Née en 1976 autour de cinq communes, Dijon métropole fête en 2026 un demi-siècle de coopération intercommunale. Transports, déchets, eau, énergie, développement économique, grands équipements, alimentation, santé ou gestion de l’espace public : en cinquante ans, l’institution a progressivement étendu son champ d’action jusqu’à devenir l’un des acteurs centraux de la vie quotidienne de 265 000 habitants. Un anniversaire que la collectivité veut aussi tourner vers l’avenir, avec plusieurs projets structurants, de la troisième ligne de tramway à la modernisation de l’Unité de valorisation énergétique, en passant par le futur Service express régional métropolitain.
Il suffit parfois de regarder les gestes les plus ordinaires d’une journée pour mesurer ce que représente cinquante ans de coopération intercommunale. Ouvrir un robinet au réveil. Sortir sa poubelle. Monter dans un bus ou un tramway. Déposer un enfant à l’école. Travailler dans une zone d’activités. Déjeuner à la cantine. Aller se soigner au CHU, assister à un match au stade Gaston-Gérard, nager à la piscine olympique ou terminer la soirée au Zénith. Derrière une grande partie de ces gestes, souvent accomplis sans même y penser, se trouvent aujourd’hui des infrastructures, des investissements et des services organisés à l’échelle de Dijon métropole. C’est précisément cette présence presque invisible dans la vie quotidienne que le dossier consacré au cinquantième anniversaire entend remettre au premier plan.
En 2026, Dijon métropole rassemble 23 communes et 265 000 habitants. Mais l’institution actuelle est le résultat d’une construction progressive, commencée bien avant sa transformation officielle en métropole en 2017. Pendant un demi-siècle, les communes du bassin dijonnais ont choisi de mutualiser une partie de leurs moyens pour répondre à des problématiques qui, par nature, dépassaient leurs frontières : se déplacer, gérer les déchets, organiser l’approvisionnement en eau, aménager des zones économiques ou bâtir de grands équipements. Le fil conducteur n’a finalement que peu changé : ce qu’une commune ne peut pas faire seule avec la même efficacité ou la même ampleur peut parfois être réalisé collectivement.
Avant la métropole, les premières habitudes de coopération
L’histoire ne commence pas exactement en 1976. Dès les années 1960, le développement urbain du bassin dijonnais pousse déjà certaines communes à travailler ensemble. Les modes de vie se transforment : on peut habiter dans une commune, travailler dans une autre, fréquenter un équipement situé dans une troisième. Les frontières administratives demeurent, mais les usages quotidiens commencent à les dépasser.
En 1961, Dijon et Talant coopèrent ainsi pour la création du lac Kir et des quartiers de Fontaine d’Ouche et du Belvédère. Deux ans plus tard, Dijon et Chenôve travaillent ensemble à la création d’une zone industrielle le long du boulevard Palissy. Puis, en 1966, neuf communes — Ahuy, Chenôve, Dijon, Fontaine-lès-Dijon, Longvic, Plombières-lès-Dijon, Quetigny, Saint-Apollinaire et Talant — créent le Syndicat intercommunal des services de l’agglomération dijonnaise, le SISAD. Quatre domaines sont alors organisés collectivement : les transports urbains, les ordures ménagères, le secours et la lutte contre l’incendie, ainsi que l’agence d’urbanisme.
Ces premiers rapprochements disent déjà beaucoup du territoire qui est en train de se construire. À mesure que l’agglomération s’étend et que les déplacements augmentent, certains services deviennent difficiles à concevoir commune par commune. Les déchets doivent être collectés et traités à grande échelle. Les transports doivent relier les lieux d’habitation, les emplois et les équipements. L’urbanisme d’une ville influence celui de ses voisines. Quant aux équipements lourds, leur coût et leur rayonnement dépassent souvent les capacités ou les besoins d’une seule municipalité.
En 1974, alors que ces besoins de coopération s’affirment, le principe d’une structure plus intégrée est posé. Le 1er janvier 1976, le District de l’agglomération dijonnaise entre en fonctionnement autour de cinq communes : Dijon, Ahuy, Chenôve, Plombières-lès-Dijon et Saint-Apollinaire. C’est cette naissance que Dijon métropole célèbre cinquante ans plus tard.
Cinq communes en 1976, 23 aujourd’hui
Le périmètre intercommunal va rapidement s’élargir. Dès 1978, Fontaine-lès-Dijon, Longvic, Quetigny et Talant rejoignent le District. Marsannay-la-Côte, Ouges et Perrigny-lès-Dijon suivent en 1984. Chevigny-Saint-Sauveur, Daix, Neuilly-lès-Dijon et Sennecey-lès-Dijon intègrent à leur tour l’ensemble en 1988. D’autres communes viendront compléter progressivement cette géographie métropolitaine.
L’institution elle-même change de statut à mesure que ses responsabilités prennent de l’ampleur. En 2000, le District devient communauté d’agglomération. En 2015, l’ensemble est transformé en communauté urbaine. Deux ans plus tard, en 2017, Dijon métropole est créée. Cette évolution administrative accompagne surtout une évolution très concrète des compétences et des services rendus : l’intercommunalité ne se limite progressivement plus aux déchets et aux transports. Elle intervient dans l’eau et l’assainissement, l’énergie, le développement économique, les équipements sportifs et culturels, la voirie, l’espace public ou encore certains aspects de la solidarité.
Aujourd’hui, les 23 communes appartiennent à un même ensemble, mais la philosophie revendiquée n’est pas celle d’une disparition des municipalités au profit de la métropole. Dans son propos introductif au dossier du cinquantenaire, François Rebsamen, président de Dijon métropole, insiste au contraire sur l’idée que la coopération doit permettre aux communes d’agir ensemble lorsque cela est pertinent, tout en maintenant leurs identités, leur proximité et leurs responsabilités propres.
Construire à plusieurs ce qu’une commune aurait difficilement porté seule
Cinquante ans de coopération se lisent aussi dans le paysage. Certains équipements sont devenus si familiers qu’ils semblent avoir toujours été là. Pourtant, ils témoignent directement d’une capacité d’investissement et de planification à l’échelle intercommunale.
Le Zénith, ouvert en 2005, a donné à l’agglomération une salle capable d’accueillir de grands spectacles et événements dont le public dépasse très largement le seul territoire dijonnais. Le centre de tri, mis en service en 2007, a permis d’organiser à une échelle commune le traitement des déchets recyclables issus notamment des bacs jaunes. La piscine olympique, ouverte en 2010, a renforcé une offre aquatique destinée à la fois au grand public, aux scolaires, aux clubs et à l’apprentissage de la natation.
Puis est arrivé le tramway. Les lignes T1 et T2, mises en service en 2012, ont durablement transformé les habitudes de déplacement mais aussi l’espace urbain. La LiNO, ouverte en 2014, a également modifié les conditions de circulation dans le bassin dijonnais. Le stade Gaston-Gérard, dont la modernisation s’est déroulée en plusieurs phases, illustre lui aussi cette continuité entre projets communaux et intervention intercommunale.
En 2019, OnDijon marque une autre étape. La mutualisation ne porte plus seulement sur des bâtiments ou de grandes infrastructures physiques : elle concerne désormais les données, les systèmes de pilotage et la gestion en temps réel de l’espace public. Éclairage, feux de circulation, circulation des bus, équipements urbains ou sécurité de certains bâtiments peuvent être supervisés à partir d’un poste de pilotage connecté.
Enfin, en 2023, la mise en service de la légumerie métropolitaine montre à quel point les domaines de coopération ont évolué. L’intercommunalité intervient désormais jusque dans les politiques alimentaires locales, avec l’objectif de rapprocher producteurs, restauration collective et consommateurs.
Une solidarité qui ne se limite pas aux grands équipements
La coopération métropolitaine ne se résume pourtant pas au tramway, au Zénith ou aux grandes installations industrielles. Au fil des années, l’intercommunalité a également soutenu des projets de proximité portés directement par les communes.
À l’époque du Grand Dijon, 7 millions d’euros de fonds de concours ont ainsi été consacrés à des équipements répartis sur le territoire : le Cèdre et la piscine de Chenôve, des médiathèques à Chevigny-Saint-Sauveur et Bretenière, la bibliothèque de Neuilly-Crimolois, une salle de musique à Marsannay-la-Côte ainsi que différents équipements sportifs à Talant, Fontaine-lès-Dijon, Longvic, Magny-sur-Tille, Ouges ou Sennecey-lès-Dijon. Ce mécanisme donne une traduction concrète à la solidarité intercommunale : mobiliser une capacité collective d’investissement pour accompagner des équipements dont l’utilité dépasse parfois le seul territoire de la commune qui les accueille.
L’eau : un service quotidien qui dépasse les frontières métropolitaines
Parmi les missions les moins visibles figure l’une des plus essentielles : l’eau. Ouvrir un robinet ne prend que quelques secondes. Pourtant, derrière ce geste se déploie une chaîne technique considérable : protection des sources et captages, production et traitement, stockage, canalisations, contrôles sanitaires, collecte des eaux usées et épuration avant leur retour au milieu naturel.
Depuis 2021, Odivéa assure la gestion de l’eau et de l’assainissement dans 15 des 23 communes métropolitaines. Cette organisation s’inscrit dans plusieurs décennies d’investissement, notamment à travers le programme Eauvitale. Près de 100 millions d’euros y ont été mobilisés, dont environ 60 millions d’euros pour la station d’épuration Dijon-Longvic Eauvitale.
Surtout, le service de l’eau ne s’arrête pas aux frontières de la métropole. Dijon métropole alimente environ 300 000 habitants, dont ceux de 42 communes extérieures via des conventions de fourniture. Dans le même temps, entre 2005 et 2021, alors que la population desservie augmentait de 25 000 habitants, les prélèvements annuels dans le milieu naturel ont diminué de 25 à 19,8 millions de mètres cubes.
Cette évolution constitue l’un des exemples les plus significatifs de la manière dont les politiques techniques locales sont désormais confrontées à une double exigence : répondre à une population plus importante tout en réduisant la pression sur les ressources naturelles.
Du bac à la chaleur : cinquante ans de transformation dans la gestion des déchets
La gestion des déchets appartient à l’ADN même de la coopération dijonnaise. Elle faisait partie des premières compétences mises en commun et continue, cinquante ans plus tard, de concentrer certains des investissements les plus importants de la métropole.
Chaque collecte matinale n’est que le commencement d’un parcours beaucoup plus long. Après le ramassage viennent le transport, le tri, le recyclage, la valorisation et le traitement. Les déchets recyclables peuvent rejoindre le centre de tri métropolitain ; les déchets non recyclables sont dirigés vers l’Unité de valorisation énergétique. Celle-ci traite environ 140 000 tonnes de déchets par an et prend en charge 93 % des déchets non recyclables de la population de Côte-d’Or.
L’usine, construite en 1974, n’est toutefois plus seulement un site où l’on fait disparaître les déchets. Elle est devenue une installation de production énergétique. La combustion génère de la vapeur qui permet à la fois de produire de l’électricité et d’alimenter le réseau de chaleur urbain. Aujourd’hui, l’UVE fournit environ 150 GWh de chaleur par an, soit près d’un tiers des besoins du réseau, ainsi que 37 GWh d’électricité.
Cette mutation résume en partie l’évolution des politiques publiques environnementales. Là où l’enjeu consistait autrefois principalement à éliminer les déchets, il s’agit désormais d’en réduire la quantité, de mieux les trier et, lorsque leur traitement reste nécessaire, de récupérer autant que possible l’énergie qu’ils contiennent.
193 millions d’euros pour moderniser l’UVE
C’est précisément dans cette logique que Dijon métropole engage désormais la modernisation de l’Unité de valorisation énergétique. Le dossier du cinquantenaire la présente comme l’une des opérations industrielles majeures portées par la collectivité.
L’ambition est double : améliorer les performances environnementales de l’installation et produire davantage d’énergie à partir d’une quantité de déchets traités qui n’a pas vocation à augmenter pour elle-même. La métropole souhaite ainsi réduire le recours aux énergies fossiles tout en renforçant une production locale issue de la récupération énergétique.
Les chiffres annoncés donnent la mesure du chantier : 193 millions d’euros d’investissement, une production de chaleur appelée à atteindre 225 GWh par an, soit une progression de 57 %, et près de 50 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année une fois la modernisation réalisée.
Le choix de lancer officiellement les célébrations du cinquantième anniversaire autour de cet équipement est donc tout sauf anodin. L’usine relie directement le passé et l’avenir de l’intercommunalité : les déchets faisaient partie des raisons de coopérer il y a un demi-siècle ; ils restent aujourd’hui au cœur d’enjeux industriels, énergétiques et climatiques décisifs.
Un réseau de chaleur devenu infrastructure stratégique
Cette production d’énergie prend tout son sens lorsqu’elle est reliée au réseau de chaleur métropolitain. Celui-ci représente aujourd’hui environ 120 kilomètres de canalisations et alimente 750 sites. On y trouve des logements, mais aussi des équipements majeurs : le CHU Dijon Bourgogne, l’université, des piscines, des écoles, des équipements sportifs et différents bâtiments publics.
L’UVE constitue son premier fournisseur d’énergie. Deux chaufferies bois complètent le dispositif. La logique est celle d’une substitution progressive aux énergies fossiles, grâce à des ressources locales ou de récupération. Le réseau de chaleur devient ainsi un outil de politique climatique à part entière : il ne s’agit plus seulement de chauffer des bâtiments, mais de transformer progressivement la provenance de l’énergie consommée sur le territoire.
Divia et le tramway, symboles d’une mobilité devenue métropolitaine
S’il est un domaine dans lequel l’intercommunalité apparaît immédiatement aux habitants, c’est celui des déplacements. Parce qu’un trajet domicile-travail, domicile-campus ou domicile-école traverse très souvent plusieurs communes, la mobilité constitue presque par définition un sujet métropolitain.
On peut vivre à Quetigny et travailler à Dijon, habiter Chenôve et étudier sur le campus, ou résider à Fontaine-lès-Dijon tout en utilisant quotidiennement le tramway. Les frontières communales existent juridiquement, mais elles n’ont que peu de sens dans l’organisation réelle des déplacements. C’est pourquoi bus, tramways, vélos, parkings-relais, stationnement et autres solutions de mobilité ont progressivement été pensés comme un ensemble.
En 2004, le réseau est profondément réorganisé sous la marque Divia. Depuis 2017, DiviaMobilités regroupe dans une même délégation les transports urbains, la location de vélos et les vélos en libre-service, le stationnement et la fourrière. En 2025, le réseau bus et tram a enregistré plus de 47 millions de voyages, en progression de 5 % en un an, soit 177 voyages par habitant.
Le tramway reste évidemment l’image la plus visible de cette transformation depuis la mise en service de T1 et T2 en 2012. Mais l’histoire du réseau n’est pas terminée.
Une troisième ligne de tramway annoncée pour 2030
Après une concertation menée en 2025, Dijon métropole poursuit les études de la future ligne T3. Le projet doit relier le sud dijonnais à Cap Nord en desservant notamment la place du 1er-Mai, la place Wilson, le campus, le CHU Dijon Bourgogne et les Grésilles. Sa mise en service est annoncée pour 2030.
Au-delà de la création d’une nouvelle infrastructure, l’objectif est de répondre à l’évolution du territoire. Le tracé doit relier plusieurs pôles majeurs d’emploi, d’études et de santé et offrir une alternative supplémentaire à l’usage individuel de la voiture. Après les deux premières lignes, T3 est présentée comme une nouvelle étape dans la constitution d’un réseau plus dense et mieux adapté aux déplacements contemporains.
Une métropole présente jusque dans l’assiette
L’un des exemples les plus récents de l’élargissement des politiques métropolitaines concerne l’alimentation. Avec ProDij, Dijon métropole inscrit celle-ci dans une stratégie territoriale qui vise à rapprocher producteurs et consommateurs, soutenir l’agriculture locale, améliorer la qualité des repas et réduire leur impact environnemental.
La légumerie métropolitaine, ouverte en 2023 dans la zone d’activités Beauregard, entre Longvic et Ouges, constitue la traduction la plus tangible de cette politique. L’équipement réceptionne, lave, épluche, découpe et prépare des légumes frais et des légumineuses issus prioritairement de productions locales, avant leur livraison aux cuisines collectives.
La cuisine centrale de Dijon, qui prépare près de 8 000 repas par jour pour les écoles de Dijon, soit environ 1,2 million de repas par an, figure parmi les premiers bénéficiaires. Mais la légumerie dessert aussi la restauration scolaire de plusieurs autres communes métropolitaines. En 2025, 140 tonnes de légumes et légumineuses y ont été préparées et environ 10 000 repas par jour bénéficiaient de ses produits.
Derrière une simple assiette servie dans une cantine se dessine ainsi une politique beaucoup plus large : organisation de filières agricoles, transformation locale, restauration collective, éducation alimentaire et lutte contre le gaspillage.
Près de 100 000 emplois privés : penser le développement économique comme un bassin
L’économie constitue une autre illustration de cette logique de dépassement des frontières communales. Les zones d’activités de Valmy, Beauregard, Cap Nord ou Mazen-Sully accueillent chaque jour des milliers de salariés. Le territoire de Dijon métropole compte aujourd’hui près de 100 000 emplois privés.
Pour une entreprise, la décision d’implantation ne se réduit jamais à l’adresse administrative d’une parcelle. Elle dépend des infrastructures, du foncier disponible, de l’accessibilité, des transports, des formations, de la présence universitaire, de la recherche, des services et de la capacité du territoire à attirer des salariés. En organisant ensemble leur développement économique, les communes cherchent donc à construire une offre cohérente et lisible à l’échelle de tout le bassin d’emploi.
La création de zones économiques métropolitaines ou d’outils de développement s’inscrit dans cette histoire. En 1994 est créée Dijon Promotion ; en 2002 apparaissent notamment les zones de Valmy et Mazen-Sully.
La santé, nouvel enjeu d’attractivité et d’innovation
La santé constitue aujourd’hui l’un des secteurs particulièrement structurants du bassin dijonnais. Autour du CHU Dijon Bourgogne, de l’université, du Centre Georges-François Leclerc, des laboratoires de recherche et d’un ensemble d’entreprises spécialisées s’est progressivement constitué un écosystème associant soins, formation, recherche et industrie.
Le dossier cite notamment des entreprises comme Urgo, Inventiva, Crossject, Oncodesign ou Proteor dans les domaines du médicament, des biotechnologies et des dispositifs médicaux. Santenov Dijon Bourgogne a vocation à fédérer entreprises, start-up, laboratoires, établissements de santé et acteurs académiques.
Le bâtiment Sully Santenov, dont la construction a été lancée en 2026, doit encore renforcer cette dynamique en rapprochant formation, recherche, innovation et entreprises. L’objectif affiché est clair : faire du rapprochement physique et institutionnel de ces acteurs un moteur d’innovation, d’emplois et d’attractivité.
Le soir venu, la métropole reste encore présente
Le rôle de l’intercommunalité se poursuit bien après les heures de bureau. Le soir, les grands équipements sportifs et culturels accueillent des publics qui dépassent très largement les 23 communes. La piscine olympique, la piscine du Carrousel, le Zénith ou le stade Gaston-Gérard servent autant d’équipements du quotidien que de lieux de rayonnement.
Et au moment de rentrer chez soi, un autre service métropolitain se fait oublier par son bon fonctionnement : l’espace public. Depuis 2019, OnDijon centralise une partie de la gestion des feux de circulation, de l’éclairage, des équipements urbains ou encore de la circulation des transports publics.
Le paradoxe est finalement constant : plus certains services sont efficaces, moins on pense à l’organisation complexe qui les rend possibles.
Les cinquante prochaines années seront celles de la décarbonation
Le cinquantenaire ne se veut cependant pas uniquement rétrospectif. Le dossier insiste fortement sur une idée : les raisons de coopérer évoluent, mais elles ne disparaissent pas. En 1976, les questions de transports ou de déchets avaient poussé plusieurs communes à unir leurs moyens. En 2026, d’autres défis nécessitent à leur tour des réponses dépassant les frontières municipales : changement climatique, énergie, ressource en eau, nouvelles mobilités, sobriété foncière, développement économique et cohésion sociale.
La stratégie de décarbonation présentée repose sur plusieurs leviers simultanés : développer les réseaux de chaleur, récupérer davantage d’énergie dans le traitement des déchets, produire localement des énergies renouvelables, rénover bâtiments et logements, développer les mobilités décarbonées, adapter les espaces publics aux épisodes de chaleur, préserver l’eau et limiter l’artificialisation des sols.
Le Plan climat et biodiversité et la création d’une SEM Énergies, actés en 2025, témoignent de cette nouvelle phase de la politique métropolitaine.
Après la coopération entre communes, la coopération entre territoires
C’est peut-être là que se situe l’évolution la plus importante des prochaines décennies. Les cinquante premières années de l’intercommunalité ont consisté en grande partie à organiser une coopération de plus en plus étroite entre les communes du bassin dijonnais. Désormais, plusieurs enjeux dépassent même le périmètre de Dijon métropole.
Chaque jour, des milliers de personnes résidant en dehors de ses 23 communes viennent y travailler, étudier, se soigner ou utiliser ses équipements. Le territoire fonctionnel ne correspond donc plus exactement au territoire institutionnel. Pour Dijon métropole, la prochaine étape consiste à travailler davantage avec les intercommunalités voisines, à l’échelle d’une zone d’emploi de plus de 400 000 habitants.
Le futur Service express régional métropolitain, ou SERM, illustre cette ambition. Le projet vise à mieux articuler trains, transports urbains, cars, vélos, parkings-relais et solutions d’intermodalité afin que les déplacements puissent être conçus à l’échelle réelle du bassin de vie. En 2026, Dijon métropole, l’État et la Région Bourgogne-Franche-Comté ont signé une charte de coopération destinée à accélérer le développement de ce réseau.
Pour l’habitant, l’enjeu est finalement très concret : pouvoir rejoindre plus facilement son emploi, son établissement d’enseignement, son médecin ou un équipement, même si son trajet traverse plusieurs intercommunalités. Le raisonnement qui avait conduit cinq communes à travailler ensemble en 1976 se reproduit ainsi, cinquante ans plus tard, à une échelle beaucoup plus vaste.
50 ans de preuves en quelques chiffres
Les données réunies dans le dossier donnent la mesure de cette construction : 23 communes, 265 000 habitants, près de 100 000 emplois privés, plus de 47 millions de voyages en bus et tram en 2025, environ 300 000 habitants alimentés en eau potable, 140 000 tonnes de déchets traitées chaque année par l’UVE, 120 kilomètres de réseau de chaleur et 750 sites raccordés. À cela s’ajoutent désormais 193 millions d’euros d’investissement pour moderniser l’UVE et une troisième ligne de tramway attendue en 2030.
Pris séparément, ces chiffres décrivent des politiques sectorielles. Ensemble, ils racontent plutôt la transformation d’une institution. Partie d’un nombre limité de compétences techniques, l’intercommunalité est progressivement devenue une structure capable d’intervenir dans quasiment toutes les grandes fonctions qui organisent la vie et le développement d’un territoire.
Un anniversaire pensé comme un moment de transmission
Dijon métropole a choisi de donner à son cinquantième anniversaire une dimension à la fois historique et pédagogique. Les célébrations s’ouvrent les 4 et 5 septembre 2026 à l’occasion des Journées métropolitaines. Le lancement des travaux de modernisation de l’UVE, une table ronde consacrée aux « 50 ans de coopération intercommunale » et le vernissage de l’exposition « 50 ans d’histoire commune, du District d’hier à la Métropole d’aujourd’hui » doivent permettre de croiser archives, témoignages, réalisations et projets. L’exposition restera accessible gratuitement jusqu’au 8 janvier 2027.
Le 5 septembre, les élus des 23 communes doivent également travailler autour de six grandes thématiques : transition climatique, cohésion sociale métropolitaine, attractivité économique et touristique, finances et fiscalité, mobilités, urbanisme et logement.
Puis, le 19 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le siège métropolitain installé dans l’ancienne caserne Heudelet doit exceptionnellement ouvrir au public. Des visites doivent permettre de découvrir le bâtiment, l’exposition du cinquantenaire, la Halle 38 et l’écoquartier Heudelet. D’autres rendez-vous « Citoyens et curieux » sont prévus autour de l’UVE, de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, du Zénith, de la légumerie ou encore des problématiques de conception d’une ligne de tramway.
Ce programme traduit la volonté de dépasser la simple célébration institutionnelle. L’objectif consiste à rendre visible une organisation qui, précisément, ne l’est pas toujours.
Cinquante ans plus tard, la même question : quelle échelle pour agir ?
Au fond, l’histoire de Dijon métropole pourrait se résumer à une question d’échelle. Quelle est la bonne dimension pour organiser un réseau de transport ? Pour traiter les déchets ? Pour alimenter une population en eau potable ? Pour créer une grande salle de spectacle ? Pour accueillir des entreprises ? Pour développer un réseau de chaleur ou organiser les mobilités d’un bassin d’emploi ?
Depuis cinquante ans, la réponse donnée par les communes dijonnaises consiste à distinguer ce qui relève de la proximité communale de ce qui gagne à être pensé collectivement. Le dossier du cinquantenaire résume cette logique en trois idées : ensemble, les communes ont pu porter des projets qu’aucune n’aurait réalisés de la même manière seule ; la métropole est utilisée quotidiennement même lorsqu’elle reste invisible ; enfin, les équipements construits hier forment aujourd’hui le socle à partir duquel sont préparés les projets de demain.
Le territoire auquel doivent répondre les politiques publiques continue cependant d’évoluer. La métropole institutionnelle rassemble 23 communes, mais ses transports, ses emplois, son CHU, ses universités, ses équipements et même son réseau d’eau concernent déjà une population bien plus vaste. Le projet métropolitain des prochaines décennies pourrait donc se jouer autant dans la coopération avec les territoires voisins que dans la poursuite de la mutualisation entre les communes membres.
En 1976, cinq communes avaient fait le pari qu’elles seraient plus efficaces en agissant ensemble sur certaines questions. En 2026, Dijon métropole peut regarder cinquante années d’équipements, de réseaux et de services qui ont progressivement modifié le quotidien de centaines de milliers d’habitants. Mais le message central du cinquantenaire est surtout tourné vers la suite : la coopération n’est pas présentée comme une œuvre achevée, mais comme une méthode à adapter aux défis nouveaux.
Changement climatique, décarbonation, eau, énergie, mobilité, logement, développement économique ou cohésion sociale imposent désormais des réponses de plus en plus transversales. Après avoir construit le territoire métropolitain actuel, l’enjeu est donc de savoir comment transformer à nouveau ses infrastructures et ses services sans perdre ce qui a constitué le fil rouge de ces cinquante dernières années : faire à plusieurs ce qui prend davantage de sens lorsqu’il est pensé à l’échelle d’un territoire commun.