Alors qu’une troisième vague de chaleur touche la ville depuis le début de l’année, Dijon Avenir demande à la municipalité de renforcer rapidement les mesures de protection de la population. Après avoir recueilli la parole de plusieurs dizaines d’habitants, le mouvement doit remettre une lettre ouverte aux climatologues réunis ce mercredi 8 juillet à Dijon.
La tenue à Dijon d’un colloque de l’Association internationale de climatologie prend une dimension particulière en pleine période de fortes chaleurs. Ce mercredi 8 juillet, une délégation de scientifiques travaillant sur le changement climatique, ses impacts et les risques encourus à l’échelle des territoires doit être reçue par la maire de Dijon, Nathalie Koenders.
Dijon Avenir entend profiter de cette rencontre pour porter les préoccupations exprimées par des habitants confrontés aux épisodes caniculaires répétés. Le mouvement citoyen annonce qu’il ira à la rencontre des climatologues à 18 h 30 afin de leur remettre une lettre ouverte destinée à la maire et de leur demander d’alerter clairement la municipalité sur les conséquences attendues des vagues de chaleur en milieu urbain.
L’initiative intervient, selon Dijon Avenir, au début de la troisième canicule de l’année. Le mouvement estime que les connaissances scientifiques doivent être complétées par les témoignages de celles et ceux qui vivent quotidiennement les conséquences de la chaleur dans leur logement, leur quartier, leurs déplacements ou sur leur lieu de travail.
Des habitants invités à raconter leur quotidien pendant la canicule
Ces derniers jours, Dijon Avenir a organisé deux « cercles de parole » réunissant plusieurs dizaines de personnes. L’objectif était de permettre aux participants de décrire les difficultés rencontrées pendant les fortes chaleurs, mais aussi d’imaginer collectivement des réponses à l’échelle de la ville.
Les échanges ont notamment porté sur l’inconfort dans les logements, l’impossibilité de récupérer pendant la nuit, le manque d’ombre dans certains quartiers et les difficultés à trouver un endroit accessible pour se mettre au frais. Pour Dijon Avenir, ces récits montrent que la canicule ne constitue plus un événement exceptionnel, mais une réalité durable à laquelle la ville doit adapter ses espaces publics et ses services.
Le mouvement critique également les choix d’aménagement qui, selon lui, continuent de favoriser la densification et l’artificialisation des sols. Il considère que la poursuite de certains projets immobiliers risque d’accentuer le phénomène d’îlot de chaleur urbain, particulièrement sensible dans les secteurs très minéralisés où la végétation est peu présente.
Dans sa lettre ouverte, Dijon Avenir demande donc à la municipalité de mieux prendre en compte l’expérience des habitants dans la préparation des politiques publiques. L’organisation souhaite que les dispositifs ne soient pas uniquement pensés comme des réponses d’urgence, mais comme les éléments d’une transformation durable de la ville.
Des lieux de rafraîchissement dans chaque quartier
Parmi les demandes les plus fréquemment formulées lors des cercles de parole figure la création de lieux de rafraîchissement accessibles dans chaque micro-quartier de Dijon. Les participants souhaitent pouvoir rejoindre facilement un espace frais sans avoir à traverser toute la ville, notamment lorsqu’ils sont âgés, malades, isolés ou peu mobiles.
Dijon Avenir insiste sur la nécessité de proposer de véritables lieux d’accueil. Il ne s’agirait pas seulement d’ouvrir ponctuellement des bâtiments climatisés ou de mettre à disposition quelques sièges dans un équipement culturel. Les habitants réclament, selon le mouvement, des espaces où il serait possible de rester plusieurs heures, de s’allonger et de faire une sieste afin de récupérer après une nuit difficile.
Cette question est particulièrement importante pour les personnes vivant dans des logements mal isolés ou situés sous les toits. Pendant une canicule, la température intérieure peut rester élevée jusque tard dans la nuit. L’absence de repos aggrave alors la fatigue et augmente la vulnérabilité de certains publics.
Le mouvement demande donc à la mairie de constituer un réseau clairement identifiable de lieux frais, répartis sur l’ensemble du territoire dijonnais et ouverts pendant les périodes les plus critiques.
L’accès à l’eau au cœur des préoccupations
Le manque d’accès à l’eau potable est également revenu de manière récurrente dans les témoignages. Les participants aux cercles de parole ont regretté l’absence ou l’insuffisance de fontaines dans certains secteurs de Dijon.
Dijon Avenir demande l’installation de nouveaux points d’eau gratuits, accessibles et correctement entretenus. Dans un contexte de fortes chaleurs, le mouvement estime que la possibilité de remplir une gourde ou de se rafraîchir doit être considérée comme un service essentiel.
Certains habitants ont aussi évoqué le souhait de pouvoir utiliser davantage les fontaines urbaines pour se rafraîchir, ainsi que la possibilité de rendre le port du Canal baignable. Cette dernière proposition supposerait toutefois des études sur la qualité de l’eau, la sécurité, les équipements nécessaires et les conditions de surveillance.
Au-delà de ces projets, Dijon Avenir souhaite que l’eau retrouve une place plus importante dans l’aménagement de l’espace public. La présence de points d’eau, de zones ombragées et de sols moins imperméables pourrait, selon le mouvement, contribuer à rendre la ville plus supportable pendant les épisodes de chaleur extrême.
Des inquiétudes concernant les arbres récemment plantés
La végétalisation constitue un autre sujet majeur de la lettre ouverte. Plusieurs participants auraient signalé le dépérissement d’arbres plantés récemment dans différents secteurs de la ville. Ils estiment que certains jeunes arbres ne sont pas suffisamment arrosés pour résister à la sécheresse et aux températures élevées.
Dijon Avenir déplore que des plantations réalisées pour améliorer le cadre de vie puissent mourir faute d’entretien adapté. Le mouvement demande que les arbres existants soient protégés et que les nouvelles plantations bénéficient d’un suivi régulier, particulièrement pendant leurs premières années.
La présence d’arbres matures permet de créer de l’ombre et de réduire localement la température ressentie. Mais leur développement nécessite du temps. Pour le mouvement citoyen, la priorité ne doit donc pas seulement être de communiquer sur le nombre d’arbres plantés, mais de garantir leur survie et leur croissance sur le long terme.
Un appel direct aux scientifiques réunis à Dijon
En remettant sa lettre ouverte aux membres de l’Association internationale de climatologie, Dijon Avenir cherche à obtenir le soutien de scientifiques capables de présenter à la municipalité les conséquences possibles du réchauffement climatique à l’échelle locale.
Le mouvement appelle les climatologues à expliquer à la maire « l’extrême gravité » des impacts que pourraient provoquer des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Il évoque notamment la possibilité que Dijon connaisse, à l’avenir, des températures proches de 50 °C.
Cette affirmation est présentée par Dijon Avenir comme un avertissement destiné à provoquer une prise de conscience politique. Le communiqué ne fournit toutefois pas d’étude précise permettant de dater un tel scénario. Il appartiendra aux climatologues réunis à Dijon d’apporter les données, les projections et les nuances scientifiques nécessaires sur l’évolution possible des températures dans la région.
L’organisation considère néanmoins que les politiques d’adaptation doivent être engagées sans attendre que de tels niveaux soient effectivement atteints. Elle demande à la municipalité de revoir l’aménagement des rues, la place de la voiture, la protection des sols, la végétalisation, l’accès à l’eau et l’organisation des services publics en période de canicule.
Dijon Avenir veut documenter les effets de la chaleur tout l’été
Le mouvement annonce qu’il poursuivra son travail au cours de l’été. Ses membres souhaitent documenter ce qu’ils qualifient de « maladaptation » de la ville, en conservant des témoignages et des preuves des effets de la chaleur sur les habitants, les animaux et la végétation.
Dijon Avenir entend également rappeler que l’adaptation ne peut pas remplacer les efforts destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon l’organisation, la multiplication des dispositifs de rafraîchissement restera insuffisante si les politiques publiques ne s’attaquent pas simultanément aux causes du changement climatique.
Le mouvement défend une transformation plus large de Dijon à l’horizon 2050. Son projet repose sur une économie présentée comme plus sobre, relocalisée, circulaire et régénérative. Il appelle à une « bifurcation vers la post-croissance » et refuse que le développement de la ville continue, selon ses termes, « à être un poids pour le reste du monde ».
À travers cette lettre ouverte, Dijon Avenir souhaite ainsi transformer les témoignages recueillis pendant les canicules en revendications politiques
