La caricature publiée par Ritchie’s Diner au lendemain de la mort de François Patriat a provoqué une vague d’indignation. Le dessin détourne directement les circonstances de l’accident de vélo qui a coûté la vie au sénateur de Côte-d’Or. Mais derrière cette publication, une question se pose : s’agit-il encore d’humour, ou simplement d’une nouvelle provocation destinée à faire parler ?
François Patriat est mort le 19 août 2026, à l’âge de 83 ans, des suites d’un grave accident de vélo survenu un mois plus tôt. Quelques heures après l’annonce de son décès, la page Facebook de Ritchie’s Diner publie ce qu’elle présente comme un « hommage ». Le dessin montre un personnage ailé ressemblant au sénateur, tandis qu’une voiture apparaît au milieu de vélos renversés. Au-dessus, cette formule : « Les voies cyclables sont impénétrables », complétée par un « ou presque ».

Le ressort du dessin ne laisse guère de place au doute : il repose précisément sur les circonstances du décès. C’est ce qui a immédiatement choqué de nombreux internautes. Sous la publication, les réactions parlent d’« indignité », d’« irrespect », d’une publication « à vomir » ou simplement « déplacée ». L’un des commentaires résume le malaise : « Ce n’est pas la première fois. »
Et c’est bien là que le problème dépasse cette seule caricature.
En février 2025 déjà, Ritchie’s Diner s’était fait remarquer avec une annonce de recrutement volontairement provocatrice. Le texte visait notamment les bénéficiaires d’aides sociales, les personnes fréquentant les banques alimentaires, celles prenant des antidépresseurs ou encore les électeurs de La France insoumise. Interrogé à l’époque, le patron assumait cette communication au nom de l’humour et se félicitait surtout de son efficacité sur Facebook, avec plusieurs centaines de partages en quelques heures.
Autrement dit, la recette est connue : provoquer, faire réagir, faire circuler.
Il serait trop simple aujourd’hui de présenter cette nouvelle publication comme une simple maladresse. Quand la provocation devient répétitive, assumée et utilisée comme moyen de visibilité, elle cesse d’être un accident de communication. Elle devient une méthode.
Le problème, cette fois, est que cette méthode s’applique à la mort récente d’un homme.
François Patriat était un responsable politique. Son parcours pouvait être critiqué, son bilan caricaturé, ses choix attaqués. Il y avait matière à satire politique. Mais ce n’est pas son action publique qui est visée ici. C’est l’accident qui lui a coûté la vie.
Et c’est précisément ce qui rend la publication si pauvre.
Il ne faut pas beaucoup d’audace pour faire rire sur un mort qui ne peut plus répondre. Il ne faut pas beaucoup de talent non plus pour provoquer une famille, des proches ou des habitants encore sous le choc d’une disparition. Ce n’est pas de l’impertinence. C’est surtout de la facilité.
Ritchie’s Diner a évidemment le droit de publier ce qu’il veut dans les limites de la loi. Mais la liberté d’expression n’est pas un bouclier contre la critique. Celui qui choisit publiquement la provocation doit aussi accepter que le public juge ce choix, surtout lorsqu’il franchit une limite aussi évidente de décence.
Le patron de l’établissement ne peut pas vouloir les bénéfices du scandale sans assumer ce que le scandale dit de sa communication. À force de rechercher le buzz par le mauvais goût, il finit par donner l’impression que tout est bon pour attirer l’attention, même la mort d’un homme survenue la veille.
C’est là que cette affaire devient réellement dérangeante.
Parce qu’au fond, la question n’est même plus de savoir si cette caricature est drôle. Elle ne l’est manifestement pas pour une large partie du public.
La vraie question est plus simple : jusqu’où faut-il être prêt à aller pour faire parler de son restaurant ?
Cette fois, Ritchie’s Diner a réussi à faire parler de lui. Mais pas pour les bonnes raisons : à force de chercher le buzz, il ne lui reste que le bruit et la honte.
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