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Droit de réponse de Mina Essardaoui : « Je ferme ce chapitre. Moi, j’avance »

Par Fabien Bauduin 17 septembre 2026

À la suite de la publication de notre article intitulé « De la condamnation à la relaxe : Bilel Latreche obtient gain de cause en appel », nous avons reçu une demande de droit de réponse de Mina Essardaoui.

Dans un souci d’information complète de nos lecteurs et conformément au principe du contradictoire, nous publions ci-dessous cette réponse dans son intégralité. Son auteure y revient sur la décision rendue par la cour d’appel, sur son vécu de la procédure judiciaire ainsi que sur plusieurs éléments qu’elle souhaite préciser à la suite de notre publication et des prises de parole intervenues depuis l’arrêt.

Nous reproduisons ci-dessous son texte tel qu’il nous a été transmis :

Je prends acte de la décision rendue par la cour d’appel avec une profonde sidération, une immense déception et beaucoup d’incompréhension.

La cour a décidé de relaxer mon ex-époux. Cette décision judiciaire existe, elle doit être respectée, et je la respecte.

Mais elle n’efface ni mon vécu, ni ce que j’ai traversé, ni les conséquences que cette affaire a eues sur ma vie, celle de mes enfants, ma famille et mon activité professionnelle.

En première instance, le tribunal correctionnel avait reconnu mon ex-époux coupable et avait prononcé une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis. Devant la cour d’appel, l’avocat général, représentant le ministère public, avait lui-même requis la confirmation de cette condamnation.

La cour en a décidé autrement.

J’en prends acte.

Je souhaite néanmoins rappeler une réalité dont on parle finalement très peu : une procédure judiciaire de cette nature peut être extrêmement longue, éprouvante et humainement dévastatrice.

Pendant des mois, parfois des années, il faut revivre les faits, relire des messages, rassembler des documents, répondre à des questions, entendre des versions opposées, attendre les audiences puis les décisions.

Et cette procédure ne touche jamais uniquement les deux personnes directement concernées. Elle entraîne des dommages collatéraux considérables : sur les enfants, la famille, les proches, la vie professionnelle, les relations sociales, l’équilibre personnel, parfois même l’image publique et la réputation.

On entre dans une procédure pour faire entendre sa parole. On peut en ressortir avec une partie entière de sa vie abîmée autour.

Après avoir pris conseil auprès de mes avocates, il m’a été expliqué qu’en tant que partie civile, un éventuel pourvoi en cassation aurait désormais une portée très limitée. Il ne pourrait plus remettre en cause la relaxe sur le plan pénal et porterait essentiellement sur les dispositions civiles de l’arrêt, donc sur une éventuelle indemnisation.

Or, ce n’est pas ce que je recherche.

Ma démarche n’a jamais été motivée par l’argent. Ce que je souhaitais, c’était que ma parole soit entendue et que ce que j’estime avoir vécu soit reconnu dans le cadre judiciaire.

Je ne souhaite donc pas engager une nouvelle procédure longue uniquement dans une logique indemnitaire.

J’ai une famille à préserver, des enfants à protéger, une entreprise, des responsabilités, des salariés et une vie à poursuivre.

Cette décision de ne pas aller plus loin n’est ni un renoncement à ma parole ni une négation de mon vécu. C’est simplement le choix de mettre une limite à la place que cette affaire peut encore prendre dans mon existence.

Depuis le prononcé de l’arrêt, je constate néanmoins des prises de parole publiques, des publications, des commentaires et des attaques à mon encontre.

Je pourrais répondre pièce par pièce, message par message, mail par mail, vidéo par vidéo.

Je pourrais rendre publics des échanges privés, des messages d’insultes, des menaces, des pressions, des propos que j’ai vécus comme du chantage, des mails, des vidéos, des conversations, des témoignages et de nombreux autres éléments conservés au fil du temps.

Je pourrais les transmettre à la presse, les publier sur les réseaux sociaux et tenter, à mon tour, d’imposer une image de lui dans l’espace public.

Je ne le ferai pas.

Parce qu’il existe une différence fondamentale entre disposer d’éléments et choisir de les exposer publiquement.

Si j’avais voulu le détruire publiquement, je disposais depuis longtemps de suffisamment de messages, de mails, de vidéos et d’éléments privés pour le faire. J’ai choisi de ne pas le faire, et ce choix s’appelle la dignité.

Mon silence public ne signifie donc pas que je n’ai rien à répondre. Il signifie que je refuse de transformer ma vie privée, celle de mes enfants et les éléments que je possède en armes médiatiques.

Je tiens également à rectifier un point qui est aujourd’hui présenté comme une évidence : celui selon lequel nous aurions été en pleine séparation au moment des faits.

Le présenter aujourd’hui comme une séparation déjà engagée permet surtout de rendre la chronologie plus cohérente avec la version qui est désormais défendue publiquement.

Or, cette présentation ne correspond pas aux éléments que j’ai conservés.

Au moment des faits, cela faisait seulement quatre mois que nous étions mariés civilement, dans le cadre d’un projet commun d’adoption que nous avions construit ensemble.

Nous vivions ensemble, nous étions encore en couple, nous ne faisions pas chambre à part et nous partagions le même quotidien.

Quatre jours avant les faits que j’ai dénoncés, il m’écrivait encore, mot pour mot : « Je t’aime mon amoureuse à moi, rien qu’à moi. »

Le jour même, environ une heure avant les faits, il m’a également adressé un mail dans lequel il disait qu’il ne voulait pas que notre histoire s’arrête, qu’il souhaitait poursuivre notre relation et que c’était moi qui ne l’aimais plus et qui voulais tout arrêter.

Ces éléments sont datés et conservés. Ils sont difficilement compatibles avec l’idée d’une séparation ancienne, claire et définitivement installée.

Après les faits, alors qu’il était sous contrôle judiciaire et ne pouvait pas me contacter directement, il est passé par l’imam qui nous avait mariés et par des connaissances communes. Je dispose de messages, d’échanges et de témoignages montrant qu’il disait encore m’aimer et souhaitait reprendre notre relation, encore peu de temps avant le procès.

De mon côté, je n’ai jamais cherché à reprendre contact avec lui, directement ou indirectement, et je n’ai jamais répondu par personne interposée.

La même retenue a toujours été la mienne dans l’espace public.

Je n’ai jamais organisé de campagne sur les réseaux sociaux.

Je ne me suis exprimée publiquement qu’une seule fois par voie de presse, en septembre de l’année dernière.

Je prends aujourd’hui la parole une seconde fois, un an plus tard, à la suite de cette décision et des prises de parole qui l’ont accompagnée.

Ce sera la dernière.

Je n’ai aucune intention d’entrer dans une communication permanente ni de répondre à chaque publication, chaque déclaration ou chaque provocation.

Je ne veux pas consacrer les prochaines années de ma vie à commenter les précédentes.

Pour moi, cette histoire appartient désormais au passé.

Je ne nie rien de ce que j’ai vécu, mais je refuse que cela continue à définir ma vie.

Avec Bilel Latreche Boufetata, j’ai souvent le sentiment que tout devient une question de présentation.

Il a sa vérité, sa sauce, sa manière de présenter les faits et de les habiller pour leur donner exactement la couleur qu’il souhaite.

Un exemple permet de comprendre ce que je veux dire.

Il se présente publiquement comme « trois fois champion du monde ».

Dit comme cela, la formule impressionne immédiatement.

Mais lorsqu’on regarde plus précisément le fonctionnement des différentes fédérations, catégories et titres dans le monde de la boxe, une même réalité peut être présentée de manière très différente.

Dans son cas, il s’agit d’un titre mondial Espoirs remporté puis défendu à deux reprises.

Les mots peuvent donc être assemblés d’une certaine manière sans nécessairement être totalement faux, tout en donnant au public une impression différente de la réalité complète.

C’est exactement ce que je retrouve dans la manière dont notre histoire est aujourd’hui présentée.

On sélectionne certains éléments. On retire leur contexte. On mélange les périodes. On ressort d’anciens messages comme s’ils résumaient à eux seuls toute une relation. On insiste sur ce qui arrange un récit et on passe plus rapidement sur ce qui pourrait le nuancer ou le contredire.

Puis on assemble le tout pour construire une histoire cohérente et convaincante.

Mais une accumulation de morceaux soigneusement sélectionnés ne reconstitue pas nécessairement toute une histoire.

On peut maîtriser sa communication, choisir ses mots, sélectionner ses captures d’écran et construire un récit très efficace.

Mais on ne réécrit pas la réalité simplement parce qu’on la raconte mieux.

Je pourrais moi aussi utiliser exactement cette méthode.

Je pourrais ressortir des années de messages, sélectionner les passages les plus violents, les plus humiliants ou les plus compromettants, publier ce qui ferait le plus réagir et tenter d’abîmer son image à mon tour.

Je refuse de le faire.

Ce n’est pas ma conception de la justice.

Ce n’est pas ma conception de la dignité.

Et ce n’est surtout pas la vie que je veux offrir à mes enfants.

Les réseaux sociaux semblent être son terrain.

Je lui laisse ce terrain.

Moi, j’existe dans la vraie vie.

J’ai des enfants, une famille, une entreprise, des salariés, des responsabilités et une vie qui ne se résume pas à cette affaire.

Je refuse qu’un tribunal des réseaux sociaux se substitue à la justice.

Je refuse aussi l’idée que celui qui parle le plus fort, publie le plus ou maîtrise le mieux sa communication finirait nécessairement par détenir la vérité.

Cela ne signifie pas pour autant que j’accepterai tout.

Mon silence ne devra jamais être interprété comme une faiblesse, un aveu ou une renonciation.

Je n’accepterai ni le dénigrement, ni les accusations mensongères, ni les injures, ni le harcèlement, ni les atteintes à mon honneur ou à ma réputation.

Chaque fois que cela sera nécessaire, je défendrai mes droits par les voies qui doivent être les leurs : celles du droit et de la justice.

Je ne regrette pas d’avoir parlé.

Je ne regrette pas d’avoir saisi la justice.

Je sais ce que j’ai vécu.

Il sait ce qui s’est passé entre nous.

Et je n’ai pas besoin d’étaler plusieurs années de vie privée devant des milliers de personnes pour me convaincre moi-même de ce que j’ai traversé.

Le tribunal de l’opinion publique ne m’intéresse pas.

Je n’ai plus rien à prouver à des inconnus.

Je n’ai plus rien à expliquer à ceux qui ont déjà choisi ce qu’ils souhaitent croire.

Chacun restera libre de se faire sa propre opinion.

On peut travailler une communication, choisir ses mots, sélectionner les éléments d’une histoire et construire un récit particulièrement convaincant. On ne réécrit pas pour autant la réalité simplement parce qu’on la raconte mieux.

Aujourd’hui, je choisis de mettre un terme à cette bataille publique avant même qu’elle ne commence réellement.

Je lui laisse sa scène, ses réseaux sociaux et son récit. Le spectacle peut continuer sans moi.

Cette affaire appartient désormais à mon passé.

Moi, j’ai une famille à préserver, des enfants à accompagner, une entreprise à faire vivre et surtout une vie à reprendre.

Je ferme ce chapitre. Moi, j’avance. 

Quant à l’hypothèse d’un pourvoi du parquet général, elle ne dépend évidemment pas de moi. Je ne me fais aujourd’hui aucune illusion sur cette éventualité et je préfère avancer sans attendre une nouvelle décision.