponse se trouvait en Bourgogne-Franche-Comté. Pour le président de Région, cet exemple illustre concrètement ce que signifie la souveraineté sanitaire.

C’est aussi pour cette raison que la filière des biothérapies et de la bioproduction ne doit pas être considérée comme un simple sujet de spécialistes. Elle est, selon Jérôme Durain, un sujet politique. Elle concerne la capacité de la France et de ses territoires à ne pas dépendre entièrement d’autres pays pour développer ou produire des traitements innovants. Elle touche aussi à l’accès des patients aux soins, à la compétitivité industrielle et à la maîtrise des coûts de production.
La Région affiche une triple ambition. D’abord, renforcer la visibilité de la Bourgogne-Franche-Comté pour attirer des projets et des investissements. Ensuite, augmenter le nombre de candidats médicaments développés dans la région. Enfin, permettre aux patients d’accéder à ces innovations, tout en réduisant les coûts de production. Jérôme Durain a résumé l’enjeu de manière directe : un médicament, aussi prometteur soit-il, ne soigne personne s’il coûte trop cher à produire.
Pour atteindre cet objectif, la Bourgogne-Franche-Comté entend s’appuyer sur ses atouts. Le communiqué de presse insiste sur la richesse de l’écosystème régional, composé d’instituts de recherche, de laboratoires, d’hôpitaux, d’un centre anticancer, de structures de transfert de technologie et d’entreprises. La région dispose de compétences reconnues dans les thérapies cellulaires, les thérapies géniques et la théranostique, cette approche combinant diagnostic et traitement ciblé.
Jérôme Durain a insisté sur un point qu’il estime trop peu mis en avant : la situation géographique et scientifique de la Bourgogne-Franche-Comté constitue un véritable avantage compétitif. La région dispose de deux CHU, de deux pôles universitaires complémentaires et de deux métropoles, Dijon et Besançon, aux spécialités scientifiques différentes mais compatibles. Située à deux heures de Paris, aux portes de la Suisse et de l’Allemagne, elle bénéficie aussi d’une position stratégique pour une filière qui travaille avec des produits biologiques fragiles et des partenariats internationaux.
La création de Biovaliance, en 2025, constitue l’une des étapes majeures de cette structuration. Présentée comme une dynamique régionale fédératrice, Biovaliance rassemble les acteurs du continuum recherche, formation et entreprises. Son objectif est de transformer l’innovation médicale en solutions industrielles concrètes, afin de permettre aux patients d’accéder aux thérapies les plus innovantes.
Pour Jérôme Durain, Biovaliance a déjà produit des effets concrets. La filière dispose désormais d’une marque, d’un site, d’une présence sur les grands salons nationaux, de reportages, de podcasts, d’encarts dans la presse spécialisée internationale et d’une brochure, y compris en anglais, présentant les compétences régionales. Cette visibilité est essentielle pour faire exister une filière qui, jusqu’ici, ne se percevait pas toujours comme un ensemble cohérent.
Les projets soutenus illustrent également cette montée en puissance. Le président de Région a notamment cité BioIMP, un consortium associant l’Établissement français du sang, des laboratoires académiques et des entreprises régionales. Ce projet bénéficie de 18 millions d’euros de FEDER pour optimiser les procédés de fabrication des biomédicaments et en réduire les coûts. Pour Jérôme Durain, il s’agit précisément du « chaînon manquant » entre une recherche de haut niveau et l’accès réel du patient aux traitements.
D’autres entreprises régionales ont également été mises en avant : CellQuest, pour laquelle la Région doit prochainement délibérer sur un soutien d’envergure, mais aussi Carla Biotherapeutics, Cellaven, AbTx, Oragen ou encore SON SAS. Ces start-up développent, selon Jérôme Durain, des solutions dont certaines n’ont pas d’équivalent dans le monde. Le président de Région a également mentionné Oncodesign Precision Medicine, soutenue à hauteur de 250 000 euros, afin de ne pas laisser une entreprise stratégique en difficulté faute d’un soutien temporaire.
La dimension internationale est un autre axe fort de la stratégie régionale. Des délégations se sont rendues au Wisconsin, à Bruxelles, et une nouvelle mission à Montréal doit ouvrir de nouveaux partenariats. Jérôme Durain a tenu à préciser que ces déplacements ne relevaient pas du « tourisme institutionnel ». Ils visent, selon lui, à tisser des liens avec des clusters confrontés aux mêmes défis et présentant des complémentarités à exploiter.
L’un des acquis majeurs de Biovaliance est aussi d’avoir uni deux écosystèmes qui auraient pu se concurrencer. Dijon rassemble notamment Urgo, Cellaven, Oncodesign et Santenov. Besançon s’appuie sur l’EFS, RD Biotech, le CHU, le projet UCP Vax, Témis Technopole et Carla Biotherapeutics. Deux villes, deux forces, mais une seule filière : c’est l’équilibre que la Région souhaite préserver et renforcer.
Cette complémentarité entre Dijon et Besançon sera d’ailleurs symboliquement mise en avant lors des prochaines Assises, qui devraient se tenir à Besançon dans 18 mois. Pour Jérôme Durain, ce choix permettra d’incarner l’équilibre entre les deux pôles régionaux. Il rappelle que la filière est en mouvement : récemment présente à Bruxelles, active à Dijon avec la visite de Cellaven, tournée vers Montréal dans les prochaines semaines, elle cherche désormais à gagner en visibilité nationale et internationale.
Le communiqué de presse souligne également l’importance de la formation. La Bourgogne-Franche-Comté propose environ 80 cursus, allant du bac professionnel au BTS, jusqu’au master et au diplôme universitaire. Ces formations couvrent les métiers de la recherche clinique, de la bioproduction, de l’analyse, du contrôle qualité ou encore de l’expertise réglementaire. Elles doivent permettre de répondre aux besoins d’une filière appelée à se développer rapidement.

Pour la Région, l’enjeu est autant économique que sanitaire. Le développement des biothérapies et de la bioproduction doit contribuer à la souveraineté sanitaire et industrielle de la France. Dans le communiqué, Jérôme Durain résume l’objectif régional : contribuer à la conception et à la production des traitements de demain, dans la perspective de thérapies innovantes et adaptées aux besoins des patients.
L’État est également partie prenante de cette stratégie. La préfète de région, Violaine Démaret, devait intervenir lors des Assises pour évoquer le contexte national et les enjeux liés à France 2030. Le communiqué rappelle que ce plan stratégique fait des biothérapies et de la bioproduction l’un des axes majeurs de l’innovation en santé. La Bourgogne-Franche-Comté entend donc inscrire sa feuille de route régionale dans cette dynamique nationale de relocalisation, d’innovation et de compétitivité.
Les Assises régionales ont réuni l’ensemble des parties prenantes : chercheurs, entreprises, établissements de santé, plateformes technologiques et de transfert, pôles, clusters, acteurs publics et institutionnels. Le programme prévoyait un bilan à 18 mois présenté par Nicolas Soret, vice-président chargé notamment du développement économique et de l’emploi, Lætitia Martinez, vice-présidente chargée de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, et Arnaud Marthey, conseiller régional délégué à l’intelligence économique, à l’innovation et au transfert de technologie, également président de l’AER BFC.
Jérôme Durain a salué le rôle de ces élus dans la structuration de la filière. Nicolas Soret a, selon lui, porté l’accompagnement des entreprises et des financements. Lætitia Martinez a tissé les liens avec la recherche, les CHU et l’EFS. Arnaud Marthey a contribué au dynamisme de Biovaliance, à ses groupes de travail et à ses délégations. Pour le président de Région, ce travail collectif entre élus, directions et acteurs de terrain constitue la condition de tout le reste.
Les perspectives sont désormais nombreuses. Le Biotech Act européen, attendu à l’automne, doit redéfinir les règles du jeu à l’échelle européenne. La mission à Montréal, prévue en juillet, doit ouvrir de nouveaux partenariats. Quant à UCP Vax, si les résultats scientifiques sont au rendez-vous, Jérôme Durain estime qu’il pourrait s’agir de l’une des annonces scientifiques les plus importantes qu’une région française aura accompagnées.
La compétition, elle, est mondiale. Jérôme Durain a cité l’Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie comme autant de territoires engagés dans cette bataille industrielle et scientifique. La Bourgogne-Franche-Comté, dit-il, « joue des coudes », mais sa trajectoire est bonne.
Avec ces 3e Assises régionales, la Région Bourgogne-Franche-Comté veut donc affirmer une ambition : ne pas seulement accompagner l’innovation, mais structurer une filière complète, capable de relier recherche, formation, production industrielle et accès des patients aux traitements. Dans un secteur où les enjeux scientifiques, économiques et sanitaires se rejoignent, la Bourgogne-Franche-Comté entend désormais compter parmi les territoires de référence.
