À Fontaine-d’Ouche, plusieurs habitants du 16 avenue Édouard-Belin dénoncent une forte dégradation de leurs conditions de vie depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Nuisances nocturnes, occupations des parties communes, tags, dégradations et présence de bonbonnes de protoxyde d’azote : plusieurs locataires confirment une situation devenue, selon eux, difficilement supportable. L’une d’entre eux a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles. Nous nous sommes rendus sur place dimanche matin.
Au 16 avenue Édouard-Belin, dans le quartier de Fontaine-d’Ouche à Dijon, plusieurs locataires disent vivre au rythme des nuisances, des dégradations et des occupations répétées des parties communes. Plusieurs habitants rencontrés ou contactés confirment que les difficultés ne sont pas nouvelles et qu’elles se seraient aggravées ces dernières semaines.
L’une des locataires, qui vit dans l’immeuble depuis plusieurs années, a accepté de raconter son quotidien à condition que son identité ne soit pas révélée.
« Quand je suis arrivée, les premières années étaient calmes. Des voisins me disaient à l’époque : “C’est calme pour le moment parce qu’ils sont en prison.” Puis les problèmes ont commencé », raconte-t-elle.
Selon elle, la situation s’est progressivement dégradée. D’autres habitants de la résidence confirment eux aussi subir régulièrement du bruit, des rassemblements et des dégradations dans les espaces communs.
« Depuis plusieurs nuits, nous ne dormons plus »
Les nuisances nocturnes sont aujourd’hui au cœur des préoccupations des habitants. Plusieurs locataires expliquent que des groupes investiraient régulièrement le rez-de-chaussée de l’immeuble, parfois jusqu’au petit matin. « Depuis plusieurs nuits, nous ne dormons plus. Ils prennent possession du rez-de-chaussée. Il y a de la musique, ils parlent très fort, crient, font le cri du loup. Ça peut durer jusqu’à 7 heures du matin », témoigne la locataire.
Elle affirme également avoir constaté une consommation de protoxyde d’azote à l’aide de ballons. D’autres résidents confirment avoir entendu à plusieurs reprises des nuisances importantes pendant la nuit et disent être fatigués par la répétition de ces épisodes.
Dimanche matin, lors de notre passage dans l’immeuble, de nombreuses dégradations étaient visibles dans les parties communes. Plusieurs plafonds et murs étaient recouverts de mots, chiffres, symboles et séries de points noirs. Certains luminaires portaient également d’importantes traces noires.

Des parties communes récemment rénovées
La situation est d’autant plus mal vécue par les habitants que l’immeuble aurait récemment fait l’objet de travaux. Selon les locataires, Grand Dijon Habitat a réalisé plusieurs rénovations en 2023 et 2024, notamment dans les appartements et les parties communes.
Les peintures, les luminaires et les boîtes aux lettres auraient notamment été rénovés. « Tout avait été refait. Mais très rapidement, les murs ont de nouveau été salis et dessinés. On retrouvait des mégots, des emballages de fast-food, des cartons de pizzas », explique la locataire.
Elle raconte également qu’un voisin avait décidé, plusieurs mois auparavant, de repeindre lui-même une partie du rez-de-chaussée avec son propre argent. Des accès aux caves auraient également été condamnés afin d’empêcher leur occupation. Mais selon plusieurs habitants, ces protections auraient été forcées peu de temps après.
« Les plaques qui condamnaient les caves ont été arrachées. Les caves ont recommencé à être occupées. Il y avait des déchets, du vomi, des traces de consommation », affirme la locataire.
Plus récemment, le bailleur aurait installé des portes sécurisées et procédé à une nouvelle remise en peinture des parties communes. Malgré cela, les dégradations ont rapidement réapparu.
Plusieurs appels à la police au cours de la même nuit
La nuit précédant notre venue aurait été particulièrement éprouvante. À bout, la locataire explique avoir appelé la police une première fois à 4 h 29, dans la nuit de samedi à dimanche.
« J’ai expliqué toute la situation : la musique, les hurlements, les cris et les ballons avec le gaz hilarant. Le policier m’a dit qu’il envoyait des collègues », raconte-t-elle.
Peu après, les personnes présentes dans l’immeuble auraient quitté les lieux.
Mais l’accalmie n’aurait duré qu’une vingtaine de minutes. « Ils sont revenus et tout a recommencé : la musique, les cris, le bruit et les ballons », poursuit-elle. À 5 h 46, elle affirme avoir rappelé les forces de l’ordre.
« J’ai eu la même personne. Je lui ai expliqué qu’ils n’étaient partis que quelques minutes et que c’était à nouveau infernal. Il m’a dit qu’il envoyait ses collègues. Mais personne n’est venu », assure-t-elle. Plusieurs voisins confirment avoir été réveillés ou dérangés cette nuit-là par les nuisances.
Des bonbonnes retrouvées dans un local
Vers 9 h 30, ce dimanche 23 août 2026, en descendant dans les parties communes, plusieurs habitants disent avoir découvert de nouveaux tags ainsi que différents objets entreposés dans un espace situé au rez-de-chaussée. Les photographies réalisées sur place montrent plusieurs grandes bonbonnes noires, certaines portant la marque « FastGas », ainsi que des cartons, des chaussures et différents déchets.
Une bombe de peinture noire a également été retrouvée dans un local. Selon les habitants, certaines de ces bonbonnes auraient servi à la consommation de protoxyde d’azote.
Leur présence ne permet cependant pas, à elle seule, d’identifier leurs utilisateurs ni de déterminer dans quelles circonstances elles ont été utilisées.
À 10 h 05, la locataire explique avoir rappelé la police. « J’ai expliqué ce qui s’était passé pendant la nuit. J’ai demandé s’ils pouvaient venir constater les dégâts et faire retirer les bonbonnes. On m’a répondu qu’il fallait voir cela avec le bailleur », raconte-t-elle.
Une réponse qui suscite l’incompréhension de plusieurs locataires. Selon eux, Grand Dijon Habitat leur demanderait justement de prévenir les forces de l’ordre lorsqu’ils constatent des troubles ou des comportements inquiétants.
« On nous demande de signaler, mais nous avons l’impression que rien ne change »
Plusieurs habitants disent désormais ressentir un profond sentiment d’abandon. Selon leurs témoignages, le bailleur leur demanderait de signaler les incidents par téléphone mais également par courrier.
« On nous demande parfois d’envoyer des recommandés. Mais un recommandé, c’est cher. Et certains locataires ne savent pas forcément bien écrire le français, même s’ils font l’effort de signaler les problèmes par téléphone », explique la locataire.
Elle assure que de nombreux signalements ont déjà été effectués.
D’autres habitants confirment avoir eux aussi alerté à plusieurs reprises sur la situation de l’immeuble. « On appelle, on signale, on explique ce qui se passe. Mais nous avons le sentiment que les problèmes reviennent toujours », résume un locataire.
Incendies, squats et agressions également évoqués
Les habitants interrogés assurent que les difficultés rencontrées dans l’immeuble ne se limitent pas aux nuisances nocturnes et aux tags. Plusieurs locataires évoquent des incendies survenus par le passé, des occupations de caves, des dégradations et des trafics présumés de stupéfiants.
La locataire ayant accepté de témoigner affirme également que plusieurs habitants auraient déjà été victimes d’agressions verbales ou physiques, parfois avec des armes blanches. Elle évoque aussi le squat prolongé d’un appartement de l’immeuble, dans lequel des faits particulièrement graves auraient pu se produire.
Ces accusations n’ont pas pu être vérifiées indépendamment au moment de la rédaction de cet article. Elles sont donc rapportées comme les déclarations de plusieurs habitants et ne peuvent être présentées comme des faits judiciairement établis.
Des locataires qui disent avoir peur
Au-delà des dégradations, c’est également un climat de peur que décrivent plusieurs habitants. Certains préfèrent ne pas donner leur nom, craignant d’être reconnus ou de subir des représailles.
« On ne veut pas de problèmes. On veut simplement pouvoir rentrer chez nous, dormir et vivre normalement », explique la locataire.
Dimanche matin, les traces laissées dans les parties communes étaient encore nombreuses : plafonds couverts de tags, luminaires noircis, inscriptions sur les murs, cartons et bonbonnes entreposés dans un local.
Pour les habitants, ces images sont le symbole d’un problème qui dure. « Nous sommes fatigués. Nous voulons simplement que quelqu’un prenne enfin la situation au sérieux », conclut la locataire.
Grand Dijon Habitat est bien informé de la situation sur place et a déjà engagé plusieurs interventions dans l’immeuble. Mais le bailleur social ne peut se substituer aux forces de l’ordre. Il revient désormais aux services de police de faire respecter la loi, de répondre aux signalements répétés des habitants et de mettre un terme à une situation qui, selon plusieurs locataires, n’a que trop duré.










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