Alors que la situation était encore calme devant le lycée Le Castel ce mercredi matin, deux militants membres de La France insoumise en Côte-d’Or sont arrivés avec des drapeaux du mouvement et un mégaphone. Quelques minutes plus tard, le blocage commençait à prendre forme. Une présence qui interroge, sans permettre pour autant d’affirmer que LFI est à l’origine de la mobilisation.
Ce mercredi matin, devant le lycée Le Castel, la mobilisation des élèves a progressivement pris de l’ampleur avant de laisser place à de fortes tensions avec les forces de l’ordre. Mais avant les jets de projectiles, les mortiers d’artifice et les gaz lacrymogènes, une autre scène a retenu notre attention : l’arrivée de deux militants de La France insoumise, alors que la situation semblait encore relativement calme devant l’établissement.
Les deux personnes, membres de LFI 21, sont arrivées à vélo. Avec elles, plusieurs drapeaux de La France insoumise ainsi qu’un mégaphone. Sur place, elles ont rapidement échangé avec plusieurs jeunes présents devant le lycée. Peu après, une lycéenne a commencé à mobiliser les autres élèves et à appeler au blocage de l’établissement.
Cette chronologie suffit-elle à affirmer que La France insoumise a organisé le mouvement ? Non. Aucun élément en notre possession ne permet d’établir une telle responsabilité. Mais la présence de militants politiques équipés de matériel habituellement utilisé lors de manifestations soulève nécessairement des questions.
D’autant plus qu’il ne s’agissait pas de militants totalement inconnus au sein de LFI 21. À titre d’exemple, Soumya Berrag était présente sur place. Figure connue de La France insoumise en Côte-d’Or, elle avait notamment pris la parole lors d’une réunion publique de Dijon Populaire aux côtés d’Éric Coquerel et d’Olivier Minard. Elle figurait également en dixième position sur la liste conduite par Olivier Minard.
Une autre personnalité connue de La France insoumise était également présente sur place : Éloïse Dubuet, qui figurait en quatrième position sur la liste conduite par Olivier Minard.
Pourquoi venir devant un lycée avec un mégaphone alors que le rassemblement est encore peu structuré ? À quoi devait-il servir ? Était-il destiné à permettre aux lycéens de prendre la parole, à lancer des slogans, à transmettre des consignes ou simplement à accompagner une mobilisation déjà décidée en amont ?
La question est d’autant plus importante qu’un mégaphone n’est pas un objet anodin dans un rassemblement. Il permet de donner de la voix à un groupe, de coordonner les participants et de structurer une mobilisation. Sa présence ne prouve évidemment aucune volonté de manipulation, mais elle mérite d’être expliquée lorsque ceux qui l’apportent appartiennent à une organisation politique.
Même interrogation concernant les drapeaux.
Au cours de la matinée, les seuls drapeaux politiques que nous avons observés sur place étaient ceux de La France insoumise. Là encore, leur présence n’a rien d’illégal ni d’exceptionnel dans une manifestation. Des partis, des syndicats ou des associations se rendent régulièrement dans des rassemblements afin d’afficher leur soutien.
Mais devant un lycée, au cœur d’un mouvement présenté avant tout comme une mobilisation d’élèves, cette présence visuelle change nécessairement la perception du rassemblement. Un drapeau politique ne signifie pas qu’un parti dirige une mobilisation, mais il marque sa présence et peut donner l’impression qu’il souhaite s’y associer, voire en revendiquer une partie de la dynamique.
Dès lors, une question demeure : les militants de LFI étaient-ils simplement venus soutenir un mouvement déjà décidé par les lycéens ou ont-ils contribué à encourager son lancement ?
À ce stade, nous ne pouvons pas répondre avec certitude.
Ce qui est établi, en revanche, c’est que les militants étaient présents au début de la mobilisation, qu’ils disposaient d’un mégaphone et de drapeaux aux couleurs de leur mouvement et qu’ils ont discuté avec plusieurs jeunes avant que le blocage ne prenne réellement de l’ampleur.
La proximité temporelle entre leur arrivée et le début du blocage peut naturellement susciter des interrogations. Elle ne constitue toutefois pas une preuve. Pour établir un lien direct, il faudrait notamment savoir si la mobilisation avait été organisée auparavant par les élèves, si des échanges avaient eu lieu en amont avec des militants politiques ou encore si la présence de LFI avait été sollicitée par certains lycéens.
Sur place, cette présence politique n’a pas laissé tout le monde indifférent.
Plusieurs professionnels ainsi que des représentants syndicaux observaient les événements, parfois avec une certaine lassitude face à l’évolution de la situation. L’un d’entre eux s’est montré particulièrement critique vis-à-vis de l’arrivée des militants de La France insoumise.
« La LFI, ils font chier à venir ici avec des drapeaux. Ils récupèrent le mouvement des lycéens, ce n’est pas normal », nous a-t-il déclaré.
Des propos qui n’engagent que leur auteur, mais qui traduisent une interrogation plus large : lorsqu’un parti politique rejoint une mobilisation de jeunes avec ses propres symboles, s’agit-il encore uniquement de soutien ou peut-on parler de récupération politique ?
Le terme de « récupération » reste lui aussi délicat. Pour pouvoir l’affirmer, encore faudrait-il démontrer une volonté claire d’utiliser le mouvement des lycéens à des fins partisanes. À ce stade, nous ne disposons d’aucun élément permettant de franchir ce pas.
Il en va de même du terme de « manipulation ».
Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que les jeunes présents devant Le Castel ont été manipulés par La France insoumise ou par une autre organisation. Les lycéens peuvent évidemment décider eux-mêmes de se mobiliser, de bloquer leur établissement et de défendre leurs propres revendications.
Mais cela n’empêche pas de poser la question de l’influence exercée par des militants plus expérimentés lorsqu’ils rejoignent un rassemblement de jeunes, parfois mineurs, avec des outils de mobilisation et des symboles politiques déjà clairement identifiés.
La distinction est essentielle. Soutenir un mouvement n’est pas l’organiser. Participer à un rassemblement n’est pas le provoquer. Fournir du matériel n’est pas nécessairement donner des consignes. Mais plus ces éléments s’accumulent, plus il devient légitime de demander des explications précises sur le rôle réellement joué.
La matinée, elle, a ensuite pris une tournure beaucoup plus violente.
Des mortiers d’artifice ont été tirés en direction des forces de l’ordre. Des pierres et d’autres projectiles ont également été lancés. Les policiers ont répondu par l’usage de gaz lacrymogène, provoquant plusieurs mouvements de foule autour de l’établissement.
Ces violences constituent un autre sujet et rien ne permet de les attribuer aux militants politiques présents sur place. Faire un tel rapprochement sans preuve serait injustifié.
Reste malgré tout la question du début de la mobilisation.
Qui avait décidé du blocage ? À quel moment cette décision avait-elle été prise ? Les élèves avaient-ils déjà prévu de bloquer le lycée avant l’arrivée des militants ? Pourquoi LFI disposait-elle d’un mégaphone et de plusieurs drapeaux dès son arrivée ? Les militants étaient-ils venus à la demande de lycéens ou de leur propre initiative ? Ont-ils utilisé le mégaphone eux-mêmes ou l’ont-ils mis à disposition des élèves ?
Un membre de LFI nous dira : « On soutient les lycéens. Ne dites pas que nous avons organisé le mouvement, ce n’est pas vrai. Et on ne fait aucune récupération politique. »
Pour le moment, une seule chose peut être affirmée avec certitude : des militants de La France insoumise étaient présents devant le lycée Le Castel au début de la mobilisation, puis tout au long du mouvement, avec des drapeaux et un mégaphone. Cela ne suffit pas à affirmer que LFI a organisé le blocage. Mais, dans le contexte actuel, cette présence suffit à faire naître des interrogations.
Dijon : tensions devant le lycée Le Castel lors de la mobilisation lycéenne