Lors du conseil métropolitain, qui s’est tenu le 24 septembre dernier, Valérie Grandet a interpellé François Rebsamen sur le projet d’acquisition du Grand Hall de la Cité internationale de la gastronomie et du vin. Fragilités économiques du site, coût de l’opération, frais de fonctionnement, modèle économique : l’élue a demandé des réponses précises. Le président de Dijon Métropole a défendu point par point le projet et confirmé sa volonté d’avancer.
La situation de la Cité internationale de la gastronomie et du vin s’est invitée une nouvelle fois dans les débats du conseil métropolitain. À l’occasion d’une question orale, Valérie Grandet a directement interpellé le président de Dijon Métropole, François Rebsamen, sur le projet d’acquisition du Grand Hall et, plus largement, sur la pertinence d’un nouvel investissement public dans un équipement dont plusieurs composantes connaissent de sérieuses difficultés économiques.
L’élue a d’abord rappelé qu’en 2022, lors de l’inauguration de la Cité de la gastronomie, Dijon affirmait avoir tiré les enseignements des difficultés rencontrées par le projet lyonnais. Quatre ans plus tard, a-t-elle estimé, « la situation nous oblige à regarder les faits ».
Elle a dressé la liste des difficultés rencontrées sur le site : abandon du projet d’hôtel, liquidation judiciaire de plusieurs établissements appartenant au groupe Epicure, dont la Table des Climats, la Cave de la Cité et le Comptoir de la Cité, redressement judiciaire de sociétés du Village de la Cité et difficultés rencontrées par plusieurs autres activités commerciales.
Dans ce contexte, Valérie Grandet a questionné la volonté de Dijon Métropole d’acquérir le Grand Hall afin d’en faire une porte d’entrée touristique pour les 23 communes de l’agglomération. Elle a également fait référence à une étude réalisée en 2023-2024 qui, selon elle, avait déjà identifié des fragilités économiques ainsi que des difficultés de gouvernance et de positionnement commercial.
« Chaque euro public doit être justifié, évalué et contrôlé », a-t-elle insisté, tout en reconnaissant que la Cité pouvait conserver « une véritable vocation touristique et culturelle ».
Quatre questions adressées au président
Valérie Grandet a ensuite formulé quatre interrogations précises. Elle a d’abord demandé où se trouvait la décision des 23 maires, annoncée le 8 juillet comme ayant été prise à l’unanimité, et pourquoi celle-ci n’avait pas donné lieu, si elle engageait la Métropole, à une délibération.
Elle a également souhaité connaître le prix réel de l’acquisition et des travaux nécessaires, le coût annuel de fonctionnement pour Dijon Métropole ainsi que le modèle économique susceptible de justifier ce nouvel investissement public.
« Si le rachat par la Métropole d’un morceau supplémentaire de la Cité est toujours d’actualité, pouvons-nous avoir des réponses claires à nos quatre questions ? », a-t-elle conclu.
François Rebsamen lui a répondu longuement, assumant le projet et contestant d’abord l’idée selon laquelle une nouvelle délibération aurait été nécessaire pour engager la procédure de préemption.
Le président de Dijon Métropole a rappelé que l’assemblée avait voté, le 16 avril, les délégations d’attribution au président. Selon lui, l’exercice du droit de préemption figure explicitement parmi les compétences qui lui ont été déléguées.
« Nous sommes ici dans une assemblée délibérante et la première des choses, c’est d’en apprendre le fonctionnement », a-t-il lancé à Valérie Grandet avant de rappeler que la Métropole était régie par le Code général des collectivités territoriales.
François Rebsamen a néanmoins assuré que le projet avait été présenté, « par souci de transparence », à la conférence des maires du 4 juin 2026, avant la prise de l’arrêté de préemption et avant l’annonce du 8 juillet. Il a remercié à cette occasion « l’ensemble des maires » pour leur soutien au projet.
Le président de la Métropole n’a pas éludé pour autant les difficultés actuelles de la Cité, reconnaissant que celle-ci traverse « une passe commerciale très difficile ». Il considère néanmoins que l’acquisition du Grand Hall représente « une belle opportunité pour notre territoire ».
Une offre à 1,29 million d’euros contre 1,95 million demandé
Sur le prix d’acquisition, François Rebsamen a détaillé les premiers éléments financiers.
Le propriétaire souhaitait vendre le Grand Hall, d’une surface annoncée de 660,21 m², pour 1,95 million d’euros. Après consultation des Domaines, Dijon Métropole pouvait formuler une offre à hauteur de 1,29 million d’euros.
Le président a toutefois précisé que l’arrêté de préemption était désormais caduc. Les discussions avec le propriétaire ne sont pas interrompues pour autant.
Les échanges se poursuivent et une nouvelle mesure de la surface doit être réalisée par un géomètre-expert. Selon François Rebsamen, un accord existe sur le prix au mètre carré retenu sur la base de l’évaluation des Domaines, mais un désaccord subsiste sur la superficie exacte du bien.
« J’espère que nous pourrons aboutir sur cette acquisition à l’amiable », a-t-il déclaré.
Concernant le coût des travaux, le président de Dijon Métropole a indiqué qu’une première estimation avait été réalisée, sans toutefois communiquer de montant définitif. Une mission de maîtrise d’œuvre devra encore préciser le coût et le phasage des interventions.
À ceux qui réclament immédiatement l’ensemble des chiffres, François Rebsamen a répondu de manière particulièrement directe : « Un projet ne se met pas en place d’un claquement de doigts. Arrêtez les yakafukons, et puis avançons. »
80 000 euros de fonctionnement par an
Sur les dépenses de fonctionnement, le président a donné un chiffre : environ 80 000 euros par an.
Ces dépenses correspondraient notamment aux charges générales de copropriété, à la maintenance, à l’entretien et aux interventions nécessaires en cas de dégradations.
François Rebsamen a en revanche affirmé que le projet n’entraînerait pas de coût supplémentaire en matière de ressources humaines, les personnels de l’Office de tourisme étant déjà présents sur le site dans le cadre d’une convention avec la Ville de Dijon.
Un second office de tourisme consacré au vin et à la gastronomie
Restait la question centrale du modèle économique et de la vocation du Grand Hall.
Sur ce point, François Rebsamen a défendu un projet davantage touristique que commercial. L’ambition de la Métropole est de transformer le Grand Hall en porte d’entrée de l’offre œno-gastronomique du territoire métropolitain.
Le lieu accueillerait notamment 23 « corners » touristiques permettant à chacune des communes de valoriser son patrimoine et ses produits. Le Grand Hall pourrait également devenir le point de départ et d’arrivée d’une navette œnotouristique destinée à favoriser la découverte de la route des Grands Crus et des vignobles de proximité.
La Métropole souhaite ainsi y présenter les produits locaux, les destinations et les attraits touristiques des 23 communes.
François Rebsamen a insisté sur le fait que, dans sa configuration actuelle, le Grand Hall ne repose déjà sur « aucun modèle économique » propre. Il s’agit avant tout, selon lui, d’un espace de passage desservant différents équipements et commerces de la Cité : lieux d’exposition, boutique, 1204, Village gastronomique et autres activités du site.
La Métropole ne chercherait donc pas à créer une nouvelle activité commerciale à proprement parler, mais à transformer cet espace en un véritable outil d’accueil et d’orientation touristique.
« Le Hall de la Cité n’est ni plus ni moins qu’un espace d’occupation ponctuelle » qui doit servir de « second office de tourisme », a résumé François Rebsamen. Celui-ci serait spécialisé dans le vin et la gastronomie et consacré à la mise en valeur des 23 communes.
Rebsamen assume le choix de la Métropole
Face aux critiques, le président de Dijon Métropole n’a donc montré aucune volonté de renoncer au projet. Malgré les difficultés commerciales rencontrées par la Cité de la gastronomie, il continue de considérer le Grand Hall comme un outil susceptible de participer à sa redynamisation.
Il a même opposé le projet métropolitain aux propositions défendues par les groupes d’opposition, évoquant notamment l’idée d’installer au sein de la Cité un « village d’acteurs économiques et du tertiaire ».
Pour François Rebsamen, la vocation du site demeure d’abord liée à la gastronomie, au vin et au patrimoine. Il a rappelé à ce titre le double ancrage UNESCO auquel se rattache le projet dijonnais, à travers le repas gastronomique des Français et les Climats du vignoble de Bourgogne, ainsi que la rénovation de la chapelle des Climats.
L’échange aura au moins permis de mettre plusieurs chiffres et orientations sur la table. L’acquisition n’est pas encore finalisée, le montant des travaux reste à préciser et les discussions avec le propriétaire se poursuivent. Mais sur le principe, la position de François Rebsamen ne souffre guère d’ambiguïté : malgré les difficultés actuelles de la Cité, Dijon Métropole entend toujours faire du Grand Hall une porte d’entrée touristique et œno-gastronomique de ses 23 communes.