Alors que plusieurs sociétés liées au Village de la Cité sont désormais placées en redressement judiciaire et que les offres de reprise doivent être déposées avant le 25 septembre 2026, l’avenir de la partie privée de la Cité internationale de la gastronomie et du vin suscite de nouvelles interrogations. Risque de dispersion des activités, éventuel rachat du hall central par la collectivité, recherche de repreneurs : pour Monsieur Ayache, le calendrier impose désormais d’anticiper un « plan B ». Opposé à une municipalisation du site, il plaide notamment pour l’examen d’une solution portée par un investisseur local. Entretien.
Monsieur Ayache, vous êtes récemment intervenu sur France 3 Bourgogne pour présenter la position de votre groupe sur la Cité internationale de la gastronomie et du vin. Depuis le placement du Village de la Cité en redressement judiciaire, quelle est votre analyse de la situation aujourd’hui ?
Franck Ayache : Depuis le placement du Village de la Cité en redressement judiciaire, la situation a évolué très rapidement. Désormais, ce sont les autres sociétés du groupe qui sont également concernées par des procédures de redressement judiciaire.
Dijon Actualités a d’ailleurs publié plusieurs articles et documents importants permettant de mieux comprendre la situation.
Face à ces difficultés, désormais clairement établies, je pensais que nous disposerions encore du temps nécessaire pour donner une véritable chance au redressement du projet privé, tout en préparant parallèlement une solution alternative au cas où celui-ci échouerait.
Aujourd’hui, les dernières informations dont nous disposons me laissent penser que le calendrier est beaucoup plus contraint que prévu.
Vous semblez donc considérer que nous sommes désormais dans une situation d’urgence. Quels sont les nouveaux éléments qui vous conduisent à cette conclusion ?
Franck Ayache : Depuis le communiqué de presse du 31 août, qui alertait sur le placement du Village de la Cité en redressement judiciaire, la réalité des difficultés économiques du site s’est progressivement précisée.
La holding ainsi que dix sociétés d’exploitation directement liées au projet sont désormais concernées par des procédures de redressement judiciaire.
Je tiens néanmoins à préciser que mes collègues et moi-même ne nous réjouissons évidemment pas de cette situation. Derrière ces procédures, il y a des entreprises, des salariés, des commerçants et des activités économiques qui sont directement concernés.
Mais ces nouveaux éléments viennent malheureusement confirmer les inquiétudes que nous exprimons depuis longtemps sur la fragilité du modèle économique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin.
Concrètement, qu’est-ce qui vous inquiète aujourd’hui dans la procédure en cours ?
Franck Ayache : Le jugement accorde effectivement à la partie privée une période de six mois, renouvelable une fois, afin de redresser la situation et de démontrer la viabilité du modèle économique.
Mais les dernières annonces légales semblent ouvrir une autre perspective.
Il y est indiqué que l’ensemble des sociétés concernées — la holding et les dix sociétés d’exploitation — sont proposées à la vente, avec la possibilité pour d’éventuels acquéreurs de déposer des offres soit société par société, soit pour l’ensemble.
Surtout, la date limite de dépôt des offres est fixée au 25 septembre 2026.
À cela s’ajoute la question du hall central, dont la Ville ou la Métropole envisage le rachat pour environ 1,3 million d’euros.
Lorsque l’on met bout à bout ces différents éléments, on peut légitimement se demander si nous ne sommes pas en train de nous diriger vers une forme de vente à la découpe de la Cité de la gastronomie.
Le terme de « vente à la découpe » est fort. Est-ce réellement ce que vous redoutez ?
Franck Ayache : C’est en tout cas une hypothèse que les éléments actuels permettent de poser. Le calendrier, avec une date de dépôt des offres fixée au 25 septembre, montre surtout qu’il y a désormais une véritable urgence à trouver un ou plusieurs repreneurs pour les différentes activités du Village de la Cité.
Je ne sais pas, à ce stade, si l’investisseur actuel renonce de lui-même à poursuivre le projet ou s’il se trouve contraint de vendre.
Mais quelle que soit la réponse, la collectivité, qui a été à l’initiative de ce projet, doit aujourd’hui prendre ses responsabilités et commencer à préparer rapidement un plan B.
Préparer une solution alternative ne signifie absolument pas souhaiter l’échec du projet privé. C’est simplement faire preuve de responsabilité dans la gestion d’un équipement qui engage l’avenir de Dijon et qui a déjà mobilisé des moyens publics considérables.
Votre position signifie-t-elle que la Ville de Dijon ou Dijon Métropole devrait reprendre directement la partie privée du projet ?
Franck Ayache : Non, bien au contraire.
Comme le groupe municipal d’opposition l’a déjà largement expliqué, nous sommes opposés à une municipalisation de la Cité internationale de la gastronomie et du vin.
Il ne serait pas acceptable que, face aux difficultés du modèle privé, la réponse consiste une nouvelle fois à faire peser davantage de risques et de charges sur la Ville, la Métropole et, au final, sur les contribuables.
Les Dijonnais ont déjà largement contribué au financement de ce projet. Il n’est pas question de transformer progressivement la collectivité en exploitant ou en financeur permanent d’un modèle économique qui peine aujourd’hui à démontrer sa viabilité.
La priorité doit donc être de rechercher une solution économique solide et pérenne, portée par des acteurs capables d’investir, de prendre des risques et d’assurer le développement du site dans la durée.
Alors, quelle solution préconisez-vous ? Avez-vous une piste à proposer ?
Franck Ayache : Je pense avant tout qu’il serait dommageable, voire dangereux pour l’avenir de la Cité, de voir le contrôle des différentes sociétés se disperser entre plusieurs acteurs sans véritable vision d’ensemble.
C’est pourquoi je pose aujourd’hui une question simple : et si la solution pouvait venir d’un investisseur local ?
Plutôt que de subir les événements, nous devons réfléchir au profil d’un investisseur qui connaîtrait Dijon, son économie, son patrimoine, son tissu commercial et ses spécificités.
Il existe à Dijon des chefs d’entreprise, des investisseurs et des acteurs économiques locaux qui ont démontré leur capacité à mener à bien des opérations de rénovation, de transformation et de valorisation de sites dijonnais.
Pourquoi ne pas regarder sérieusement de ce côté-là ?
Avez-vous des exemples qui pourraient illustrer cette possibilité ?
Franck Ayache : Oui. La rénovation et la transformation de la cour Bareuzai ou encore du passage Dauphine montrent qu’à Dijon, des investisseurs privés locaux, seuls ou réunis au sein de groupements, savent réhabiliter des lieux, leur redonner de l’attractivité et construire des projets économiquement viables en s’appuyant sur l’identité et les spécificités de la ville.
Je ne dis pas qu’il faudrait reproduire ces projets à la Cité de la gastronomie.
Je dis simplement que ce savoir-faire local existe et qu’il mérite désormais d’être regardé avec beaucoup d’attention.
Selon vous, l’arrivée d’un nouvel investisseur pourrait-elle réellement changer la situation économique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin ?
Franck Ayache : Oui, à condition de ne pas chercher à reproduire à l’identique le projet actuel.
Un nouvel investisseur pourrait justement apporter un regard différent et permettre de repenser la Cité à partir de sa réalité économique, de ses atouts, de son emplacement exceptionnel et surtout des attentes des Dijonnais.
Il faut accepter de regarder le projet avec un œil neuf.
L’objectif ne doit pas être de sauver coûte que coûte le projet tel qu’il avait été imaginé à l’origine. Il doit être de faire en sorte que la Cité trouve enfin un modèle économique durable et qu’elle puisse pleinement jouer son rôle dans l’attractivité de Dijon.
Si vous aviez un message à adresser directement aux Dijonnais aujourd’hui, quel serait-il ?
Franck Ayache : Mon message est simple : il ne faut plus attendre pour agir. Il faut désormais rechercher activement un investisseur capable de reprendre ou, à tout le moins, de coordonner l’ensemble des sociétés actuellement mises en vente, afin d’éviter une dispersion qui pourrait fragiliser encore davantage le projet.
Dans cette situation, la Ville de Dijon et Dijon Métropole ont un rôle essentiel à jouer.
Mais ce rôle ne doit pas consister à remettre toujours davantage d’argent public pour tenter de sauver à tout prix le projet initial. Leur responsabilité est aussi de préparer l’avenir.
La question n’est plus de savoir comment maintenir coûte que coûte le modèle imaginé il y a plusieurs années.
La vraie question est désormais : comment construire un avenir durable pour la Cité de la gastronomie, sans nouvelle fuite en avant de l’argent public ?
Nous avons encore la possibilité de trouver une solution, mais le calendrier est extrêmement serré.
La date limite de dépôt des offres étant fixée au 25 septembre 2026, il faut agir maintenant.
C’est pourquoi je pose publiquement cette question : pourquoi ne pas solliciter un investisseur local qui connaît Dijon, son économie et son patrimoine, et qui a déjà démontré sa capacité à mener à bien des projets d’envergure dans notre ville ?
Propos recueillis par F. Bauduin
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