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François Rebsamen au Sénat : le mandat de trop ?

Par Bernard .D 29 septembre 2026

À 75 ans, après plusieurs décennies passées au premier plan de la vie politique locale et nationale, François Rebsamen vient de retrouver un siège au Sénat. Son élection pose une question qui dépasse largement son cas personnel : jusqu’où peut-on prolonger une carrière politique avant que l’expérience ne se transforme en obstacle au renouvellement démocratique ?

Dimanche 27 septembre, François Rebsamen a été élu sénateur de la Côte-d’Or. Un retour au Palais du Luxembourg qui a quelque chose de familier : l’ancien maire de Dijon y avait déjà siégé entre 2008 et 2014, avant de quitter son mandat pour entrer au gouvernement.

À 75 ans, François Rebsamen n’est évidemment pas frappé d’une quelconque incapacité à exercer un mandat. La question n’est pas là. Elle est politique, démocratique et presque générationnelle : après autant d’années passées aux responsabilités, fallait-il vraiment repartir pour un mandat supplémentaire ?

Car François Rebsamen n’est pas un nouveau venu que les électeurs découvriraient. Il appartient à cette génération de responsables politiques dont les carrières se comptent désormais en décennies. Maire, sénateur, ministre, président de métropole, figure nationale du Parti socialiste puis acteur du rapprochement avec le camp présidentiel : il a occupé une place centrale dans la vie publique française et bourguignonne pendant une très longue période.

Son expérience est incontestable. Mais l’expérience ne peut pas devenir à elle seule un droit permanent à exercer le pouvoir.

Quand l’expérience devient-elle de l’accaparement ?

Voilà le véritable débat que cette élection devrait ouvrir. La démocratie a besoin de responsables expérimentés. Mais elle a aussi besoin de circulation, de transmission et de renouvellement. À force de retrouver les mêmes noms, les mêmes visages et les mêmes parcours électoraux pendant trente ou quarante ans, une partie de la vie politique finit par donner l’impression de fonctionner en circuit fermé.

François Rebsamen n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Le problème dépasse sa personne. À droite, à gauche et au centre, la politique française compte de nombreux élus qui passent d’un mandat à un autre, d’une assemblée à une collectivité, d’un ministère à une présidence locale, puis reviennent parfois au Parlement.

À chaque fois, l’argument est le même : l’expérience, la connaissance des dossiers, les réseaux, la maîtrise des institutions. Mais où sont alors les nouveaux responsables ? Quand leur laisse-t-on réellement la place ? On demande aux nouvelles générations de s’engager, mais encore faut-il que des places se libèrent.

Le « jusqu’au-boutisme » politique nourrit la lassitude

Il existe aujourd’hui une profonde défiance envers la classe politique. Dans ce contexte, voir des personnalités présentes depuis plusieurs décennies repartir pour de nouveaux mandats peut renforcer le sentiment d’une politique devenue une carrière davantage qu’un engagement temporaire au service de la collectivité.

C’est cette impression de « jusqu’au-boutisme » qui devient problématique : toujours un dernier mandat, toujours une nouvelle fonction, toujours une raison de continuer.

À quel moment considère-t-on qu’une carrière politique peut s’achever dignement, après avoir exercé de nombreuses responsabilités, pour permettre à d’autres d’émerger ?

Le cas Rebsamen pose cette question avec une particulière acuité. Né en 1951, l’ancien ministre a aujourd’hui 75 ans. Un mandat de sénateur dure six ans. S’il va au terme de celui qui vient de commencer, il aura plus de 81 ans.

Encore une fois, ce chiffre ne signifie pas qu’un élu de 75 ou 80 ans serait nécessairement moins compétent qu’un élu de 40 ans. Faire de l’âge un critère automatique de compétence serait absurde.

Mais la démocratie ne consiste pas seulement à déterminer si une personne est encore capable d’exercer. Elle suppose également d’organiser le renouvellement du pouvoir.

Faut-il instaurer une limite d’âge ?

La question mérite donc d’être posée, même si la réponse est délicate. Faut-il interdire de se présenter au-delà de 70 ou 75 ans ? Une telle mesure aurait quelque chose de brutal et pourrait être considérée comme discriminatoire. Certains responsables restent parfaitement aptes intellectuellement et physiquement à des âges avancés.

Une autre piste serait probablement plus pertinente : limiter davantage le nombre de mandats successifs ou le nombre total d’années passées dans certaines fonctions électives.

Plutôt que de dire : « Vous êtes trop vieux pour être élu », la République pourrait décider : « Personne ne doit exercer le pouvoir indéfiniment. »

La différence est fondamentale.

Le problème n’est pas qu’un homme de 75 ans fasse de la politique. Le problème apparaît lorsqu’un système permet aux mêmes personnalités d’occuper pendant plusieurs décennies les principales fonctions disponibles, réduisant mécaniquement les possibilités d’émergence pour ceux qui arrivent derrière elles.

Savoir partir fait aussi partie de la politique

Il existe une grandeur à conquérir le pouvoir. Il devrait également exister une grandeur à savoir le transmettre. Après avoir été maire d’une grande ville, ministre de la République, sénateur et président d’une métropole, que reste-t-il réellement à prouver ?

François Rebsamen pouvait parfaitement choisir de transmettre son expérience autrement : accompagner une nouvelle génération, soutenir de jeunes élus, conseiller, écrire, participer au débat public. Il a choisi de retourner au Sénat.

Ce choix est parfaitement légal et démocratiquement validé par les grands électeurs de Côte-d’Or. Il doit donc être respecté.

Mais respecter le résultat d’une élection n’interdit certainement pas d’en discuter la signification.

Car derrière cette élection se trouve une interrogation beaucoup plus vaste sur notre démocratie : veut-on réellement renouveler la classe politique française, ou sommes-nous condamnés à voir revenir éternellement les mêmes personnalités ?

Les responsables politiques réclament régulièrement que les citoyens retrouvent confiance dans leurs institutions. Ils pourraient commencer par entendre l’une des critiques les plus persistantes qui leur est adressée : celle d’un monde politique qui sait entrer, gagner, durer… mais beaucoup moins souvent partir.

François Rebsamen a fait sa carrière. Une longue carrière, riche de responsabilités que très peu d’élus auront l’occasion d’exercer.

Était-il nécessaire d’ajouter encore un mandat ?

C’est désormais la question. Et peut-être même, pour une partie de l’opinion, la réponse tient-elle en trois mots : trop, c’est trop.