Quatre cyclistes ont perdu la vie et au moins 32 autres ont été blessés depuis le début de l’année sur les routes de Bourgogne-Franche-Comté, selon un décompte établi par le Collectif vélo régional à partir d’articles de presse. Après un nouveau décès survenu vendredi 25 septembre en Saône-et-Loire, l’organisation appelle automobilistes et pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités et réclame des mesures rapides pour sécuriser les déplacements à vélo.
Le bilan s’alourdit encore sur les routes de Bourgogne-Franche-Comté. Dans un communiqué diffusé lundi 28 septembre, le Collectif vélo Bourgogne-Franche-Comté affirme avoir recensé quatre cyclistes tués et au moins 32 blessés depuis le début de l’année 2026 dans la région. Un décompte établi par l’association à partir des accidents rapportés dans la presse régionale.
Le dernier drame en date est survenu le 25 septembre à Salornay-sur-Guye, en Saône-et-Loire. Une cycliste de 33 ans, prénommée Alison, y a perdu la vie. Quelques jours auparavant, le 11 septembre, Guillaume Clément, âgé de 21 ans, était décédé à Besançon, dans le Doubs. Le 8 juillet, Christian Chibrac, 75 ans, avait été tué aux Repôts, dans le Jura. Le premier décès recensé cette année par le collectif remonte au 9 avril, lorsqu’un homme de 30 ans avait trouvé la mort à Savigny-lès-Beaune, en Côte-d’Or.
Quatre décès en moins de six mois qui poussent aujourd’hui le Collectif vélo à tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme.
« Ce n’est pas faire du vélo qui est dangereux »
Dans son communiqué, le réseau associatif refuse de présenter la pratique du vélo elle-même comme dangereuse. Il pointe avant tout les collisions avec des véhicules motorisés et les comportements qui peuvent les provoquer.
« Ce n’est pas faire du vélo qui est dangereux », insiste le Collectif, qui rappelle notamment l’importance du respect des limitations de vitesse, des distances de dépassement et de l’attention portée aux cyclistes et aux piétons.
Le message vise directement les conducteurs de véhicules motorisés. Pour les associations, quelques secondes d’inattention, une vitesse excessive ou un dépassement réalisé trop près d’un vélo peuvent avoir des conséquences irréversibles lorsqu’un automobiliste et un cycliste entrent en collision.
Le Collectif appelle donc à une « prise de conscience » des conducteurs, mais refuse d’en rester à la seule responsabilité individuelle. Selon lui, la sécurité des personnes circulant à vélo passe également par l’aménagement de la voirie, les contrôles, la formation et la politique menée par les collectivités et l’État.
Les violences routières au cœur des préoccupations
L’organisation inscrit aussi son appel dans le débat plus large sur les violences routières et les tensions entre usagers. Dans son communiqué, elle évoque notamment le décès de Paul Varry à Paris. Une précision s’impose toutefois : contrairement à la date de 2025 mentionnée dans le texte du Collectif, Paul Varry est mort le 15 octobre 2024, après avoir été mortellement percuté lors d’une altercation avec le conducteur d’un SUV. Une enquête pour meurtre avait alors été ouverte.
Ce drame avait provoqué une importante mobilisation dans le monde cycliste et conduit le gouvernement à lancer une mission consacrée aux violences et aux conflits d’usage sur la route. L’ancien délégué interministériel à la Sécurité routière Emmanuel Barbe avait été chargé de ce travail en novembre 2024.
Son rapport, intitulé Prévenir les violences et apaiser les tensions pour mieux partager la voie publique, a été remis au gouvernement en avril 2025. Il contient 40 recommandations, dont 18 considérées comme prioritaires, portant notamment sur la formation des conducteurs, les règles de dépassement, les aménagements cyclables, la verbalisation des infractions ou encore la généralisation des zones à vitesse réduite.
Pour le Collectif vélo Bourgogne-Franche-Comté, les pouvoirs publics disposent donc désormais à la fois d’un constat et de propositions concrètes. L’organisation estime qu’ils ne peuvent plus se contenter d’appels à la prudence.
Généraliser les zones 30
Parmi ses principales revendications, le Collectif réclame d’abord une diminution de la vitesse automobile. Il souhaite que les collectivités revoient leurs plans de circulation afin de faire de la zone 30 la règle en agglomération, tandis que les axes limités à 50 km/h deviendraient l’exception.
Cette demande rejoint partiellement les conclusions du rapport Barbe, qui propose notamment que chaque agglomération dispose au minimum d’une zone 30 et que la question de la vitesse occupe une place centrale dans la prévention des conflits entre usagers.
Pour les associations cyclistes, diminuer la vitesse ne vise pas uniquement à empêcher certains accidents. L’enjeu est aussi de réduire leur gravité lorsqu’ils surviennent et de rendre la cohabitation entre voitures, vélos et piétons plus sereine.
Le Collectif demande également un plan massif de sécurisation de la voirie, ciblant en priorité les intersections, les axes où des accidents sont régulièrement constatés et les secteurs déjà identifiés comme des lieux de conflits entre usagers.
Formation, contrôles et dépôts de plainte
Autre axe réclamé par les associations : renforcer la prévention mais aussi les contrôles et les sanctions. Le Collectif souhaite que les droits des cyclistes soient davantage intégrés à la formation des conducteurs et que les forces de l’ordre soient mieux sensibilisées aux situations de violences motorisées.
Il demande également que des instructions claires soient données afin que les plaintes déposées par les victimes de comportements dangereux ou violents soient « systématiquement reçues, qualifiées et suivies ».
La question de la formation est également très présente dans le rapport remis par Emmanuel Barbe. Parmi les pistes évoquées figurent une place plus importante accordée au partage de la voirie dans l’examen du permis de conduire, une meilleure sensibilisation des futurs conducteurs à ce que ressent un cycliste lors d’un dépassement et une évolution de certaines pratiques enseignées pendant la formation.
« Les politiques ne peuvent pas se permettre d’ignorer » la situation
Le ton du communiqué du Collectif vélo est particulièrement ferme à l’adresse des élus. L’organisation considère que les responsables publics doivent désormais agir rapidement pour protéger les usagers les plus vulnérables.
Pour le réseau associatif, ne rien modifier malgré les accidents déjà recensés reviendrait à laisser perdurer des situations dangereuses pourtant identifiées.
Le Collectif demande donc aux communes, intercommunalités, départements, à la Région mais aussi à l’État de prendre leur part dans la sécurisation des déplacements.
La question dépasse d’ailleurs les seuls centres-villes. Plusieurs accidents mortels recensés cette année en Bourgogne-Franche-Comté se sont produits dans des territoires ruraux ou sur des axes où la différence de vitesse entre une voiture et un vélo peut être particulièrement importante.
Trente associations réunies à l’échelle régionale
Le Collectif vélo Bourgogne-Franche-Comté rassemble actuellement 30 associations locales de cyclistes du quotidien réparties sur l’ensemble de la région. Son objectif est de promouvoir le vélo comme mode de déplacement et d’accompagner les associations locales dans leurs démarches auprès des pouvoirs publics.
Le réseau intervient notamment auprès de l’État, de la Région, des Départements, des communes et des agglomérations, mais également auprès des transporteurs et d’autres acteurs concernés par la sécurité des déplacements.
Avec quatre cyclistes morts et au moins 32 blessés recensés en 2026, le Collectif veut désormais faire de la sécurité routière une urgence politique régionale.
Derrière les chiffres, insiste-t-il, il y a quatre vies perdues en quelques mois. Et pour les associations, l’enjeu est désormais d’éviter que cette liste ne continue de s’allonger.