La contrefaçon de tabac poursuit sa progression en Bourgogne-Franche-Comté. Selon la dernière édition de l’Empty Pack Survey, une étude annuelle réalisée par Imperial Brands Seita à partir de la collecte de paquets vides dans l’espace public, la part de la contrefaçon dans la consommation de tabac atteint désormais 22,1 % dans la région. Un niveau qui place la Bourgogne-Franche-Comté parmi les territoires où le phénomène apparaît solidement installé.
Présentée comme une étude de référence sur le marché illicite du tabac, l’Empty Pack Survey porte sur 126 villes de France métropolitaine, couvrant près de 22 % de la population française. La dernière campagne de collecte a été réalisée entre le 21 novembre et le 18 décembre 2025. En Bourgogne-Franche-Comté, les résultats font apparaître une progression nette du phénomène depuis plusieurs années.
La région est passée de 10,4 % de contrefaçon au deuxième trimestre 2022 à 22,1 % au quatrième trimestre 2025. Après un niveau déjà élevé de 20,8 % au quatrième trimestre 2024, la contrefaçon poursuit donc sa hausse et atteint son plus haut niveau depuis le début du suivi régional. Ces chiffres traduisent, selon Imperial Brands Seita, l’ancrage territorial d’un marché parallèle désormais structuré, visible aussi bien dans les grandes agglomérations que dans des territoires plus ruraux.
Dijon apparaît comme l’un des exemples les plus marquants de cette évolution. Dans la capitale régionale, la part de la contrefaçon est passée de 1 % au quatrième trimestre 2018 à 27,5 % au quatrième trimestre 2025. Autrement dit, elle a été multipliée par plus de vingt-sept en sept ans. Cette progression spectaculaire illustre l’ampleur prise par un phénomène qui, il y a encore quelques années, pouvait être perçu comme marginal.
Besançon est également concernée. Dans la capitale comtoise, la contrefaçon atteint 17,3 % au quatrième trimestre 2025, alors qu’elle était inexistante dans les relevés de fin 2018. Là encore, les données montrent une installation progressive du tabac contrefait dans les circuits de consommation locaux.
Au niveau régional, la Bourgogne-Franche-Comté présente désormais un taux supérieur à plusieurs autres régions métropolitaines. Avec 22,1 %, elle se situe notamment au-dessus de l’Auvergne-Rhône-Alpes, de la Bretagne, du Centre-Val de Loire, du Grand Est, des Hauts-de-France, de l’Île-de-France, de la Normandie, de la Nouvelle-Aquitaine, des Pays de la Loire et de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Seule l’Occitanie affiche un niveau plus élevé dans le tableau comparatif présenté, avec 25,5 % au quatrième trimestre 2025.
Cette évolution régionale s’inscrit dans une dynamique nationale plus large. Selon le communiqué, la part de la contrefaçon dans la consommation de tabac en France est passée de 1,4 % fin 2018 à 18,8 % fin 2025, soit une hausse de 1 243 % en sept ans. Imperial Brands Seita estime que le trafic a changé d’échelle et ne relève plus seulement de pratiques isolées ou opportunistes, mais d’une économie parallèle structurée.
L’entreprise évoque une industrialisation du trafic, portée par des filières capables d’organiser la production, l’acheminement et la distribution à grande échelle. Des usines clandestines implantées en Europe, mais aussi désormais en France, produiraient massivement des cigarettes contrefaites, ensuite écoulées par différents canaux : réseaux sociaux, commerces de proximité ou vente à la sauvette.
Le communiqué souligne également la dimension criminelle du phénomène. En 2025, la douane française a démantelé 99 organisations criminelles, dont 28,6 % étaient liées au trafic de tabac. Selon ces données, ce trafic arrive désormais au premier rang des organisations criminelles démantelées, devant le trafic de stupéfiants, qui représentait 27,6 %. Depuis 2021, sept usines clandestines auraient été découvertes sur le territoire national, tandis que treize l’ont été en Belgique pour la seule année 2025.
Pour Imperial Brands Seita, ces chiffres montrent que le marché parallèle du tabac n’est plus un phénomène périphérique. En Bourgogne-Franche-Comté, la progression observée à Dijon et Besançon confirme, selon l’entreprise, que les réseaux de contrefaçon ne se limitent plus aux grandes métropoles nationales ou aux zones frontalières les plus exposées. Ils s’implantent dans les territoires et y trouvent des débouchés durables.
Hervé Natali, responsable des relations territoriales et de la lutte contre le marché parallèle chez Imperial Brands Seita, estime que les données régionales appellent une réponse plus forte des pouvoirs publics. Selon lui, « les chiffres observés en Bourgogne-Franche-Comté confirment que le trafic de tabac n’est plus un phénomène périphérique ». Il considère que la réponse publique reste insuffisante face à l’ampleur des trafics et que le recours au levier fiscal a atteint ses limites.
Le représentant d’Imperial Brands Seita appelle à un changement d’approche, fondé sur un arsenal juridique adapté et un renforcement des moyens opérationnels, notamment à l’échelle locale. Il estime que sans moyens humains, techniques et judiciaires à la hauteur, les pouvoirs publics pourraient perdre durablement le contrôle face à des réseaux criminels structurés et fortement implantés.
En Bourgogne-Franche-Comté, les chiffres de l’Empty Pack Survey donnent ainsi l’image d’un phénomène désormais massif. À Dijon, la contrefaçon atteint plus d’un paquet sur quatre selon les données recueillies. À l’échelle régionale, elle représente plus d’un cinquième de la consommation observée. Pour Imperial Brands Seita, cette progression traduit une transformation profonde du marché illicite du tabac, passé d’un trafic diffus à une économie parallèle organisée.
