Il y avait forcément un peu plus d’émotion qu’ailleurs, ce mardi 1er septembre, dans la cour du collège Champollion. Des cartables neufs, des élèves de sixième parfois intimidés, des parents encore présents à proximité et les traditionnelles interrogations d’un jour de rentrée. Mais cette année, derrière les sourires et les discours de bienvenue, chacun avait aussi en mémoire les images du mois de décembre. Huit mois après l’incendie criminel qui avait lourdement endommagé une partie de l’établissement du quartier des Grésilles, les élèves ont enfin retrouvé un collège entièrement rénové.
Le symbole était suffisamment fort pour réunir autour de la principale Catherine Cloâtre plusieurs représentants des institutions qui avaient accompagné l’établissement depuis le sinistre : François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d’Or, Mathilde Gollety, rectrice de l’académie de Dijon, Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d’Or, mais aussi des élus et des représentants de l’Éducation nationale.
Le 13 décembre 2025, au petit matin, l’établissement avait été frappé par un incendie criminel. Les dégâts avaient été importants dans l’un des bâtiments. Très rapidement, l’hypothèse accidentelle avait été écartée. Cinq personnes avaient finalement été interpellées en janvier dans le cadre de l’enquête. Les autorités avaient alors relié l’incendie aux actions menées contre le trafic de stupéfiants dans le quartier des Grésilles.
Pour près de 500 élèves, il avait fallu réorganiser en urgence plusieurs mois de scolarité. Dès le 5 janvier, les élèves de sixième, cinquième et quatrième avaient pu revenir à Champollion, en utilisant les bâtiments préservés et des locaux modulaires installés dans l’établissement. Les classes de troisième avaient, elles, été accueillies au lycée Gustave-Eiffel. Dès les premières semaines, une promesse avait néanmoins été formulée : tout le monde serait de retour à Champollion en septembre 2026. Ce mardi matin, cette promesse est devenue réalité.

« Oui, nous sommes prêts »
Face aux nouveaux élèves de sixième, Catherine Cloâtre n’a pas caché son émotion. La principale du collège a commencé par rappeler à quel point, quelques mois auparavant, une rentrée dans des conditions normales semblait encore difficile à imaginer.
« C’est avec beaucoup d’émotion et une grande joie que je vous accueille aujourd’hui pour la rentrée des nouveaux élèves de sixième au collège Champollion », a-t-elle lancé.
Puis elle est revenue sur cette nuit du 13 décembre et sur les nombreuses interrogations qui avaient immédiatement suivi : le collège pourrait-il vraiment rouvrir en septembre ? Tous les élèves pourraient-ils revenir ? Les travaux pourraient-ils être terminés dans les délais ?
Sa réponse, ce mardi, a tenu en quelques mots : « Oui, nous sommes prêts. Oui, l’année peut commencer dans de très bonnes conditions. Oui, tous les élèves pourront être accueillis ensemble au sein du collège. Le défi était immense. Nous l’avons relevé. »
Un défi rendu possible, selon elle, par une mobilisation qui avait commencé « dès les toutes premières heures après le drame ». La direction du collège avait alors reçu le soutien de l’Éducation nationale, du Département de la Côte-d’Or, de la préfecture, de la Ville de Dijon, mais également d’autres partenaires publics et privés.
Durant les mois qui ont suivi, ces soutiens ont permis de maintenir la scolarité, d’organiser la présence des élèves sur plusieurs sites et surtout de mener parallèlement la reconstruction.
« Je n’ai en ce moment qu’un mot en tête. Il est tout simple, mais il est lui aussi très puissant. C’est le mot merci », a résumé la principale.
Elle a notamment salué l’engagement du Département, « qui a mis en œuvre tous les moyens possibles pour que les travaux soient réalisés à temps et que les salles soient rééquipées à neuf », mais également celui des entreprises mobilisées pendant plusieurs mois.

« Le résultat est magnifique », a-t-elle estimé, évoquant un bâtiment transformé pendant huit mois en véritable « ruche active ». Selon les chiffres communiqués avant la rentrée, la réhabilitation représente finalement environ 1,4 million d’euros. Les travaux se sont achevés à la fin du mois de juillet avant l’installation du mobilier et les derniers aménagements au mois d’août.
Pour Catherine Cloâtre, cette réouverture complète n’est donc pas un miracle. « Il n’y a là aucune magie. Il y a du travail et de la volonté. Nous avons pu expérimenter la force de l’engagement collectif et de la solidarité républicaine autour du drame qui nous a frappés. Grâce à elle, nous sommes restés debout dans l’adversité. »
François Sauvadet : « Engagement pris, engagement tenu »
Cette idée de promesse tenue a également constitué le fil rouge de l’intervention de François Sauvadet. Le président du conseil départemental s’est souvenu du matin où les autorités avaient découvert l’ampleur des dégâts et de l’inquiétude qui s’était immédiatement propagée parmi les familles, les élèves et les enseignants.
« Beaucoup d’émotions chez les parents, chez les enfants, dans la communauté enseignante, dans la communauté éducative : se dire “comment on fait ?” », a-t-il raconté.
Dès les premiers jours, une partie du collège pouvant encore être utilisée, les institutions avaient cherché à remettre en fonctionnement tout ce qui pouvait l’être, tout en recherchant des solutions pour les élèves qui ne pouvaient plus être accueillis normalement.
François Sauvadet se souvient surtout d’un engagement pris devant plusieurs parents rencontrés à l’entrée de l’établissement.
« J’avais dit : ce collège rouvrira. Non seulement on ne le fermera pas, mais on va le rouvrir et on va le refaire à la rentrée de septembre. Engagement pris, engagement tenu. »
Ce mardi matin, alors que les élèves ont pénétré dans les salles réaménagées, le président du Département a donc longuement remercié les services départementaux, les entreprises, les personnels de l’établissement ainsi que l’ensemble des partenaires qui ont permis de respecter le calendrier.
L’objectif avait été fixé dès l’hiver : une réouverture complète pour septembre. Au début de l’année 2026, le Département évaluait encore le chantier entre 1,5 et 2 millions d’euros et assurait déjà que le calendrier serait tenu.
Pour François Sauvadet, cette rentrée avait aussi quelque chose de personnel et d’émouvant. Face aux nouveaux sixièmes, il a tenté de dédramatiser cette première journée au collège.
« Il y en a qui sont un peu stressés, plus ou moins stressés, en se disant : c’est une nouvelle étape. C’est vrai que la sixième, ça change. On rentre dans la cour des grands. »
Il leur a rappelé le rôle du Département dans la vie quotidienne d’un collège, depuis l’entretien des bâtiments jusqu’à la restauration scolaire, en passant par le mobilier et les équipements.
Avec une anecdote qui a provoqué quelques sourires, il a raconté avoir discuté avec un jeune lui assurant qu’il « mange mieux qu’à la maison ».
Au-delà de la plaisanterie, François Sauvadet a insisté sur la restauration comme temps d’éducation, de découverte du goût et de lutte contre le gaspillage. Il a également rappelé la volonté du Département de faire travailler les producteurs locaux, affirmant qu’une part importante des produits utilisés dans les cuisines des collèges provient de Côte-d’Or.

« Vous apprenez d’abord pour vous-mêmes »
Mais devant ces élèves effectuant leurs premiers pas dans le secondaire, François Sauvadet a surtout voulu parler d’école. Chaque nouvel élève devait recevoir un dictionnaire offert par le Département. Un objet presque symbolique à l’heure du numérique, mais auquel le président du conseil départemental a souhaité donner tout son sens.
« Utilisez-le. C’est important de rechercher chaque fois le sens d’un mot », leur a-t-il conseillé.
Puis, s’adressant directement aux collégiens, il leur a demandé de ne pas considérer les apprentissages comme une simple obligation imposée par les adultes.
« Vous ne le faites pas simplement pour faire plaisir à vos parents. Vous le faites pour vous-mêmes, pour vous donner la clé de la liberté, c’est-à-dire du choix de ce que vous voudrez être demain. »
Apprendre son histoire, maîtriser les savoirs fondamentaux et comprendre les mots permettent, selon lui, « de regarder son futur avec beaucoup plus de sérénité ».
François Sauvadet a également tenu à rendre hommage aux agents départementaux et surtout aux enseignants.
« On leur demande beaucoup, on est parfois exigeants », a-t-il reconnu, avant d’estimer qu’ils remplissaient « la mission la plus belle » : permettre aux jeunes de devenir des adultes « heureux » et « épanouis ».
Et lorsqu’il a fallu conclure, l’émotion était encore perceptible : « Je suis particulièrement heureux, et un peu ému, vous le voyez, de faire cette rentrée ici à Champollion. »
Mathilde Gollety : « Un collège debout, accueillant et rénové »
Quelques instants plus tard, Mathilde Gollety a elle aussi choisi de partir des émotions des élèves. Pour les sixièmes, cette journée était déjà particulière en elle-même : premiers pas dans un nouvel établissement, découverte des professeurs, d’un nouvel emploi du temps et de nouvelles habitudes.
« Parfois la nuit a été un peu agitée. Vous êtes un peu anxieux, vous êtes aussi impatients », leur a lancé la rectrice. Mais à Champollion, cette première rentrée au collège possède une dimension supplémentaire.
« L’année dernière, il s’est passé un drame dans ce collège qui a lourdement endommagé les locaux et marqué les esprits. Et pourtant, ce matin, en franchissant le portail de votre collège, qu’est-ce que vous avez vu ? Un collège debout, accueillant et rénové. » Comme Catherine Cloâtre avant elle, Mathilde Gollety a insisté sur la mobilisation collective ayant permis ce retour à la normale.
État, académie, préfecture, Département, Région, Ville de Dijon : « ce n’est pas de la magie », a-t-elle souligné, mais le résultat « d’un formidable élan de solidarité républicaine ».
Elle a notamment rappelé le rôle du lycée Eiffel, qui avait ouvert ses portes aux classes de troisième, ainsi que celui de la municipalité qui avait mis certains équipements à disposition. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, s’était lui-même rendu à plusieurs reprises auprès de la communauté éducative, notamment en décembre puis en février, lorsque les cours avaient repris dans les espaces préservés et les bâtiments modulaires.
S’adressant directement à François Sauvadet, la rectrice a également salué la rapidité du chantier : « C’était une gageure quand même, en quelques mois, de remonter, de réhabiliter ce collège. Vous avez réalisé cela avec une conviction incroyable et la promesse pour laquelle nous nous étions engagés tous le lendemain de cet incendie, grâce à vous, a pu être tenue. »

Après le traumatisme, « écrire une nouvelle page »
Mathilde Gollety a aussi tenu à s’adresser particulièrement à ceux qui ont vécu de l’intérieur les mois ayant suivi l’incendie : personnels de direction, enseignants, agents et personnels administratifs.
« Nous savons ce que vous avez vécu, nous ne vous oublierons pas et, en même temps, nous écrivons avec vous une nouvelle page de notre histoire maintenant », leur a-t-elle déclaré.
Une forme de résilience qui, selon elle, ne s’est pas seulement exprimée dans la reconstruction des murs.
Malgré le chantier, les équipes et les élèves avaient continué à monter des projets culturels. La rectrice a notamment cité le projet « Palissade », qui avait permis de transformer les clôtures du chantier en galerie d’art éphémère, mais aussi une résidence d’écriture menée avec l’autrice Marjorie Fabre ou encore un projet de linogravure.
Une manière, au fond, de continuer à faire vivre le collège alors même qu’une partie de celui-ci était inaccessible.
Pour l’année qui commence, Mathilde Gollety a résumé les priorités de l’Éducation nationale en deux verbes : « instruire » et « protéger ».
« Instruire avec exigence » pour permettre aux élèves de devenir des citoyens éclairés, mais également protéger, car « un élève qui a peur ne peut pas bien apprendre et un enseignant qui ne se sent pas soutenu ne peut pas bien enseigner ».
« Instruire avec exigence, protéger avec constance : c’est ça qui vous attend, c’est ça qui nous attend pour cette rentrée. »
Pour la préfecture, « c’est la République qui a été attaquée »
Le ton est devenu plus grave lorsque Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d’Or, a pris la parole. Dès ses premières phrases, il a tenu à revenir sur la nature de l’incendie. « En décembre dernier, c’est la République qui a été attaquée, ce sont nos valeurs qui ont été attaquées », a-t-il déclaré.
Il a écarté toute ambiguïté sur l’origine du sinistre, rappelant que le bâtiment était correctement entretenu : « Pas un problème technique, pas un problème de maintenance, mais un problème d’origine criminelle. »
Les éléments rendus publics par les autorités après l’incendie avaient effectivement rapidement privilégié la piste criminelle. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait alors évoqué de possibles représailles en réaction aux opérations menées contre les réseaux de stupéfiants aux Grésilles. En janvier, cinq suspects, dont quatre mineurs, avaient été interpellés.
Ce mardi, Denis Bruel a confirmé que « les auteurs ont été arrêtés », tout en rappelant que la justice devait désormais poursuivre son travail.
Le représentant de l’État a également assuré que la lutte contre les trafics continuerait « de manière très déterminée ». « La République doit être partout chez elle », a-t-il insisté, avant de remercier pompiers, forces de sécurité et enquêteurs.

« Sans l’action du conseil départemental, nous ne serions pas là aujourd’hui »
Après ces mots particulièrement fermes, Denis Bruel a lui aussi voulu souligner l’importance de la réponse apportée après l’incendie. Une réponse institutionnelle, mais surtout une réponse par l’école : reconstruire, maintenir les enseignements et faire revenir les élèves.
Le secrétaire général de la préfecture a adressé des remerciements appuyés au conseil départemental. « Sans l’action du conseil départemental, nous ne serions pas là aujourd’hui », a-t-il affirmé.
Il a également salué la Région, le lycée Eiffel, la Ville et la Métropole de Dijon, estimant que chacun avait « pris ses responsabilités ». Mais ses mots les plus personnels ont probablement été destinés aux équipes du collège.
Lors des déplacements des ministres qui avaient suivi l’incendie, se souvient-il, il avait ressenti chez les enseignants « une sorte de peine », mais aussi une volonté très forte de reconstruire. Le message des personnels était alors limpide : « Nous, on croit à l’avenir de Champollion. »
« Ils ont eu raison de croire en cet avenir puisque nous sommes là aujourd’hui », a répondu Denis Bruel huit mois plus tard.
Le stress d’une première rentrée
Et comme les autres intervenants avant lui, le représentant de l’État a finalement abandonné pendant quelques instants le registre institutionnel pour s’adresser aux enfants. Il leur a raconté une anecdote familiale : son propre fils effectuait lui aussi sa rentrée en sixième ce mardi.
Au téléphone le matin même, son épouse lui avait raconté que l’enfant s’était réveillé en pleine nuit, inquiet : « J’ai un peu la trouille parce que demain c’est la rentrée en sixième. »
Une confidence qui a immédiatement rapproché son discours de ce que pouvaient ressentir les élèves face à lui. « J’imagine votre stress aux uns et aux autres », leur a-t-il lancé. Puis il leur a répété les mots adressés quelques heures auparavant à son propre enfant.
« C’est votre avenir, c’est votre chance. Vous avez la chance de vivre dans un très beau pays, la France, qui donne la possibilité à tous ses enfants de faire des études. »
« L’avenir est devant vous. C’est vous qui allez bâtir votre vie privée, votre vie future, votre vie d’adulte, votre vie de citoyen. Donnez-vous tous les moyens. »
Et de conclure : « Vous êtes les adultes de demain. C’est vous qui demain prendrez les décisions à notre place. Donc formez-vous pour ça et soyez heureux à l’école. »
Des murs reconstruits, mais surtout une communauté réunie
À Champollion, la rentrée du 1er septembre 2026 restera donc longtemps différente des autres. Bien sûr, les salles ont été refaites. Du mobilier neuf a été installé. Les traces du sinistre ont en grande partie disparu. Les bâtiments modulaires ne sont plus la solution autour de laquelle il faut organiser la vie scolaire. Les élèves de troisième peuvent eux aussi retrouver leur établissement.
Mais au fil des prises de parole, ce sont finalement moins les murs reconstruits que la communauté réunie qui ont été célébrés. Huit mois plus tôt, l’incendie avait frappé un lieu destiné aux enfants et à l’éducation. Le matin du 13 décembre, beaucoup s’étaient demandé combien de temps il faudrait avant de retrouver une situation normale.
Le 5 janvier, une première étape avait été franchie avec la reprise des cours pour une grande partie des collégiens. Ce 1er septembre, le retour de tous les élèves marque la seconde.
Dans l’ensemble de la Côte-d’Or, environ 23 000 collégiens effectuent cette semaine leur rentrée dans 54 établissements. Le Département annonce près de 17 millions d’euros consacrés cette année à l’entretien, à la rénovation et à l’équipement de ses collèges. Mais aucun autre établissement ne concentrait sans doute autant de symboles ce matin.
À Champollion, le bruit des travaux a laissé place aux conversations dans les couloirs, aux consignes des professeurs et aux premiers emplois du temps.
Pour les nouveaux sixièmes, ce mardi restera d’abord le souvenir d’une première journée au collège.
Pour les élèves déjà présents l’année dernière, les enseignants et les personnels, il signifie davantage : après l’incendie, les bâtiments provisoires, les classes déplacées et huit mois de chantier, Champollion est de nouveau pleinement leur collège.
En images : le collège Champollion retrouve ses élèves après l’incendie
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