À la suite de notre article consacré à l’appel de Pascale Sovcik, proviseure du lycée Le Castel à Dijon, invitant les élèves à renoncer au blocus annoncé mercredi, une lectrice de Dijon Actualités a souhaité réagir. Sophie Carrouge nous a adressé un texte dans lequel elle livre une lecture très critique de la réponse apportée aux mobilisations lycéennes et défend la nécessité de laisser davantage de place au débat et à l’expression des élèves. Nous publions ci-dessous sa réaction.
Je lis ce matin, en lectrice mal réveillée, l’article intitulé dans Dijon Actualités “Pascale Sovcik, proviseure du lycée Le Castel, appelle les élèves à renoncer au blocus annoncé mercredi” et je me dis que rien n’a changé en France depuis les années 60. L’Etat, du bas (chef-f-e-s d’établissement) au haut de l’échelle de la fonction publique (ministères de l’Intérieur et de l’Education nationale), craint la jeunesse. Une poubelle renversée, une prise de parole virulente et la cavalerie, comme dans un western des années 1950, est appelée à la rescousse pour “rétablir l’ordre”.
De quoi s’agit-il en fait?
Depuis quelques jours en Île de France, des lycées sont bloqués et afin d’éviter que la colère lycéenne ne se transforme en mouvement organisé et national, Laurent Nunez et Édouard Geffray sonnent l’hallali en des termes menaçants et n’hésitent pas à donner des consignes “de fermeté” aux rectorats, en d’autres termes, tapez et gazez s’il le faut.
Dans ce contexte, le message de la proviseure du Castel apparaît pour ce qu’il est, une façon de se protéger en cas de problème et, au nom de son statut de fonctionnaire, d’être une servante de l’Etat zélée et irréprochable. “Je vous avais prévenus” et tant pis pour les bleus, les yeux larmoyants et les gardes à vue.
Quant aux instances lycéennes, type Conseil de la vie lycéenne (CVL), elles n’ont toujours servi qu’à une seule chose, évangéliser et surveiller les jeunes à coup d’opérations du type “Des pains au chocolat pour sauver la planète”. Endormir plutôt que réveiller, singer la démocratie au sein des lycées plutôt que de la faire vivre avec détermination.
Un-e chef-f-e d’établissement n’ignore pas que la vraie violence est celle déployée par l’État qui réduit les moyens, méprise les élèves, les familles et les personnels. Personne n’est obligé de cautionner des propos ministériels scandaleux et potentiellement dangereux vu le contexte social, même par loyauté envers sa fonction, sa hiérarchie et pour respecter un”devoir de réserve” qui justifie toutes les dérobades et petits arrangements avec sa conscience.
Plutôt que d’appeler la police en cas de blocus, Madame la Proviseure, ouvrez une salle dans votre lycée et permettez aux élèves de débattre entre eux, d’écrire, de penser sans la présence de l’équipe de direction, des CPE, ou de représentant-e de l’administration, en toute indépendance.
Lutter fait grandir et demande beaucoup de courage physique quand, en face, les matraques sont au garde-à-vous.
Sophie Carrouge, lectrice maintenant tout à fait réveillée.